REYNIER Élie, Edouard, Charles, Edmond

Par Yves Lequin

Né à Silhac (Ardèche) le 1er décembre 1875, mort à Lyas par Privas (Ardèche) le 1er septembre 1953 ; professeur d’École normale d’instituteurs ; militant syndicaliste et pacifiste de l’Ardèche.

Élie Reynier était né de parents instituteurs, eux-mêmes issus d’une souche de petits cultivateurs protestants ; son père, enseignant dans une école réformée, républicain de toujours, fut son premier maître. Orphelin à treize ans, en 1888, Reynier fit ses études secondaires comme boursier au lycée de Tournon (Ardèche), puis, en 1897, fut admis à l’École normale supérieure primaire de Saint-Cloud. Il vécut à Paris les débuts de l’affaire Dreyfus qui fut pour lui une expérience capitale, et il s’inscrivit à l’Union pour l’action morale. Après son service militaire, il alla enseigner, d’octobre 1899 à février 1900, l’histoire et la géographie à l’école primaire supérieure de Crest (Drôme). Il se maria le 19 décembre 1901 à Saillans (Drôme) avec la fille d’un agriculteur qui exploitait avec son épouse, une pension de familles à Saillans. Le couple eut cinq enfants. IIl exerça dans les écoles normales d’instituteurs de Loches (Indre-et-Loire) en février-avril 1900, de Laval (Mayenne) en avril 1900 et de Montbrison (Loire) en octobre 1901 ; là, il se mêla à la vie politique locale, présidant en décembre 1903 une réunion de la Ligue des droits de l’Homme d’où sortit une section locale ; Reynier devint son secrétaire général. Enfin, en 1904, il fut nommé à Privas (Ardèche) ; il allait y faire toute sa carrière d’enseignant, jusqu’à sa mise à la retraite d’office, en 1934.

À peine arrivé, Élie Reynier se lança dans l’action militante et guida les premiers pas du syndicat des instituteurs de l’Ardèche, créé en 1907, Il adhéra à la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs en tant que professeur dont il devint membre honoraire. Conférencier infatigable, il intervint dans toutes les luttes ouvrières et les grèves de la région, fut membre de la première coopérative de consommation de Privas. En 1908, blâmé par les autorités universitaires pour avoir soutenu une grève des normaliens contre leur direction, il collaborait à L’École rénovée de Francisco Ferrer. Inspirateur du syndicalisme révolutionnaire, très minoritaire dans l’Ardèche, il participa à la création d’une Union départementale avec la Drôme, affiliée à la CGT et se fit l’historien du mouvement syndical dans une précieuse brochure, publiée en 1913 par La Vie ouvrière sous le titre “L’organisation syndicale dans l’Ardèche“.

Mobilisé en 1914, Elie Reynier fut rendu à la vie civile comme père de famille nombreuse ; son passage à l’armée n’avait pas entamé ses convictions pacifistes ; il accueillit avec enthousiasme la révolution bolchevique et, aux lendemains de la guerre, devint l’animateur de la minorité révolutionnaire de la CGT ardéchoise ; le 2 novembre 1920, il fut choisi comme premier secrétaire par la nouvelle union départementale des syndicats de l’Ardèche, qui venait de se séparer de la Drôme, et fut, par la suite, son bibliothécaire. Il eut une grande influence sur les générations d’élèves qui suivirent son enseignement à l’Ecole normale de Privas, et beaucoup d’entre eux adhérèrent à son initiative au syndicat des membres de l’enseignement laïque de l’Ardèche qui devint rapidement l’un des bastions de la Fédération unitaire de l’enseignement

L’action d’Élie Reynier se développa dès lors sur trois plans : le syndicalisme enseignant, la Ligue des droits de l’Homme et l’action humanitaire, le pacifisme. Il participa à tous les congrès et à la vie de la Fédération unitaire de l’Enseignement, sans jamais séparer les préoccupations revendicatives et politiques du souci pédagogique : de 1917 à 1919, il avait tenu dans son bulletin une rubrique sur l’enseignement de la géographie ; en août 1908, au congrès de Paris, il intervint pour montrer que l’orientation intellectuelle des maîtres avait plus d’importance que les programmes, et inviter les instituteurs à entreprendre eux-mêmes la rénovation de l’enseignement malgré les instructions officielles. A Tours, en 1927, il rapporta sur la formation des maîtres, et dirigea la sous-commission créée à Bordeaux, en 1932, pour définir les positions de la Fédération sur cette question. Il se prononça en faveur du maintien des écoles normales tout en préconisant que l’« apprentissage pédagogique » fût vraiment au centre de leur enseignement et que leur fonctionnement devînt plus « démocratique ». En août 1924, il avait présenté le rapport sur l’histoire au congrès de l’Internationale de l’Enseignement.

Sa pratique pédagogique en direction des élèves-maîtres faisait appel des méthodes actives (sorties sur le terrain, exploitation de documents) et il encourageait les démarches monographiques.

Elie Régnier fit partie de ceux qui, en 1929-1930, refusèrent que la Fédération unitaire appliquât la nouvelle orientation, inspirée par le PC, de la CGTU. Au sein de la majorité fédérale, il prit une part active à la lutte contre les éléments communistes groupés dans la Minorité oppositionnelle révolutionnaire (MOR) et le Comité des professeurs, et, de 1930 à 1932, fut un des conseillers du bureau national dont le secrétaire général, Gilbert Serret était son ancien élève.


En même temps, Elie Reynier militait à la Ligue des droits de l’Homme, et, président de la fédération départementale à partir de 1923, il multipliait les sections locales. À sa tête, il mena campagne pour la révision des jugements de conseils de guerre prononcés entre 1914 et 1918, mobilisa l’opinion pour obtenir la grâce de Sacco et Vanzetti, et s’occupa d’une foule de cas personnels, ainsi qu’en attestent les multiples dossiers qu’il laissa après sa mort. Mais il démissionna en 1938, suivant Félicien Challaye dans un pacifisme dont il ne s’était jamais départi : en 1924, il avait été menacé de déplacement pour sa lutte contre la guerre du Rif et, en juin 1935, après la signature du Pacte franco-soviétique, à la veille de l’unité des syndicats d’enseignants, avait été un des animateurs de la campagne menée par la minorité contre la guerre et une nouvelle union sacrée. Il avait participé au congrès Amsterdam-Pleyel, suscité un Comité départemental de vigilance des intellectuels antifascistes et créé, en 1937, un « Comité ardéchois de lutte contre la guerre » qui publiait une feuille mensuelle en 1937-1938.

Aussi fut-il interné en mai 1940 à Chabanet (Ardèche), dans la montagne du Coiron, puis à Riom-ès-Montagnes (Puy-de-Dôme) ; brutalisé et menacé de déportation en Algérie, il fut relâché sur intervention du recteur Sarrailh, de Montpellier, et mis en résidence surveillée chez lui, au Petit-Tournon, près de Privas. À la Libération, il fut nommé membre du Comité d’épuration de l’Ardèche ; il y manifesta la même probité qui l’avait guidé toute sa vie de militant, le même souci de justice exempt d’esprit de revanche. Ses dernières années furent consacrées à des travaux historiques, mais il n’en suivait pas moins avec passion les luttes ouvrières, lors du grand mouvement revendicatif de 1953, notamment ; quelques jours avant sa mort il présidait une réunion des postiers en grève. Il mourut le 1er septembre, laissant une œuvre considérable de journaliste militant, de géographie et d’histoire locales. Il remania plusieurs lors de rééditions, ainsi Pays de Vivarais paru en 1913 fut précisé à plusieurs reprises. Il publia aussi à partir de 1941 une Histoire de Privas en trois volumes. Son Manuel des études vivaroises paru en 1942 fut utilisé dans diverses directions par la suite. Il composait aussi des articles pour diverses revues.

L’Ecole libératrice, organe national du SNI, le 2 octobre 1953, annonça son décès et lui consacra un article signé « MD » (Maurice Dommanget). La revue du SNI, le 10 mars 1967, annonçait l’édition d’une plaquette de 80 pages lui rendant hommage.

Avec lui disparaissait une personnalité attachante, originale et sans concessions ; il avait exercé une influence considérable sur des générations de normaliens ardéchois qui avaient fourni, entre les deux guerres, quelques-uns des animateurs les plus ardents du syndicalisme enseignant.
Il marqua profondément ses élèves, comme Alfred Salabelle ou Pierre Broué.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128712, notice REYNIER Élie, Edouard, Charles, Edmond par Yves Lequin, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 17 juin 2020.

Par Yves Lequin

ŒUVRE : La bibliographie d’Élie Reynier est énorme ; ses œuvres sont plus souvent scientifiques et pédagogiques que polémiques ou politiques ; parmi elles : La Soie en Vivarais, 1921. —Le Pays du (1923, 1934, 1947 — Histoire de Privas, 3 vol., 1941-1951. — Manuel des études vivaroises, 1942 — La Seconde République en Ardèche, 1948. — Il collabora en outre à L’École émancipée, La Vie Ouvrière, Les Cahiers de la Ligue des droits de l’Homme, Pages libres, Les Cahiers de la Quinzaine, Les Cahiers de l’Union pour la Vérité, La Revue de géographie alpine, La Revue du Vivarais, L’Émancipation (organe mensuel du syndicat des instituteurs de l’Ardèche), L’Ancien combattant (de l’Ardèche).

SOURCES : Arch. Nat. F/17/24412. — Arch. Dép. Ardèche, série M (non classée). — Arch. Dép. Loire, 13 M 5. — Une belle figure vivaroise : Élie Reynier, Aubenas, 1967. — Dommanget, « F. Bernard, L. Bouet, M. Dommanget et G. Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement. — Histoire de la Fédération de l’enseignement, des origines à l’unification de 1935, 2e édit., Grenoble 1968, t. II et III.— Divers sites Internet dont http://www.medarus.org/Ardeche/07celebr/07celTex/reynier_elie.html, (« Portraits d’ardéchois »). — Notes de Jacques Girault et de Loïc Le Bars.

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