DRIVON Claude

Par Jean Lorcin

Né le 23 septembre 1876 à Rive-de-Gier (Loire), mort le 19 juillet 1946 à Rive-de-Gier ; ajusteur à Rive-de-Gier, devenu gérant de la coopérative « l’Union des Travailleurs » (1922), puis représentant de commerce (1932) ; maire socialiste de Rive-de-Gier (1922), conseiller général (1937).

Employé à l’usine Brunon-Valette en 1918, Drivon défendait, au conseil d’administration du syndicat de la Métallurgie de Rive-de-Gier, les thèses de Merrheim qu’attaquait le secrétaire, Poulenard*, partisan de Clovis Andrieu*, en septembre 1918 : Poulenard dut laisser la place à Drivon en 1919.

« Vieux militant » socialiste, Drivon, qui était membre du Parti SFIO en 1919, entra au bureau de la Fédération communiste unitaire (USC) de la Loire dès sa formation en 1923. Il adhéra au Parti socialiste SFIO en 1928 après la dissolution de l’USC.

Conseiller délégué unifié en 1919, il fut nommé deuxième adjoint après la démission de Léon Stingre, le 14 décembre 1922, puis maire de Rive-de-Gier, par 13 voix sur 23 votants et 22 suffrages exprimés, la même année. Il fut réélu en 1925, sous l’étiquette socialiste-communiste, en tête de la liste du Cartel des gauches. Il conserva sa place jusqu’à la guerre, en dépit des efforts déployés par le patronat pour reconquérir une mairie dont il était écarté depuis 1888.

Drivon se présenta aux élections de 1925, 1931, 1934 et 1937. En 1925, le comité directeur fédéral de l’USC retira son candidat après le premier tour de scrutin. En 1931, Drivon obtint au premier tour 1 580 suffrages contre 364 au communiste Brot (Loire)*, 981 et 1 401 aux candidats rivaux de l’URD. Audibert et Périssel, et 1 864 au républicain socialiste Marchand : son désistement assura la victoire de ce dernier sur Périssel, par 3 702 voix contre 2 030, malgré le désistement de l’autre candidat de l’URD et le maintien au second tour du candidat communiste, qui n’obtenait plus que 186 voix. Le Parti communiste avait bien proposé, à l’issue du premier tour, de « désister son candidat pour le candidat socialiste », mais à la condition, jugée inacceptable, que ce dernier désavouât publiquement le candidat de la section socialiste SFIO de Saint-Étienne, Ferdinand Faure*, qui avait fait alliance avec « les représentants de la bourgeoisie », en la personne de Louis Soulié, ancien maire républicain socialiste de Saint-Étienne (Le Cri du Peuple, 24 octobre 1931).

En 1934, Drivon, qui avait obtenu au premier tour 1 865 voix contre 605 au communiste Dolmazon, 1 375 au républicain-socialiste Marchand et 2 446 au républicain de gauche Tournigand, fut battu de justesse, au deuxième tour, par ce dernier, par 3 401 voix contre 3 369, malgré le retrait ou le désistement des deux autres candidats. L’union des sections socialistes SFIO du canton de Rive-de-Gier se félicitait, néanmoins d’un score qui traduisait la progression constante des voix socialistes depuis 1928 : « De 1928 à 1934, le nombre des voix socialistes est passé de 1 462 à 2 277 (en plus, 815) entre les élections législatives de 1928 et 1932 ; 2 448 à 3 205 voix (en plus, 753) entre les élections cantonales de 1933 et 1934 ; 2 777 à 3 369 voix (en plus, 1 092) pour le conseil général en 1934. L’écart des voix qui sépare le candidat socialiste (Drivon) des candidats réactionnaires (J. Neyret — Tournigand) était de 8 358 voix en 1928 ; cet écart descend à 1 012 voix en 1932, passe à 581 voix au premier tour de 1934, et s’arrête à 32 voix au second tour de 1934. » Cette progression, évidente dans les grosses agglomérations du canton, où les socialistes avaient obtenu la majorité, traduisait aussi un début de pénétration de leur propagande « jusque dans les plus humbles villages ». Les sections socialistes du canton n’en regrettaient que plus vivement de voir leur candidat battu de justesse, par suite des manœuvres de deux ou trois « comitards » et de l’abstention de « 2 100 électeurs républicains ». (La Tribune, 28 octobre 1934), d’autant plus que la perte de ce siège risquait de provoquer un renversement de majorité au conseil général.

