QUERCY Jean

Par Gérard Leidet, Claude Pennetier

Né le 21 mai 1911 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 9 octobre 2013 à 101 ans ; employé ; un des pionners de la création de la JOC en France ; secrétaire de la Fédération de Haute-Garonne de la Jeunesse ouvrière chrétienne, puis secrétaire général de la JOC.

Jean Quercy lors de l’anniversaire
Jean Quercy lors de l’anniversaire
de ses 100 ans

Fils de Basile Quercy, employé de banque, et de Julie Cance, giletière à domicile, Jean Quercy, après avoir été reçu au Certificat d’études primaires, fut successivement « grouillot » dans une banque (sept employeurs l’embauchèrent au porte à porte), employé de banque puis vendeur-emballeur dans un magasin de gros de faïence et porcelaine.

C’est au patronage paroissial, en 1927, que Jean Quercy connut la JOC. D’un tempérament « timide et réservé », il « eut la chance » de rencontrer un prêtre qui cherchait à proposer une action aux jeunes de la paroisse. La même année, Jean Quercy fut un des fondateurs de la JOC à Toulouse. Secrétaire de la section locale puis de la Fédération de la Haute-Garonne et permanent en 1933 pour le Sud-Ouest de la France, il devint en 1937 secrétaire général et demeura à ce poste jusqu’en 1942. À ce titre Il participa cette année-là (1937) à l’organisation du congrès du 10e anniversaire de la JOC qui réunit quatre-vingt mille participants au Parc des Princes. Ce congrès de la JOC ayant été agréé comme congrès officiel de l’exposition universelle qui se déroulait à Paris, son ouverture officielle eut lieu le jeudi 15 juillet au Palais de la Chimie en présence du comité d’organisation de cette exposition. Plusieurs « assemblées de travail » se tinrent en divers lieux de la capitale (Vélodrome d’hiver, Palais de la Mutualité, Maison de la Chimie…) sur différents thèmes : l’avenir familial de la jeunesse salariée, les réformes sociales et la jeunesse salariée, la santé des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses, la prolongation de la scolarité (La loi Jean Zay du 9 août 1936 venait de prolonger d’une année la scolarité obligatoire, la portant à 14 ans révolus, ou 13, pour les titulaires du Certificat d’études primaires), la vie de travail de la jeunesse salariée…

Jean Quercy était aussi depuis 1935 rédacteur de l’Équipe ouvrière, journal des militants de la JOC. Il entraîna son frère Élie dans le mouvement (La JOC en Midi-Pyrénées, p. 74-75). Avec la JOC il vendait le journal Jeunesse Ouvrière à la criée, dans la rue, sur les marchés et à domicile, au porte à porte. Cela permettait d’avoir des contacts avec les familles, de connaître leurs problèmes, de parler avec tous, croyants ou pas et de toutes religions. À la JOC, comme dans le groupe ACO, Jean Quercy éprouvait le bonheur de militer ensemble : « il est vrai que nous étions portés les uns par les autres, poussés par nos convictions de croyants en l’humain, en Dieu, en cohérence avec notre Foi et l’ l’Évangile… ».

En 1940, domicilié à Lyon, Jean Quercy fut secrétaire général de la JOC pour la zone sud. Le 11 septembre 1942 à Romans-sur-Isère, il épousa Jeanne Guillermet*-voir Guillermet Jeanne, Marie [épouse QUERCY], dirigeante nationale de la JOCF.

Il fut alors responsable de « Moissons nouvelles », association pour l’éducation professionnelle et familiale des jeunes, créée par la JOCF. Le couple s’engagea alors dans le Mouvement populaire des familles, mouvement important à l’époque, créé par des foyers d’anciens jocistes.

Après la guerre, de 1945 à 1950, il dirigea l’Institut de culture ouvrière de Marly-le-Roi dont il avait été le fondateur, mutualisant ainsi le travail commun de la JOCF, du Mouvement populaire des familles et de la CFTC. Il militait alors au MPF puis au Mouvement de libération populaire jusqu’à la scission de 1951. Membre de leur comité national, il était responsable de la section de Châtillon. Jean Quercy reprit ensuite comme employé (garçon de courses) un travail professionnel à l’EDF-GDF au centre de distribution de Bourg-la-Reine puis, en 1958, comme cadre administratif aux services centraux. Il n’avait aucune qualification professionnelle, avant d’entrer à EDF, mais il eut l’opportunité de se former dans l’entreprise et de terminer sa carrière en tant que cadre. Évoquant cette expérience, il déclarait souvent : « Tout ce que je suis devenu, je le dois à la JOC qui m’a redonné confiance, m’a poussé à prendre des initiatives et fait découvrir mon appartenance à la classe ouvrière avec son dynamisme. ».

Il milita à la CFTC dès l’âge de seize ans puis à la CFDT. Militant fondateur avec d’autres de l’Action catholique ouvrière (ACO) depuis 1951, il fut responsable avec son épouse, jusque dans les années 1990, de l’équipe de Châtillon : « Avec l’ACO, les réunions en révision de vie avec notre réflexion à l’aide du « Voir -Juger – Agir », à la lumière de l’Évangile, nous permettaient de mettre en commun nos conditions de vie et de travail et pour les transformer, d’agir avec les autres. ».

