DUPILET Jean-Baptiste

Par Yves Le Maner

Né le 8 juillet 1880 à Denain (Nord), mort le 26 juin 1952 à Douchy-les-Mines (Nord) ; ouvrier mineur ; militant syndicaliste et communiste ; trésorier de la Fédération CGTU du sous-sol ; membre du Comité directeur puis du Comité central du PCF (janvier 1923-janvier 1925).

Né dans une famille catholique pratiquante, Jean-Baptiste Dupilet montra de remarquables facilités à l’École primaire de Denain et obtint son Certificat d’études à l’âge de dix ans. Malgré son instituteur qui l’incitait à poursuivre des études, il préféra, comme son père, descendre à la mine et ce dès l’âge de onze ans, grâce à une dérogation spéciale. Militant syndicaliste précoce, il fut licencié pour la première fois par la Compagnie des Mines de Courrières en 1896, alors qu’il n’avait que seize ans. Après avoir travaillé comme employé dans un petit commerce, il fut réembauché aux mines de Courrières en 1899, puis à nouveau renvoyé en 1905, peu avant la tragique catastrophe. Dans l’incapacité de trouver un emploi stable en raison de sa réputation de militant résolu, il travailla quelques mois aux mines de Liévin, de Dourges et de L’Escarpelle jusqu’à son mariage, en 1906. Il décida alors de partir pour Paris où il travailla dans un grand magasin. Il fit la connaissance d’un voisin célèbre, Jean Jaurès*, dont il devint l’ami. Mobilisé en 1914, J.-B. Dupilet fut fait prisonnier au cours du conflit et interné en Allemagne.

Revenu dans le Nord de la France en 1919, il se plaça à l’aile gauche du Parti SFIO (auquel il appartenait depuis 1905), dénonçant l’« embourgeoisement » des cadres du Parti. Membre du comité d’adhésion à la IIIe Internationale dès sa création, il fonda la section locale du Parti communiste de Denain (Nord) dont il devint le premier secrétaire (1921). Écrivant de nombreux articles dans Le Prolétaire, notamment le 6 mai 1922 un article intitulé « Avec les troupes, sans les chefs » qui s’achevait par une phrase choc : « Front unique avec les masses, sans les chefs et au-dessus des chefs : voilà, j’en suis ! »

Membre du comité de l’Union départementale Nord, il fut remarqué par la direction nationale de la CGTU et appelé à Paris au début de l’année 1922 pour fonder, avec Delfosse, la Fédération unitaire du sous-sol dont il fut le trésorier du 1er février 1922 au 13 octobre 1929. Pendant cette période, il effectua de nombreux voyages en France et à l’étranger (Russie, Tchécoslovaquie, etc.), secondant Moniez-Furcy et entrant en contact avec un jeune militant en pleine ascension, Maurice Thorez.

Dupilet devint membre suppléant du Comité directeur du Parti communiste à la Conférence nationale de Boulogne-sur-Seine le 21 janvier 1923. Son nom avait été proposé lors du IVe congrès de l’Internationale communiste réuni à Moscou du 5 novembre au 5 décembre 1922 (Le Bulletin du IVe congrès, p. 6, orthographia par erreur son nom Dupillot). Il était semble-t-il lié au Centre (H. Droz, Origines, op. cit., p. 392). Le congrès de Lyon (20-23 janvier 1924) l’élut membre titulaire du Comité central. Son nom disparut au congrès de Clichy (janvier 1925).

Les difficultés matérielles et les tracasseries policières inhérentes à une importante responsabilité syndicale incitèrent la femme de J.-B. Dupilet à lui demander d’abandonner ses fonctions. Il est également possible que son départ ait coïncidé avec des heurts idéologiques entre « vieux » et « jeunes » militants. En effet, après son retour dans le Nord de la France, il n’assuma plus que des responsabilités locales. Devenu représentant de commerce, il s’installa d’abord à Rouvroy (Pas-de-Calais) où il prit en charge la direction de la cellule locale du PC, rattachée au rayon d’Hénin-Liétard (voir Marouzé Georges*). Établi ensuite à Billy-Montigny (Pas-de-Calais), puis à Hergnies (Nord) il se contentait de participer à des réunions locales, ayant abandonné toute fonction syndicale. En 1935, il devint secrétaire de mairie à Douchy (Nord). Mais, ce fut l’année 1939 qui marqua une profonde rupture dans la vie de J.-B. Dupilet : en effet, il s’opposa catégoriquement au pacte germano-soviétique et, avec plusieurs dirigeants communistes de la région de Denain, il décida de rompre avec le Parti (voir Douchement*). Il cessa dès lors de militer, se contentant de diriger jusqu’à sa mort la société de la Libre-Pensée, « Les Travailleurs sans Dieu » de Douchy-les-Mines.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article111436, notice DUPILET Jean-Baptiste par Yves Le Maner, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 23 mai 2019.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 154/191. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 5221. — H. Ieria, Mémoire de Maîtrise, Lille III-1974, op. cit. — M. Cointepas, Mémoire de Maîtrise, Paris I-1975, op. cit.

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