STROMBONI Ange, Toussaint.

Par Jacques Girault, Antoine Olivesi

Né le 23 mars 1914 à Pantano (Corse), mort le 27 mai 2008 à Ajaccio (Corse) : instituteur ; militant du SNI ; militant communiste ; résistant.

Congrès du SNI en 1968 : au premier rang de gauche à droite, Ange  Pedinielli, Lucienne Giudicelli, Ange Stroboni.
Congrès du SNI en 1968 : au premier rang de gauche à droite, Ange Pedinielli, Lucienne Giudicelli, Ange Stroboni.

Fils d’un cultivateur, Ange Stromboni reçut les premiers sacrements catholiques et fit ses études au cours complémentaire de Levie puis à l’école primaire supérieure de Sartène. Il entra à l’Ecole normale d’instituteurs d’Ajaccio en 1930. Il démissionna de la préparation militaire supérieure dès la deuxième année. Lors de la troisième année de sa scolarité, il rejoignit le Groupe des jeunes du syndicat de l’enseignement laïque CGTU. Dans ce dernier, il faisait partie de la Minorité oppositionnelle révolutionnaire.

Ange Stromboni fut nommé en 1933 dans le village montagnard très isolé de Carbini où il employa les méthodes de l’Ecole moderne (Célestin Freinet). Il fonda un syndicat CGTU d’ouvriers-terrassiers parmi les travailleurs qui édifiaient une route stratégique entre Levie et Bonifacio. Nommé au cours complémentaire de Bonifacio en 1934, il anima une bibliothèque mobile. Après son service militaire (octobre 1936-avril 1938) comme soldat de deuxième classe (radio) dans l’infanterie coloniale, il retrouva son poste. Bien qu’hostile à l’autonomisme et au régionalisme, il enseignait à ses élèves l’histoire de la Corse.

Stromboni adhéra en 1930 aux Jeunesses socialistes SFIO puis, en 1933, marqué par la montée du fascisme et l’avènement d’Hitler, au Parti communiste et au Secours rouge international. Secrétaire de la section de section Porto Vecchio en 1938-1939, il devint membre du comité de la région communiste en 1938.

Aux élections législatives de 1936, Ange Stromboni, candidat communiste dans la circonscription dont faisait partie Bonifacio, n’obtint qu’une voix. Pour la première fois le Premier mai fut célébré en 1938 à Bonifacio ; il anima une manifestation avec les ouvriers du bâtiment, les dockers et les pêcheurs. Lors de la grève du 30 novembre 1938, il fut l’un des rares instituteurs à cesser le travail, ce qui lui valut une suspension de traitement de huit jours. Après avoir été en vain candidat en 1938, en juin 1939, élu au conseil syndical de la section départementale du SNI, il refusa d’en devenir le secrétaire-adjoint en raison de son éloignement de la Préfecture.

Lorsque la guerre éclata, Stromboni fut mobilisé au 4eme régiment de tirailleurs tunisiens, puis muté par mesure disciplinaire à la 373eme demi-brigade de Bonifacio. Démobilisé, il fut déplacé en août 1940 à Pila Carrara puis nommé, à partir d’octobre 1941, à Levie.

Stromboni, par la suite, membre du Front national depuis 1941, dirigeant du Front national dans l’Alta Rocca, participa à l’organisation de la Résistance dans le sud de la Corse, à l’insurrection de Levie et aux combats qui permirent la libération de l’île (9 septembre-5 octobre 1943) comme lieutenant FFI. Il fut par la suite mobilisé en Afrique du Nord (février 1944-août 1945). Membre du comité de la région communiste à partir de novembre 1943, il était le secrétaire de la section communiste de Levie.

Ange Stromboni épousa exclusivement civilement une institutrice en 1942. Le couple eut trois enfants.

Stromboni retrouva, en octobre 1945, un poste d’instituteur au cours complémentaire de Petreto-Bicchisano et fut pendant quelques années secrétaire de la section communiste. Après avoir été directeur du cours complémentaire, devenu collège d’enseignement général de Petreto-Bicchisano, il fut nommé à Ajaccio à la fin des années 1950, sous-directeur du collège d’enseignement général, puis du collège d’enseignement secondaire.