Retraité en 1973, Jean Quercy demeura un militant du syndicat CFDT au centre EDF-GDF de Nanterre au titre de la section « retraités » puis au centre de Bagneux créé en 1984. Il désapprouva l’évolution de la CFDT et, en août 1991 donna sa démission de confédération : "l’image que donne depuis quelque temps la CFDT, ne correspond pas à ce pourquoi je lui ai donné mon adhésion. Je ne puis donc continuer à me rendre solidaire de ces abandons". Après quelques mois de réflexion, il donna son adhésion à la CGT.

Toujours membre de l’ACO à près de 100 ans, abonné à Témoignage chrétien, Jean Quercy, en bonne santé, suivait toute l’actualité, et en particulier celle de l’ACO. « Résiste, espère, ensemble choisissons la vie », cette résolution de la 20e rencontre nationale de l’ACO qui se tint à Poitiers du 22 au 24 mai 2010, prenait tout son sens dans le long et riche parcours de ce militant profondément croyant. Totalement impliqué depuis sa jeunesse dans les organisations syndicales du monde ouvrier et fondateur de mouvements d’Église liés au christianisme social, il sut articuler avec bonheur ces deux dimensions de son engagement. Evoquant les dernières années de sa longue vie, il percevait « un climat de peur, de morosité » que l’on imputait trop facilement à la crise : « tout cela pour démobiliser les plus courageux d’entre nous qui luttent, manifestent, s’engagent, malgré, pour certains, des situations difficiles… ».

Toujours profondément croyant, Jean Quercy participait très régulièrement aux célébrations de sa paroisse. Il souhaitait que dans « son Église », dans les paroisses, on s’attachât en priorité à promouvoir la Bonne Nouvelle des chrétiens ; laissant entendre par là ces choix du message évangélique en faveur des plus pauvres « d’aujourd’hui » : les chômeurs, jeunes et moins jeunes, les travailleurs précaires, les handicapés, les retraités au « minima vieillesse », les sans-abri, les sans-papiers, les étrangers… « tous ceux que notre société riche exclue beaucoup trop souvent ». Riche de sa longue expérience sociale et spirituelle, il rappelait ainsi l’importance de l’accueil des différences, du partage, de la tolérance, du dialogue interreligieux, tout ce qui, selon lui, était « plus que jamais d’actualité », et qui devait être constamment relié à « nos valeurs républicaines à défendre : liberté ; égalité, fraternité ».

À la veille de son centenaire, Jean Quercy livra, à la demande des amis de son groupe ACO, un témoignage avec ses raisons de demeurer optimiste et de continuer à résister : « A près de cent ans, moi qui ai toujours milité très simplement avec les autres associations, syndicats (CFTC, CFDT, CGT), là où j’étais planté, dans mon quartier, mon entreprise, poussé par mes convictions de chrétien, je voudrais vous redire les choses suivantes. Oui, je crois encore avec l’ACO que cela vaut toujours la peine de résister, espérer pour tenter ensemble de construire la vie ; oui je crois à l’importance de ne pas baisser les bras, en soutenant et en s’engageant avec celles des organisations syndicales, politiques, associatives, qui ancrées dans le monde ouvrier et en milieu populaire, luttent ensemble contre la course au profit, au tout économique, en solidarité avec tant d’autres qui, honnêtes et de bonne volonté, travaillent ensemble ici et là-bas dans la fraternité, pour le respect de l’environnement, le partage des ressources de la Terre, l’appui à l’action dans les pays en voie de développement, la dignité, l’égalité et la liberté de tous. ».

Son épouse, Jeanne Quercy qui s’était engagée en politique, fut élue en 1977 sur la liste d’Union de la Gauche au conseil municipal de la Mairie de Châtillon, et devint maire adjointe.

Le couple avait eu trois enfants, sept petits-enfants et attendait la venue d’un cinquième arrière-petit-enfant, lorsqu’il décéda le 9 octobre 2013 à l’âge de 102 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article127742, notice QUERCY Jean par Gérard Leidet, Claude Pennetier, version mise en ligne le 21 janvier 2014, dernière modification le 7 mai 2014.

Par Gérard Leidet, Claude Pennetier

Jean Quercy intervenant au 10e congrès de la JOC en 1937
Jean Quercy intervenant au 10e congrès de la JOC en 1937
Jean Quercy lors de l'anniversaire
Jean Quercy lors de l’anniversaire
de ses 100 ans

SOURCES : Témoignage écrit de l’intéressé. — Pierre Baghi et Jean Suzanne, Histoire de la JOC en Midi-Pyrénées, VO éditions, 2000. — Courrier du 21 décembre 2010. — Comme avant, lettre aux anciens jocistes et aux amis de la JOC, 2e semestre 2013. — État civil. – Témoignage de Jean Quercy recueilli par ses Amis du groupe ACO interparoissial de Châtillon, Clamart, Plessis-Robinson.
— État civil.

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