THOREZ Louis, Clément

Par Daniel Grason

Né le 27 avril 1905 à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais), fusillé comme otage le 11 août 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; peintre en bâtiment, vendeur de journaux ; militant communiste.

Louis Thorez au service militaire
Louis Thorez au service militaire
Crédit : archives privées

Fils de Louis, domestique, et de Clémence, née Baudry, Louis Thorez était le frère cadet de Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste. Louis Thorez semble avoir rejoint tardivement le mouvement communiste. Un rapport de police affirme : « Le père de Thorez n’approuvait pas les opinions de son fils et ils s’étaient d’ailleurs quelque peu brouillés sur ce point. Son frère, Louis, partageait le point de vue du père ; il avait fait acte de candidature pour un emploi de gendarme en 1928 mais s’était rallié au communisme vers 1936. » Il n’eut aucune responsabilité au sein de la cellule.
Il épousa Albertine, née Oudenard. Le couple demeurait 17 rue des Amandiers à Paris (XXe arr.) ; le couple perdit un enfant, Lucien, à l’âge de 10 ans ; une fille, Léone, naquit en 1932. Chômeur, Louis Thorez était en difficulté pour trouver du travail, du fait de son lien de parenté avec Maurice Thorez. Ce dernier le fit embaucher après son adhésion au Parti communiste comme vendeur du quotidien Ce soir.
Réformé temporaire depuis mars 1938, Louis Thorez ne fut pas mobilisé lors de la déclaration de guerre. Le 9 octobre 1940, il fut arrêté avec quatre autres militants du quartier des Amandiers pour distribution de tracts du Parti communiste. Il reconnut qu’il était chargé de la répartition des tracts en vue de leur distribution. Il fut emprisonné à la Santé (XIVe arr.) et la cour d’appel de Paris le condamna le 3 février 1941 à dix mois de prison pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Considéré comme meneur des plus actifs par la police, il fut interné le 22 mai 1941 au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique).
Avant la guerre, Albertine Thorez entretenait régulièrement les tombes d’Henri Barbusse et de Paul Vaillant-Couturier au cimetière du Père-Lachaise (XXe arr.). Elle continua pendant la guerre. La police l’interpella devant le mur des Fédérés le 2 février 1941. Devant la menace de l’emprisonnement, alors qu’elle était seule avec sa fille, elle signa un engagement à ne plus se livrer à aucune activité politique et à ne pas changer de domicile.
Louis Thorez fut transféré le 7 février 1942 au camp Royallieu, à Compiègne (Oise), Frontstalag 122. Dans la nuit du 21 au 22 juin 1942, avec Henri Le Gall, militant syndicaliste de Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine), et comme dix-huit autres internés, il s’évada. Louis Thorez et Henri Le Gall se réfugièrent à Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis), un point de chute préparé par l’intermédiaire du beau-frère de Louis Thorez, Alphonse Baconier. Ce dernier les emmena chez Henriette Pizzoli, 33 rue de la Fraternité. L’oncle d’Henriette Pizzoli, Marcel Éthis, habitait à quelques numéros de chez elle ; il accepta, à sa demande, d’assurer le repas du midi. Pendant près de trois semaines, tout se passa bien.
Le vendredi 10 juillet vers 13 h 30, quatre inspecteurs de la Brigade spéciale no 1 (BS1) se présentèrent au 33 rue de la Fraternité. Louis Thorez et Henri Le Gall sautèrent du premier étage dans le jardin situé derrière la maison. Les policiers forcèrent la porte et, après une brève poursuite, les deux hommes furent maîtrisés. Louis Thorez présenta une fausse pièce d’identité au nom de Larher, qui ne fit pas illusion.
Une lettre anonyme était parvenue à la police le 6 juillet. Henriette Pizzoli reconnut l’écriture du dénonciateur sur l’enveloppe qui lui fut présentée, celle d’un ancien ami jaloux. Les policiers avaient eu le temps de repérer les lieux et ceux qui se présentaient aux deux domiciles. Alphonse Baconier, qui habitait à une rue de là, boulevard Galliéni, fut appréhendé, ainsi que Gabrielle Éthis, son épouse.
Louis Thorez fut livré aux Allemands et incarcéré au fort de Romainville. Le 11 août 1942, quatre-vingt-huit otages, dont Louis Thorez, Henri Le Gall, Marcel Ethis et Alphonse Baconier, ont été fusillés au Mont-Valérien. Le même jour, le journal collaborationniste Le Matin publia un Avis signé d’un responsable SS : « Malgré plusieurs avertissements, le calme a à nouveau été troublé sur certains points de la France occupée. Des attentats ont été perpétrés contre des soldats allemands par des terroristes communistes à la solde de l’Angleterre. [...] J’ai en conséquence fait fusiller 93 terroristes qui ont été convaincus d’avoir commis des actes de terrorisme ou d’en avoir été complices. »
Louis Thorez fut passé par les armes à 10 h 20. Son corps fut incinéré au Père-Lachaise (XXe arr.), et ses restes inhumés au cimetière de Bagneux, le 29 août, puis transférés le 22 janvier 1943 au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Sa femme, Albertine Thorez, témoigna en 1945 devant la commission d’épuration de la police. Elle déclara ignorer si son mari avait été brutalisé dans les locaux des BS. Le dimanche 3 février 1946, un hommage fut rendu à la mairie du XXe arrondissement de Paris à René Mourre, ex-secrétaire administratif du Parti communiste, fusillé le 11 avril 1942, et à Louis Thorez, puis un cortège de cinq mille personne se rendit au cimetière du Père-Lachaise, où l’inhumation eut lieu face au mur des Fédérés. Une plaque à la mémoire de Louis Thorez fut apposée au 17 rue des Amandiers à Paris, où il avait habité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article132611, notice THOREZ Louis, Clément par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Daniel Grason

Louis Thorez au service militaire
Louis Thorez au service militaire
Crédit : archives privées
Louis Thorez
Louis Thorez
Crédit : archives privées
Louis Thorez
Louis Thorez
Crédit : archives privées
Son épouse Albertine et leur fils Lucien qui mourut à l'âge de 10 ans
Son épouse Albertine et leur fils Lucien qui mourut à l’âge de 10 ans
Crédit : archives privées
Plaque commémorative de Louis Thorez rue des amandiers à Paris XXe arr. Un magasin la cache partiellement.

SOURCES : Arch. PPo., BA 2117, KB 74, KB 87, PCF carton 13, 77W 1478. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Lettres des fusillés de Châteaubriant, Amicale des anciens internés et patriotes de Châteaubriant-Voves, 1954. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – La Documentation française, 1981. – L’Humanité, 23 janvier 1946, 5 février 1946, 4 septembre 1946, 11 août 1950. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – Site Internet Les plaques commémoratives. – État civil, Hénin-Beaumont.

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