PLANQUE Édouard, Pierre, Aimable

Par Pierre Boiteau

Né le 4 mai 1893 à Clitoures (Manche), mort en déportation 1945 au camp d’Hersbrück (Allemagne) ; technicien radio ; fondateur du Parti communiste malgache. Secrétaire du Secours populaire et responsable du journal la Défense.

Issue d’une famille paysanne très modeste, sa mère, Maria, Pauline Planque, dut quitter son village et travailler à Cherbourg pour élever son enfant. Elle parvint à lui faire donner une instruction bien supérieure à la sienne. On est frappé lorsqu’on lit les lettres de Planque par la qualité de son écriture, la clarté de ses exposés, la richesse de sa langue.

Inscrit maritime, il devait être appelé dans la Marine nationale pour y faire son service lorsque éclata la Première Guerre mondiale, guerre qu’il fit comme marin puis spécialiste radio-électricien de la Marine. Connaissant l’existence du Cercle international des marins (rapport B, 19 février 1930, BMP), il avait fait de l’ouvrage d’André Marty, Les marins de la mer Noire, son livre de chevet et avait conservé des relations épistolaires avec plusieurs des anciens mutins.

Lorsqu’il fut démobilisé après l’armistice de 1918, il entra comme mécanicien-radio dans la marine marchande. Sa préoccupation essentielle à l’époque était de se perfectionner encore sur le plan technique, son métier le passionnant. Il s’intéressait en outre à la mécanique automobile. C’est plus spécialement sur les lignes de l’océan Indien et de l’Extrême-Orient qu’il navigua. Au cours d’un de ses voyages en 1923, il apprit qu’on allait construire un émetteur aux Comores et qu’on recherchait un mécanicien-radio. Planque se proposa et fut immédiatement embauché ; bien entendu, il était considéré, étant recruté sur place, comme « travailleur local », ce qui impliquait pour lui un salaire très inférieur à celui que perçoivent les spécialistes venus de France, mais Planque ne demandait qu’à travailler. La qualité de son travail fut vite remarquée et il fut bientôt nommé auxiliaire, puis titulaire, dans l’administration des télécommunications qui mettait alors en place tout un réseau radio-téléphonique aux Comores et à Madagascar. Son avancement fut rapide et, en 1925, il était chef de poste radio.

Au cours de ses voyages, Planque avait déjà été très impressionné par le dénuement des travailleurs des ports, notamment des coolies. Il avait aussi été choqué par le traitement réservé aux Noirs, y compris lorsqu’ils appartenaient aux équipages de certains bateaux. Aux Comores et à Madagascar, il noua bientôt des liens d’amitié plus durables avec des Comoriens et des Malgaches, essayant de comprendre ce qui se passait autour de lui. Pour contribuer à leur éducation et aux luttes qu’ils menaient contre l’oppression coloniale, il se procura des journaux, des livres, les rares publications qui en France, à l’époque, protestaient contre le régime colonial. Ses propres idées étaient encore assez confuses et il correspondait surtout avec ceux qui voulaient bien lui répondre. Il se plaignit amèrement des insuffisances des organismes chargés de la diffusion au Parti communiste : « Si je n’avais pas eu le camarade libre penseur André Lorulot qui, quoique non communiste, m’a envoyé des dizaines et des dizaines de brochures aussi bien communistes qu’anarchistes ou libre penseuses, j’en serais encore là où j’en étais en 1923, c’est-à-dire sans idée politique claire » (rapport B).

Planque avait pour lui la qualité de ses rapports humains. Il désirait passionnément aider les Malgaches, leur faire comprendre l’origine profonde de leur misère, leur manifester concrètement la solidarité du peuple français qu’il ne voulait pas voir confondu avec les colonialistes. Il constitua une bibliothèque révolutionnaire de trois cents volumes et huit cents brochures. Bientôt il organisa un véritable service de prêt et discuta de manière de plus en plus approfondie avec ceux qui venaient lui emprunter des livres.

Bien qu’on n’ait rien pu lui reprocher dans son travail technique dont il s’acquittait toujours avec la plus grande conscience, Planque fut révoqué de son emploi pour raisons politiques. Il vint chercher du travail à Tananarive où il fut embauché successivement à la Compagnie des eaux et électricité puis aux ateliers du chemin de fer. Comme ses besoins étaient fort modestes, une part de son salaire servait à soulager d’autres misères. Il accueillit dans son logement un membre du Parti communiste français, François Vittori*, sans ressources, réduit au chômage depuis plusieurs mois déjà, lui aussi pour des raisons politiques.

Les deux hommes firent la connaissance de Paul Dussac* récemment arrivé à Tananarive et prirent part à l’organisation de la conférence du 19 mai 1929 et de la manifestation qui lui fit suite. On doit à Planque la documentation la plus complète dont nous disposons sur cette action, y compris un plan tracé de sa main indiquant en détail l’itinéraire suivi. Après la manifestation, Planque s’attendait à être arrêté d’un instant à l’autre. Sur les conseils de Vittori et avec l’aide des quelques militants malgaches qui osaient encore l’approcher, il put contacter à Tamatave des membres du syndicat CGTU des gens de mer qui assurèrent ensuite la liaison avec le Secours rouge international et le PC. Le 22 mai, il distribua à ses amis malgaches ce qui lui restait de sa bibliothèque : environ 200 livres et 300 brochures.

Planque et Vittori furent effectivement arrêtés le 27 mai. Ils firent la grève de la faim et durent être transportés à l’hôpital militaire. De vives protestations s’élevèrent et ils furent remis en liberté le 6 juin. Mais ils n’avaient désormais plus de salaire à espérer ni l’un ni l’autre et ils allaient connaître une période très difficile. Lorsqu’on leur notifia le 17 septembre qu’ils étaient traduits devant la Cour criminelle pour « rébellion », ils avaient si bien économisé, ne vivant que de riz et d’herbes comme les Malgaches les plus pauvres, qu’il leur restait encore 147 F. Avec cette somme, ils achetèrent de quoi éditer des tracts qu’ils placardèrent sur les murs, tracts signés impersonnellement : « Le Parti communiste malgache. » Ces tracts eurent un immense retentissement et valurent à Planque une nouvelle inculpation.

Planque et Vittori ne furent arrêtés en fait que le 9 octobre, mais leur défenseur Maître Foissin, délégué par le Secours rouge international, ayant demandé un délai, ils furent à nouveau relâchés le 15 octobre. Leur libération provisoire fit l’objet d’une manifestation de solidarité de leurs amis malgaches. Le procès devant la Cour criminelle ouvert le 30 octobre 1929, fut renvoyé à une date ultérieure et n’eut lieu que du 10 au 18 janvier 1930. L’attitude courageuse de Planque, son calme, la tranquille assurance avec laquelle il assuma la responsabilité des charges les plus graves, impressionnèrent durablement les Malgaches et notamment ses co-inculpés. Planque fut condamné à cinq ans et demi de prison ferme et vingt ans d’interdiction de séjour à Madagascar. Tous ses co-accusés malgaches furent relaxés. Transféré en France, Planque connut successivement les prisons de Marseille, Nîmes, Clairvaux. Il lui fallut trois ans de lutte pour bénéficier du régime politique. Il fut enfin libéré après quatre ans et huit mois de prison. L’Humanité du 10 août 1934, illustrée d’un portrait au trait dû à Cabrol, retraça les principales péripéties qu’avait connues le militant. Il adhéra au Parti communiste en 1935.

Édouard Planque devint l’un des dirigeants permanent de la section française du Secours rouge international, puis du Secours populaire français et de son journal la Défense. Il y mena une campagne contre l’impérialisme, pour le droit à l’indépendance des peuples coloniaux.

Son appartenance au Parti communiste français et son activité anticoloniale lui valurent en 1941 d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité par les magistrats du régime vichyste. Il passa alors de prison en prison. À la Centrale d’Eysses, il partagea la cellule de Victor Michaut*. Atteint d’une tuberculose pulmonaire, celui-ci raconta, bien des années plus tard, les soins que Planque lui prodigua, sans souci d’une contagion éventuelle. Ayant participé à une tentative d’évasion, Planque fut alors livré aux nazis par la police de Vichy et il fit partie du convoi du 2 juillet 1944, dans lequel 984 Français trouvèrent la mort. Parvenu vivant à Dachau, il fut affecté à l’un des pires commandos de travail forcé.

Épuisé par la maladie, les privations et les épreuves répétées, Édouard Planque mourut à Hersbrück quelques jours seulement avant la libération du camp par les troupes alliées.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article126603, notice PLANQUE Édouard, Pierre, Aimable par Pierre Boiteau, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 29 mars 2011.

Par Pierre Boiteau

SOURCES : RGASPI, 495 270 4544, autobiographie, Paris 31 mars 1938. — BMP, dossier Planque. — P. Boiteau, « Édouard Planque et le mouvement national malgache », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 28, septembre-octobre 1972 [Iconographie]. — Histoire de la radio à Madagascar, bulletin économique annexé à la Revue scientifique, 1933, p. XXIX-XXXII. — L’Humanité, 2 septembre 1930 et 10 août 1934. — La Défense, 1935-1939.— Etat civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément