LAFFORGUE René, Louis, Léon

Par Claude Pennetier

Né le 13 mars 1928 à San Sébastian (Espagne), mort le 3 juin 1967 à Albi (Tarn) ; auteur compositeur interprète ; comédien.

Fils de Grégoire Lafforgue et de Lucie, parisienne, son père aurait été un libertaire du pays Basque espagnol qui vivait avec une française (ils n’étaient pas mariés). René-Louis Lafforgue connut la guerre d’Espagne et partit en exil en passant à pieds les Pyrénées. Ses parents s’installèrent à Cachan (Seine, Val-de-Marne) (24 rue du docteur Henouille) mais se séparèrent assez vite. C’est sa mère qui s’occupa des enfants. Selon sa petite-fille, cette femme remarquable n’était nullement libertaire. René Louis obtint le CEP mais, peu fait pour la discipline scolaire, il fit divers métiers manuels dont celui de menuisier. Pendant l’Occupation, ses voisins du dessus étaient juifs. Sa grand-mère les aidait. Les Allemands vinrent les arrêter et l’adolescent vit leur chien (un berger allemand) abattu, jeté dans une poubelle. Lui-même en raison de son type méridional fut souvent contrôlé, soupçonné d’être juif. Son frère, Sylvain Lafforgue, de sensibilité libertaire, mourut dans les combats de la Libération à Cachan (Seine, Val-de-Marne).
René-Louis Lafforgue prenait vers 1944-1945 des cours de musique chez un monsieur Beucher (de la famille de Paul Beucher, producteur de pianos), handicapé, qui formait aussi, à Cachan, sa bande de copains. De joyeux drilles qui aimaient le bal et la chanson. René-Louis n’était pas le moins exubérant de ses amis d’origines diverses, "mais tous des bons français", proches de la résistance dit une témoin.

Par ses origines, ses premiers métiers comme les thèmes de ses chansons (notamment Le Poseur de rail, 1957), René-Louis Lafforgue était lié au monde du travail et à la sensibilité libertaire. Il commença à faire du théâtre à vingt ans, de la chanson à vingt-trois ans en 1951 et du cinéma la même année. Il fit partie de la troupe de la Comédie de Saint-Étienne de Jean Dasté, pour interpréter en 1949 Mesure pour mesure de Shakespeare. Il enchaîna avec une pièce de Boris Vian. On connait sa présence dans cinq pièces et treize films.
En 1951 et 1952, il joua dans une pièce militante Le drame de Toulon-Henri Martin de Claude Marti et Henri Delmas, avec Charles Denner, Paul Préboist, José Valverde et Antoine Vitez. Il y eut trois cents représentations et de nombreuses interdictions et entre 150000 et 200 000 spectateurs. Une scène était consacrée au Mutin de la Mer Noire, André Marty, ce qui provoqua l’arrêt de la pièce suite à l’exclusion, fin 1952, de ce dernier.
Chanteur compositeur interprète avec une belle voix chaude et rauque, il passa en première partie de Georges Brassens qui écrivit en 1954 : "Il faut être aux aguets pour se sentir touché par la poésie d’un certain René-Louis Lafforgue. Une poésie rude de montagnard qu’il n’est pas". Premier succès, il gagna en 1955 le grand prix de la chanson de Deauville (catégorie André Claveau). Une chanson, Julie la Rousse (1956), lui valut un grand succès pendant une décennie, relayé en 1959 par le film du même nom, du cinéaste Max Piccalo.
Il créa en décembre 1961, un cabaret, L’École buissonnière (rue de l’Arbalète Paris Ve arr.) où il put interpréter des chansons parfois engagées comme Les Enfants d’Auschwitz et accueillir Paul Préboist, Boby Lapointe, Maurice Fanon, Christine Sèvre, l’humoriste libertaire et franc-maçon Léo Campion et Guy Bedos.

Le 6 décembre 1961, il fut initié en franc-maçonnerie à la loge l’Étoile polaire du Grand Orient de France à Paris.

Lafforgue était domicilié à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), 3 rue Jean-Baptiste Clément. En villégiature à Denat (Tarn), victime d’un accident de voiture, il mourut pendant son transfert à Albi en juin 1967 à 39 ans. Il fut enterré à Cachan. "J’irai jusqu’au Grand architecte" écrivait-il dans Le Grand Manitou.
https://www.youtube.com/watch?v=rTmkq7g03_M

Il était marié à Claudie Laidet (1936-2014). Le couple eut trois enfants, Gilles (1959-1978), Vincent (1960-1998) et Isabelle (1962).
"Avec sa bonne tête ourlée d’une barde frisottée, sa forte carrure, son regard de chien de berger, il inspirait la sympathie et le respect. Au jeu des familles on le plaçait dans celle des poètes, entre le père Brassens et l’oncle Lemarque." écrivait Le Monde du 6 juin 1967.
René-Louis Lafforgue est le 467e souvenir, sur 480, dans l’exercice de mémoire Je me souviens de l’écrivain Georges Perec.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138237, notice LAFFORGUE René, Louis, Léon par Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 septembre 2020, dernière modification le 2 septembre 2020.

Par Claude Pennetier

René Louis Lafforgue et ses enfants Gilles, Vincent et Isabelle

SOURCES : Louis-Jean Calvet, 100 ans de chanson française, Éditions de l’Archipel. — État civil. — Notes d’Isabelle Lafforgue, États-Unis. — Georges Perec, Je me souviens, Hachette, 1978. — Sites internet. — Le Monde, 6 juin 1967, à l’occasion de son décès. — Témoignage de Madame Paulette Boivin, de Cachan.

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