MAUCHERAT Pierre, Auguste

Né le 10 septembre 1910 à Paris (IVe arr.), mort le 5 juin 1947 à Orsay (Seine-et-Oise/Essonne) ; instituteur à Paris puis dans la Meuse ; résistant ; militant communiste.

Pierre Maucherat
Pierre Maucherat

Fils d’un comptable et d’une couturière, Pierre Maucherat, instituteur délégué à l’école primaire supérieure Arago de Paris pour enseigner la physique, était un membre actif du Parti communiste. Robert Poursain, responsable de la région Paris-Est des Jeunesses communistes jusqu’à son départ au service militaire en 1937, le citait comme référent pour son passage à l’école Arago. Il cessa d’enseigner (il fut peut-être révoqué selon sa future épouse pour ses engagements politiques) au début de 1938 pour devenir secrétaire général-adjoint de la Centrale sanitaire internationale d’aide à l’Espagne républicaine, notamment chargé de la collecte de médicaments et de l’envoi de médecins et personnels infirmiers. Il y rencontra Alice Foucault (voir Alice Maucherat), sténodactylographe, qu’il épousa en mars 1941 à Paris (XVIIIeme arr.). Il aurait adhéré au Parti communiste à la fin de 1938, selon les renseignements recueillis par la police lors de son arrestation en 1943.
Mobilisé en août 1939 à Agen, il reprit contact avec les militants communistes dès son retour à Paris en septembre 1940. Habitant Créteil chez ses parents, sans travail, il voulut reprendre un travail d’instituteur suppléant mais fut refusé par l’inspection primaire. Il vécut alors de cours privés. A partir de 1941, il entra dans la clandestinité et après son mariage, il habita, avec son épouse rue de Tournelles, dans le XIeme arrondissement. Il participa au lancement de L’Université libre, à la mise en place et à la coordination des divers comités, notamment celui des médecins. Il fut un des fondateurs de La Pensée libre en 1941 dans la clandestinité. Son épouse dactylographiait les articles. Responsable de l’édition, il s’occupait de l’organisation des imprimeries clandestines, de la diffusion des textes et des achats de papier. Il fut au cœur de la création des organes clandestins de presse dans les milieux intellectuels. Membre actif du Front national universitaire organisé en mars 1941 sous le pseudonyme de “Bernard“, il assura, avec son épouse, la publication de L’Université libre jusqu’en mars 1942 et de L’École laïque à partir de juin 1941. Son rôle s’exerçait pour d’autres publications, ainsi parurent L’Écran français et Le Palais libre. Arrêté avec son épouse, le 20 ou le 23 mars 1943 à Paris par la police française, emprisonné à la Santé, il y fut un des responsables des détenus politiques. Il reçut, par des lettres de son épouse acheminées clandestinement, des informations sur les conditions de détention et les actions des femmes emprisonnées à la Petite Roquette puis aux Tourelles. Des échanges d’informations se développèrent. Lors du procès contre « le groupe des intellectuels » dont il publia un compte-rendu précis, il fut condamné par le Tribunal d’État, le 9 juin 1944, à huit ans de travaux forcés et 1 200 euros d’amende.
A la Libération, Maucherat travailla dans le cabinet de Marcel Willard », secrétaire général de la Justice. Il mit en place l’Union nationale des intellectuels dont le projet avait été élaboré dans la clandestinité, Frédéric Joliot-Curie en étant le secrétaire général avec Maucherat comme secrétaire général-adjoint. Responsable administratif du journal L’Ecole laïque dont il possédait 20 actions de la société éditrice à sa création, le 22 mai 1945, il présenta des propositions d’amélioration qui porteraient son tirage hebdomadaire à 80 000 exemplaires nécessitant une aide de 275 000 francs remboursables en trois mois. Cette proposition fut discutée lors d’une réunion du secrétariat du Parti communiste français, le 1er octobre 1945. Aucune décision n’intervint. Le secrétariat du PCF, le 20 janvier 1947 décida que « les camarades Maucherat, Jacques Billiet et Edith Thomas de la Commission d’Histoire de l’occupation et de la libération de la France ne chercheront et ne donneront aucune information sur l’organisation et l’activité du PCF et des organisations amies. » Cette décision, qui intervenait alors que Maucherat avait déjà livré un témoignage à Odette Merlat en avril 1946, pouvait s’expliquer par la crainte de la direction du PCF que ces révélations permettraient de comprendre le fonctionnement clandestin du Parti et amener des mesures répressives en cas de changements politiques.

Maucherat devint par la suite instituteur dans la Meuse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article138880, notice MAUCHERAT Pierre, Auguste, version mise en ligne le 15 novembre 2011, dernière modification le 7 décembre 2019.
Pierre Maucherat
Pierre Maucherat

SOURCES : Arch. Nat., archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 72 AJ 57. — APPO, 77 W 047. — Archives du comité national du PCF. — RGASPI, 495 270 4322, autobiographie de Robert Poursain. — HAMELIN (France), Femmes dans la nuit : l’internement de la Petite Roquette et au camp des Tourelles : 1939-1944, Paris, Renaudot, 1988. —Muracciole (Jean-François), Les enfants de la défaite. La Résistance, l’éducation et la culture, Paris, Presses de sciences po, 1998. — Notes de Claude Pennetier et de Michel Pinault.

Jacques Girault

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément