LAPEYRE Henri, Estienne, François

Par Jacques Girault

Né le 2 mai 1888 à Sainte-Maxime (Var), mort le 17 novembre 1972 à Toulon (Var) ; journaliste ; militant socialiste SFIO ; adjoint au maire de Toulon (1919-1923) ; dirigeant mutuelliste.

Henri Lapeyre
Henri Lapeyre

Sa mère, institutrice, mourut à sa naissance. Il fut élevé par sa grand-mère maternelle, qui possédait le seul hôtel de Sainte-Maxime, port de pêche fréquenté par des écrivains et des artistes peintres. Il se retrouvait dans les années qui suivirent de ce milieu pendant ses vacances scolaires. Son père, Jean Lapeyre, né le 14 juillet 1858 à Mont-de-Marsan (Landes), fils d’un meunier, orphelin à 8 ans, travailla très jeune comme peintre en bâtiment et, après avoir suivi des cours d’adultes, entra, en 1882, à l’École militaire de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Officier dans l’Infanterie de Marine, il exerça des responsabilités administratives à Madagascar, puis commanda le régiment d’Hyères (Var). Remarié en 1898 avec la fille d’un riche Toulonnais, père de quatre enfants, il habitait avec sa famille dans le quartier du Mourillon. Lieutenant-colonel retraité, candidat aux élections municipales de Toulon, le 12 décembre 1909, sur la liste du « Comité d’union républicaine socialiste », conduite par Prosper Ferrero, il obtint 3 470 voix sur 21 004. Exclu du Parti socialiste SFIO, il se présenta, le 5 mai 1912, sur la liste radicale. Devenu aveugle, il décéda le 2 mai 1936 à Toulon.

Henri Lapeyre reçut les premiers sacrements catholiques. Après des études primaires et secondaires au collège de Draguignan et au lycée de Toulon comme interne, il poursuivit des études d’architecture à l’école des Beaux-Arts de Nice (Alpes-Maritimes). Son service militaire effectué, il se maria uniquement civilement à Sainte-Maxime, en août 1909, avec une future sage-femme. Le couple eut deux enfants.

Sa grand-mère décéda en 1909. Grâce à son héritage, Lapeyre parvint sans difficultés à entrer dans la profession de journaliste qu’il avait choisie. Membre du comité fédéral SFIO, ancien rédacteur du journal socialiste La Provence, il devint, à la fin de 1912, chef de la rédaction toulonnaise de La Provence nouvelle. Parallèlement, il dirigeait Le Cri du Marin, « organe de la maistrance et des équipages de la flotte », journal de « la concorde maritime » ayant comme devise « Pour la Marine, pour la France » qui parut d’août 1912 jusqu’à la guerre, vivant dans le souvenir de l’ancien ministre de la Marine avec lequel Lapeyre collabora vers 1905. Mobilisé à Marseille comme commissaire spécial en 1914, il devint secrétaire général de la rédaction du Petit Var et collaborait à d’autres périodiques toulonnais, Le Passe-Partout, La Semaine politique et sociale notamment. Il occupait les fonctions de secrétaire adjoint du Comité de secours aux familles nombreuses des mobilisés fondé, en août 1914, par le député Jean-Baptiste Abel.

Lapeyre habitait alors le quartier du Pont du Las, dans l’ouest de la ville. Socialiste SFIO, candidat aux élections municipales sur la liste du « Bloc des Gauches - Union des socialistes et des Républicains avancés », après avoir obtenu, le 30 novembre 1919, 4 050 voix sur 28 847 inscrits, il fut élu, le dimanche suivant, avec 5 096 voix. benjamin de l’équipe municipale, cinquième adjoint, chargé des œuvres sociales et délégué à la guerre, il était vanté par Le Petit Var pour « sa culture, ses activités sociologiques, la publication d’articles documentés sur le syndicalisme ». Ses écrits, toujours très vifs, ses interventions le firent remarquer. Au conseil municipal, le 11 février 1920, il fit adopter un vœu pour la gratuité des enseignements primaire et secondaire. Après son discours lors de la manifestation en l’honneur de Jaurès, le 30 juillet 1920, La République du Var, quotidien de droite, le décrivait : "Son corps fluet, son visage ascétique, de larges veines gonflent son cou, lui donnant des allures séraphiques … Il lit, la main droite se mouvant sans cesse, l’index levé."

La Semaine politique et sociale publiait, chaque semaine, un de ses articles. Il en devint le rédacteur en chef, le 28 octobre 1920. Ce changement se produisait en plein débat sur l’adhésion à la IIIe Internationale. L’hebdomadaire apparut alors comme l’organe du Comité de résistance socialiste. Lapeyre expliqua son choix, le 9 décembre, de soutenir « une motion claire, nette, franche. Si je croyais au baiser universel des peuples, j’aurais voté pour la motion idéaliste Heine. Je n’y crois pas et j’ai voté pour la motion réaliste Léon Blum ».

Henri Lapeyre démissionna de ses mandats de conseiller municipal et d’adjoint, le 31 mars 1923. Joseph Caillaux, alors privé des droits politiques, avec qui il entretenait des liens amicaux lui écrivait alors, "Toutes mes vives félicitations pour votre droiture, pour votre clairvoyance, pour votre courage dans une affaire municipale que j’ignorais totalement." Son ami, Victor Brémond, devenu député du Var, lui obtint un poste de sous-préfet à Castellane (Basses-Alpes). Nommé par décret du 20 février 1925, entré en fonctions le 20 mars, il fut ensuite affecté au ministère de l’Intérieur à Paris, puis en Alsace où il demeura peu de temps. Revenu à Toulon, à nouveau publiciste, il se présenta comme républicain-socialiste au conseil général dans le premier canton. Le 27 novembre 1927, il obtint 300 voix sur 6 479 inscrits. Réadhéra-t-il au Parti socialiste SFIO ? Le 2 octobre 1928, la section SFIO débattit de son éventuelle candidature pour le conseil d’arrondissement.

Henri Lapeyre avait mis à profit son séjour en Alsace pour s’intéresser de près aux organismes sociaux (assurances et mutualité). Il milita par la suite pour les sociétés de secours mutuels et les assurances sociales en relations avec Émile Dalo, mutualiste des Alpes-Maritimes, et Édouard Grinda, député des Alpes-Maritimes, devenu ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (décembre 1930-janvier 1931). Administrateur de la Fédération des sociétés de secours mutuels de Nice et des Alpes-Maritimes, il contribua, dans le Var, à la création de plusieurs caisses d’assurances sociales, participa aux congrès de la mutualité et multiplia les conférences sur les assurances sociales. Il communiqua à plusieurs parlementaires des réflexions lors des grands débats sur ces questions au début des années 1930. Devenu directeur des Caisses d’assurance du Var au début des années 1930, il créa et dirigea la Caisse chirurgicale mutualiste de Toulon et du Var qu’il administra jusqu’à sa retraite.

Divorcé, Lapeyre se remaria religieusement à Pignans (Var) en juillet 1929 avec une institutrice, future militante (Huberte Lapeyre). Son témoin fut l’ancien député "rouge" Victor Brémond. Leur fille reçut les premiers sacrements catholiques. Il fit construire, avenue Jauréguibery dans l’Ouest toulonnais, une maison dont il conçut le plan et la décoration où le couple demeura jusqu’en 1942, année où son épouse devint directrice de l’école de filles du boulevard de Strasbourg.

Pendant la guerre, en relations avec le Front national, Lapeyre mit le bureau de la Caisse, rue Peiresc, à la disposition des résistants, avec l’aide de plusieurs employés. Replié à Cotignac où il avait créé une caisse d’assurances sociales à la fin des années 1920, il entretint des relations avec le maquis FTPF sur lequel il consacra un article dans La Provence libre (30 juillet 1945).. Son épouse assurait la collecte, en relations avec l’inspectrice primaire Madame Bertrand, auprès des institutrices pour les instituteurs résistants. A la Libération, il devint le secrétaire départemental de l’Union nationale des intellectuels. Ayant pris des distances avec ses anciens amis du Parti socialiste SFIO, il fit partie, en 1950, du Comité de défense des marins emprisonnés pour leur lutte contre la guerre d’Indochine. Plus tard, proche des analyses de Pierre Mendès France, il s’abonna, entre 1967 et 1969, au Courrier de la République.

Retiré depuis 1950 dans le hameau des Pomets, Henri Lapeyre se consacra à une activité artistique en liaison avec l’école des Beaux-Arts de Toulon. Poursuivant son activité éditoriale, il composa en 1936 une brochure de 20 pages, La Région de la Côte d’Azur, favorable à la création d’une région de la Côte d’Azur comprenant le Var, les Alpes-Maritimes et la Basses-Alpes. Il rédigea plusieurs ouvrages d’histoire locale (De l’histoire. Avec nos figures du Var, Toulon, 1949, 59 p., Les Varois du XIXe siècle, Toulon, 1968, 71 p.). Actif dans l’association des Amis des villages varois, vice-président honoraire à la fin des années 1960, il avait élaboré, dès 1939, sous le titre Le Livre de mon village, des indications pour établir des monographies.

Henri Lapeyre, après des obsèques religieuses à Toulon, fut inhumé à Sainte-Maxime.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article115879, notice LAPEYRE Henri, Estienne, François par Jacques Girault, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 4 juin 2017.

Par Jacques Girault

Henri Lapeyre
Henri Lapeyre

Iconographie : Henri Lapeyre en 1931.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021. — Arch. Dép. Var, 2 M 5 233, 271, 272, 2 M 7 24 3, 25 1, 31 1, 4 M 41, 1 R 103, 3 Z 2 10, 4 30. — Arch. Com. Toulon. — Archives et renseignements fournis par la veuve et la fille de H. Lapeyre. — Notes de Jean-Marie Guillon et de Jean Masse. — Sources orales.

ŒUVRE : Les Pomets, 24 p. — La Provence libre, 30 juillet 1945. — œuvres citées.

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