Membre du conseil syndical, à partir de 1956, Stromboni fut élu au bureau de la section départementale du SNI. Le 19 juillet 1957, lors de la séance consacrée « au renouveau efficace de l’internationalisme prolétarien, dans son intervention, il contesta le fait que la majorité du syndicat ait critiqué l’intervention soviétique en Hongrie, estimant que pour contribuer « au renforcement de l’internationalisme prolétarien », il fallait ne pas « se méprendre sur le sens des événements internationaux ». Lors du congrès du SNI de Brest en juillet 1958, il insista sur le rôle du SNI en Corse pour la défense de la République. Il devint secrétaire général de la section en 1960, responsabilité qu’il conserva jusqu’à sa retraite en 1970. Il demeura pendant quelques années membre du bureau syndical. Il devint en 1971 le président de la section départementale de la Mutuelle générale de l’Education nationale et le demeura jusqu’au milieu des années 1970. Lors de la réunion du conseil national du SNI du 23 décembre 1960, il se prononça pour une réponse négative au référendum sur l’autodétermination en janvier pour « arrêter la course au pouvoir personnel et au fascisme ». Dans son intervention sur le rapport moral au congrès national du SNI, le 4 juillet 1961, il protesta contre l’arrêt des grèves tournantes et explique les raisons pour lesquelles la section de Corse, en avril, vota un blâme contre la direction du SNI. Pour l’élection au bureau national du SNI pour l’année 1962-1963, il figurait sur la liste « Le prestige du SNI dépend d’une orientation correcte et ferme et de la vraie démocratie syndicale » présentée par le courant « cégétiste ». Lors de la réunion du conseil national, le 5 juillet 1963, il remercia les secrétaires des sections départementales qui lui avaient témoigné leur sympathies après l’attentat contre sa voiture. Lors de la séance du congrès du SNI, le 9 juillet 1963, consacrée à l’examen du rapport de Denis Forestier sur la vie et les structures du SNI, il était assesseur. Lors du congrès du SNI, le 14 juillet 1965, il fut assesseur lors de séance consacrée aux lois et textes antilaïques introduite par un rapport de René Dervout. Candidat à nouveau au bureau national sur la liste « Pour un SNI toujours plus uni, toujours plus fort », en décembre 1963 puis en décembre 1965, il ne fut pas élu.

Ange Stromboni, membre du comité de la fédération communiste de Corse depuis 1946, présida la commission de la jeunesse jusqu’en 1948 tout en étant le secrétaire de la section communiste de Petreto-Bicchisano. Il fut membre du bureau fédéral de 1959 à 1964 puis redevint membre du comité fédéral. Entre 1971 et 1974, cinquième secrétaire fédéral, il fut responsable de l’éducation et des questions de la paix. Redevenu seulement membre du bureau fédéral jusqu’en 1977, il présida par la suite la commission fédérale de contrôle financier de 1977 à 1985. Membre du comité départemental du Mouvement de la Paix depuis 1950, il anima le comité pour la libération d’Henri Martin. Depuis son arrivée à Ajaccio, il était membre du bureau de la section communiste.
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Stromboni fut candidat aux élections législatives de 1973 dans la première circonscription Ajaccio-Calvi. Il obtint 4 696 voix sur 65 250 inscrits. Il se désista pour le candidat radical de gauche qui fut élu. Il fut candidat au Conseil général dans le canton de Levie en 1949, puis en 1970 et en 1973 à Ajaccio et aux élections municipales de la ville en 1977 sur la liste d’union de la gauche.

En 1992, Ange Stromboni fit partie, en tant qu’ancien directeur du collège de Petreto-Bicchisano, du comité créé pour que soit donné le nom de Paul Bungelmi au collège. Il se livrait à des recherches historiques sur la Résistance, sur les communistes corses et sur les enseignants corses. Il en faisait bénéficier le responsable du corpus enseignant du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social français.

Les obsèques civiles se déroulèrent dans le cimetière de Pantano, le 30 mai 2008.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131728, notice STROMBONI Ange, Toussaint. par Jacques Girault, Antoine Olivesi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 22 juillet 2015.

Par Jacques Girault, Antoine Olivesi

Congrès du SNI en 1968 : au premier rang de gauche à droite, Ange Pedinielli, Lucienne Giudicelli, Ange Stroboni.
Congrès du SNI en 1968 : au premier rang de gauche à droite, Ange Pedinielli, Lucienne Giudicelli, Ange Stroboni.

SOURCES : RGASPI, 517, 1, 1908. — Archives du Comité national du PCF. – Notice du DBMOF rédigée par Antoine Olivesi. – Renseignements fournis par l’intéressé à Jacques Girault.

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