MOUNOLOU Jean

Par Alain Dalançon

Né le 5 juin 1911 à Lesparre (Lesparre-Médoc) (Gironde), mort le 27 février 1983 à Bordeaux (Gironde), professeur d’anglais aux ENI de la Gironde ; militant syndicaliste de la FEN (secrétaire de la commission laïque puis de la commission pédagogique), du SNPEN (secrétaire général de 1952 à 1957) et de la CMOPE (1953-1971), militant associatif de la MGEN, de la MAIF, de la MRIFEN et des Francas à Bordeaux.

entre Denis Forestier et son épouse à l’AG de la CMOPE de 1960 en Israël (coll. familiale)
entre Denis Forestier et son épouse à l’AG de la CMOPE de 1960 en Israël (coll. familiale)

Jean Mounolou était fils d’un couple d’instituteurs d’opinion socialiste. Son père trouva la mort sur le front durant la Première Guerre mondiale, si bien qu’il fut pupille de la Nation à partir de 1920.

Comme sa sœur, il fréquenta l’école communale de Lesparre puis celle d’Avensan (Gironde), avant de faire ses études secondaires au collège de Libourne (Gironde). Bachelier (série philosophie), il fut élève en première année de khâgne au lycée Montaigne à Bordeaux puis s’inscrivit à la Faculté des Lettres où il obtint une licence d’anglais et un diplôme d’études supérieures.

Il épousa le 11 septembre 1934, Lucette Lafugie (1910-2005), institutrice et membre d’une loge mixte de la franc-maçonnerie à Bordeaux. Lui-même était alors militant des Jeunesses socialistes et soutenait Léon Blum puis localement Justin Luquot, député-maire de Coutras qui réadhéra au Parti socialiste SFIO en 1937 et refusa de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940. Après le service militaire, le couple passa une année à Londres en 1936 comme assistants de langues dans des établissements secondaires. Ils eurent deux fils, Jean-Claude et Alain, nés en 1940 et 1947, devenus le premier, professeur des universités en génétique, le second, professeur de chaire supérieure en anglais.

A leur retour en France, Jean Mounolou fut nommé sur un poste d’instituteur délégué de lettres à l’école primaire supérieure de garçons de Brive (Corrèze) et fut promu le 1er janvier 1938 professeur d’EPS, en vertu d’un décret en faveur des enseignants pourvus d’une licence, avec 2 ans et 7 mois d’ancienneté.

Mobilisé en 1939 comme infirmier, il fut démobilisé en 1940 et rejoignit l’EPS de Brive où il demeura jusqu’à la fin de la guerre. Sur dénonciation, son épouse fut révoquée par le Régime de Vichy en raison de son ancienne appartenance à la franc-maçonnerie ; elle fut réintégrée à la Libération. De son côté, Jean Mounolou fut employé durant une année comme traducteur par l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) en Allemagne. Puis il revint enseigner en 1946-1947 au collège moderne Commandant Arnould à Bordeaux, où il se lia avec André Mondot. Il poursuivit sa carrière de 1947 à 1961 comme professeur d’anglais dans les deux écoles normales d’instituteurs et d’institutrices de Mérignac et de Bordeaux-Caudéran.

Militant de la SFIO, Jean Mounolou était aussi militant de la Fédération de l’Éducation nationale ; il fut secrétaire de la section départementale de la Gironde dès 1947, et se prononça pour l’autonomie en 1948. Il demeura secrétaire départemental jusqu’en 1950, date à laquelle il céda cette responsabilité à son ami Jean Mondot, à qui succéda un autre ami, Georges Fumé. Il n’en resta pas moins membre de la commission administrative nationale de la FEN, toujours élu au titre de sa section départementale, jusqu’en 1971 et présida à de nombreuses reprises les réunions de la CA fédérale.

La fin de la décennie 1940 et le début des années 1950 marquèrent un élargissement de ses responsabilités syndicales au plan national. Il fut ainsi secrétaire de la commission de Défense laïque de 1949 à 1952, et fit voter la motion fédérale au congrès de novembre 1952, manifestant son « opposition irréductible aux lois Marie et Barangé » et demandant la prise en considération du plan de constructions scolaires Le Gorgeu.

Puis, devenu secrétaire général de son Syndicat national des professeurs d’EN en 1952, petit syndicat pouvant jouer un rôle charnière entre le Syndicat national des instituteurs et le Syndicat national de l’enseignement secondaire, il fut chargé de la responsabilité de la commission pédagogique fédérale en 1953. Il fit voter au congrès, presque à l’unanimité, les motions pédagogiques s’inscrivant dans le projet Langevin-Wallon mais ne tranchant pas sur la délicate question de la formation des maîtres qui divisait les deux grands syndicats des instituteurs et des professeurs du second degré. Il céda ensuite cette responsabilité à un principal de collège moderne, Julien Vacquier. Il fut donc élu membre suppléant du Conseil de l’enseignement du premier degré en 1950, et fut désigné par le CSEP, en 1954, également membre du Conseil du second degré. En 1959, il devint membre titulaire du CSEP.

A la rentrée 1958, il estima à la réunion du conseil national de la FEN que la fédération devait prendre position sur le texte constitutionnel de façon suffisamment « nuancée pour laisser chaque citoyen agir selon sa conscience ». Il était alors encore membre de la SFIO et partisan de l’indépendance de l’Algérie. Il n’adhéra pas ensuite au nouveau parti socialiste mais lui apporta son soutien indéfectible à toutes les élections. Il entretenait cependant des relations courtoises avec Jacques Chaban-Delmas en tant que président du patronage laïque et de la section des Francas.

Devenu, en 1961, directeur d’études pour la formation des professeurs d’enseignement général des collèges à l’École normale de Bordeaux-Caudéran, il assuma à nouveau la charge de responsable de la commission pédagogique fédérale au début des années 1960 et défendit la motion pédagogique en 1962 au moment du début de la réforme Fouchet annonçant la création des collèges d’enseignement secondaire et la mise en place de l’orientation des élèves. La motion qu’il rapporta, dans laquelle la partie essentielle était, selon lui, l’accord « pour une période d’observation et d’orientation au terme de laquelle tous les enfants doivent trouver les enseignements diversifiés correspondant à leurs aptitudes », fut votée à une très large majorité, y compris par les congressistes « Unité et Action ».

En raison des relations qu’il avait pu nouer au plan international, Jean Mounolou fut également membre de la commission des relations internationales fédérales à la fin des années 1940 et début des années 1950. Il se montra un ferme partisan de l’adhésion de son syndicat à la CMOPE (Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante) créée en 1952 à la suite d’un accord entre la WOTP (World Organisation of Teaching Profession), basée aux Etats Unis, et la FIPESO (Fédération internationale des professeurs de l’enseignement secondaire officiel) et la FIAI (Fédération internationale des associations d’instituteurs). Il était ami de son président, Sir Ronald Gould, qui avait été président de la NUT (National Union of Teachers) britannique. Représentant son syndicat de 1953 à 1971,
il assistait à toutes les Assemblées générales mondiales, souvent avec son épouse, devenue professeur de collège à Gradignan (Gironde). Il succéda de 1967 à 1969 aux secrétaires généraux du SNI Denis Forestier puis Pierre Desvalois comme unique membre français du comité exécutif ; il fut présenté à ce poste par le SNI car il bénéficiait de la confiance de ses dirigeants, ainsi que de celle de James Marangé devenu secrétaire général de la FEN. Après la crise qui avait éclaté en 1968 au sein de la CMOPE suite à la découverte de son financement par la CIA par l’intermédiaire de la fondation Vernon, la direction nationale du SNI avait demandé, comme la plupart des organisations constitutives, que soient prises des mesures pour « assurer le financement de ses activités de façon incontestable », ce qui entraîna l’apurement des comptes et le transfert du siège de l’organisation de Washington à Morges (Suisse). Jean Mounolou s’associa à ces demandes et approuva ces transformations.

En tant que secrétaire général du SNPEN, il signa la circulaire du Comité d’action universitaire de mai 1952 pour réclamer la reconnaissance de la « dette » du 25 octobre 1951 et son inscription dans le budget de 1953. Il demeura à cette responsabilité jusqu’en 1957 et fut remplacé alors par Jean Rogniaux.

En 1969, il se retrouva dans la minorité du bureau national du SNPEN face à une nouvelle direction de cogestion, Jean Rojat (autonome)-Jean Haremza (Unité et Action) qui conduisit à la victoire aux élections de mai-juin 1970 de la liste « d’Union pour un programme commun ».Il resta membre du bureau national jusqu’en 1971, toujours chargé des relations internationales et des commissions paritaires. Il avait en effet été élu membre de la CAPN des certifiés et assimilés en 1965 sur la liste commune SNES-SNET et SNPEN, quand la catégorie des professeurs certifiés d’EN commença à en dépendre. Il ne se représenta pas aux élections de 1971 car il devait prendre sa retraite l’année suivante.

Tout au long de sa vie, il multiplia les engagements dans le mouvement mutualiste, laïque, associatif, pour les droits de l’Homme, pour l’Europe et dans la vie de son quartier. Il fut vice-président puis président (1972-1980) de la section départementale de la Gironde de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, président du Club des retraités MGEN, vice-président puis président (1975-1983) de l’Association départementale de la MAIF, administrateur départemental jusqu’en 1972 de la MRIFEN, dont son ami R-J Meyre avait été le fondateur ; il présidait aussi l’association départementale des Francs et franches camarades, et le patronage laïque de Saint-Augustin, comme son fils cadet qui lui succéda. Il continua à être traducteur des publications de la CMOPE jusqu’en 1982.

Il habitait rue Berruer à Bordeaux, où réside toujours l’un de ses fils.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article147945, notice MOUNOLOU Jean par Alain Dalançon, version mise en ligne le 17 juillet 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Alain Dalançon

entre Denis Forestier et son épouse à l'AG de la CMOPE de 1960 en Israël (coll. familiale)
entre Denis Forestier et son épouse à l’AG de la CMOPE de 1960 en Israël (coll. familiale)
Jean Mounolou à l'AG de la CMOPE en 1956, à droite, face à Jeanne Lordon et Etienne Camy-Peyret (coll. IRHSES)
Jean Mounolou à l’AG de la CMOPE en 1956, à droite, face à Jeanne Lordon et Etienne Camy-Peyret (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. IRHSES dont arch. de la CMOPE. — Arch. municipales de Bordeaux (J-C Lopez, V. Robin), 64 C 1633, 2 K 1039, 1O11W240. — Renseignements fournis par ses fils. — Notes de Jacques Girault.

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