Drivon fut enfin élu conseiller général de Rive-de-Gier en 1937, avec 4 021 voix sur 9 100 inscrits et 7 546 suffrages exprimés, contre 3 524 à son adversaire républicain de gauche Tournigand. Il fut élu membre de la commission cantonale le 17 juin 1938. Il fit également acte de candidature aux élections législatives de 1928, 1932 et 1936 dans la troisième circonscription de Saint-Étienne, ainsi qu’aux élections sénatoriales de 1932. En 1928, sa candidature lui attira l’hostilité du maire républicain socialiste de Saint-Étienne Louis Soulié qui présentait dans la même circonscription le radical-socialiste Simon Reynaud. En 1932, Drivon obtint au premier tour 3 784 suffrages sur 25 423 inscrits, 19 273 votants et 18 985 exprimés, contre 224 à Murat, 1 328 au candidat communiste Granjon*, 4 316 au radical-socialiste Creyssel et 9 333 au député sortant républicain indépendant (URD) Jean Neyret : son désistement permit la victoire de Creyssel sur Neyret au deuxième tour. En 1936, Drivon avait pour adversaires au premier tour l’instituteur communiste Dolmazon*, adjoint au maire de Saint-Étienne, l’avocat pupiste Le Griel*, également membre du conseil municipal de Saint-Étienne, le député sortant Paul Creyssel, devenu radical indépendant, le docteur Fontanilles, conseiller d’arrondissement démocrate-populaire, et le conseiller général URD Joseph Beynet.

Aux élections sénatoriales de 1932, Drivon avait obtenu au premier tour 111 voix sur 986 suffrages exprimés, contre 419 aux candidats radicaux-socialistes Merlin, Drivet et Robert, 492 au républicain de gauche Taurines, et 446 à l’URD Neyret. N’ayant obtenu que 63 suffrages sur 988 exprimés au deuxième tour, le candidat socialiste se retira pour assurer l’élection des candidats radicaux-socialistes.

Délégué en décembre 1938 au congrès fédéral du Parti socialiste SFIO chargé de préparer le congrès national de 1938, Drivon se prononça, comme le secrétaire fédéral Roiron, pour la motion Paul Faure, encore minoritaire dans la Loire au congrès fédéral de juin 1938, mais devenu majoritaire à celui de décembre.

Il fut relevé de ses fonctions de maire par le décret du 30 octobre 1940, notifié le 5 novembre 1940, pour ne s’être pas « ouvertement rallié » au Maréchal Pétain.

Il fut également révoqué de ses fonctions de conseiller général par le gouvernement de Vichy en 1940.

« Bien qu’atteint d’une très grave maladie, il a participé, pendant toute la clandestinité, à l’action illégale du Parti socialiste » (Arch. Dép. Loire, 85 W 133. RG, 3 février 1945). Il s’est rallié au groupe de Rive-de-Gier du « Coq Enchaîné », dont les adhérents, venus du Grand Orient, du parti radical ou du parti socialiste, se reconnaissaient comme un mouvement de résistance résolument républicain, laïque et anticlérical. Ils coopéraient avec le groupe « Ange » du réseau britannique « Spruce ». Claude Drivon fut blessé, le 31 août 1944, au combat de Saint-Michel-sur-Rhône.

De nouveau maire de Rive-de-Gier après la Libération, il fut également maintenu dans ses fonctions de conseiller général de Rive-de-Gier. Après avoir obtenu 4 702 voix sur 18 690 inscrits et 12 918 suffrages exprimés, contre 4 870 au MRP Claude Bruyas et 3 330 au communiste Jérôme Polat, qui se présentait sous l’étiquette du Front national, au premier tour des élections cantonales, le 23 septembre 1945, Claude Drivon fut réélu conseiller général dans le canton de Rive-de-Gier au deuxième tour, le 30 septembre 1945, avec 7 685 voix sur 13 448 suffrages exprimés contre 5 757 à Caude Bruyas, le candidat communiste s’étant retiré. La SFIO avait placé cette élection sous le signe de la victoire sur « la réaction vichyste » et de la construction d’une « IVe République débarrassée du règne des trusts », dans un monde dans lequel régnera « une paix solide et définitive » (L’Espoir, 27 septembre 1945).

Il se présenta aussi aux élections législatives du 21 octobre 1945 sous l’étiquette du MLN sur la liste UDSR qui réunissait, sous la présidence de Claudius Petit, la SFIO, le MLN et la Jeune République, où Claude Drivon figurait en sixième position. Il se présenta encore aux élections législatives du 2 juin 1946, sur la liste du PS-SFIO, présidée par Jean Robert.

Son fils Auguste, également membre de la SFIO, lutta contre les délégués syndicaux communistes de Cégédur pour faire cesser la grève générale déclenchée en novembre 1947 et participa à la création d’une section « Force ouvrière ».

Claude Drivon, qui, « modeste ouvrier dans une usine de Rive-de-Gier », était devenu maire et conseiller général, fut « vraiment le fils de ses œuvres », jugeait le Président du Conseil général, le1er octobre 1946. Selon ses partisans, la sincérité que respiraient ses discours lui assurait une grande influence sur les auditoires ripagériens. Il fut cependant taxé d’opportunisme par un adversaire de droite, en 1932 : « Monsieur Drivon, lui lança ce dernier, vous êtes je crois placier en vins. Eh bien dans les campagnes vous versez du Bordeaux blanc aux auditoires ruraux, tandis que pour les ouvriers des villes vous versez votre Bourgogne rouge ! » (Le Mémorial, 8 février 1932).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article110707, notice DRIVON Claude par Jean Lorcin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 9 décembre 2011.

Par Jean Lorcin

SOURCES : Arch. Nat. F7/13035, rapports mensuels, Loire, 4 mai 1932. — Arch. Dép. Loire, 3 M 66, 3 M 68-71, 3 M 73-75, 4 M 127, 4 M 129, 6 M 53, 10 M 187, 93 M 12, 2 W 34, 2 W 80-82, 2 W 96, 2 W 117, 2 W 119, 2 W 124, 2 W 127, 85 W 133, 85 W 141, 85 W 154, 85 W 160, 97 VT 49, 633 VT 19. — État civil de Rive-de-Gier. — Renseignements communiqués par Urbain Thévenon. — La Tribune républicaine, 30 décembre 1923, 23 juillet et 26 juillet 1925, 5 mai 1927, 8 février, 13 et 28 avril, 16 octobre 1932, 15 et 28 octobre 1934, 4 et 20 décembre 1938. — La Loire républicaine, 31 décembre 1922. — Le Mémorial de la Loire, 8 février 1932. — Le Cri du Peuple, 4 février 1928 (« Drivon, candidat SFIO »), 24 octobre 1931 (« Propositions aux sections socialistes et aux ouvriers socialistes des cantons de Firminy et de Rive-de-Gier »). — Lyon Républicain, 14 octobre 1932. — Le Coq Enchaîné, 10 mai et 1er juin 1942 — Pétrus Faure*, Histoire du Mouvement ouvrier dans la Loire. Saint-Etienne, Imprimerie Dumas, 1956, 22 cm., 503 pages. — Monique Luirard, La Région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951), Centre d’Etudes foréziennes/Centre Interdisciplinaire d’Etudes et de Recherches sur les Structures régionales, 1980, 24 cm., V-1 024 pages. — René Gentgen, La Résistance civile dans la Loire : de sa naissance à la Libération, préface de Lucien Neuwirth, Lyon, Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, 1996, 24 cm., 206 pages.

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