DAMEN Onorato

Par Philippe Bourrinet

Né le 4 décembre 1893 à Monte San Pietrangeli (Ascoli Piceno) [Marches], mort le 14 octobre 1979 à Milan ; enseignant de lycée ; l’un des fondateurs du Parti communiste d’Italie en 1921 ; en 1924, responsable de l’édition en langue italienne de L’Humanité, à Paris ; en 1925, député communiste et membre du Comité d’entente « bordiguiste » opposé à la « bolchevisation » du Komintern ; fondateur du Parti communiste internationaliste dans le nord de l’Italie en novembre 1943.

Photo d’un comité de rédaction des communistes italiens en exil, Paris, bureau du quotidien {L’Humanité}, vers avril-juin 1924.
Photo d’un comité de rédaction des communistes italiens en exil, Paris, bureau du quotidien {L’Humanité}, vers avril-juin 1924.

Onorato Damen adhéra directement à l’aile gauche du PSI en 1910. Engagé volontaire, avec le grade de sergent, il fut dégradé en 1917 et emprisonné pendant deux ans pour « incitation à la désertion », en fait pour propagande contre la guerre. Remis en liberté en 1919, il reprit son poste dans le parti socialiste en collaborant à La Lotta de Fermo (Marches). Très vite il adhère à la Fraction communiste abstentionniste d’Amadeo Bordiga. En 1921, il fut nommé secrétaire de la Camera del Lavoro (bourse du travail) de Pistoia (Toscane) et directeur du journal communiste L’Avvenire. Accusé de l’assassinat d’un fasciste, lors d’un affrontement armé, il fut arrêté, et bien que reconnu « non coupable », il fut condamné à trois ans de prison qu’il subira à la prison Murate de Florence.

En mars 1924, la direction du Parti communiste italien l’envoya à Paris, pour prendre la direction du travail politique en direction des émigrés italiens et assurer l’édition hebdomadaire en langue italienne de L’Humanité. Il participait alors à toutes les séances du bureau politique du PCF, en étroite relation avec Mátyás Rákosi et Jules Humbert-Droz, qui résidaient alors à Paris, épaulé par Mario Lanfranchi, principal responsable des Centuries prolétariennes en France, et Ignazio Silone*. La police de Mussolini l’accuse en mai 1924 d’avoir été un agent actif « dans toutes les grèves, comme dans la récente grève métallurgique de Citroën » et d’y avoir organisé « la participation des ouvriers étrangers et des orateurs communistes étrangers ».

Revenu en Italie à la fin de 1924, il avait élu in abstentio le 6 avril député de la circonscription de Florence. En 1925 avec Bruno Fortichiari, Carlo Venegoni, Ottorino Perrone et Luigi Repossi, il est le moteur du Comité d’entente (Comitato d’Intesa), qui luttait contre la « bolchevisation » imposée par Gramsci et Togliatti. Arrêté, comme tous les députés communistes, en novembre 1926, il fut relégué à Ustica, puis emprisonné à Florence. Condamné à 12 années de réclusion, il dirigea la révolte des prisonniers de Civitavecchia en 1933. Amnistié à la fin de 1933, il fut à nouveau arrêté en 1935, 1937, « pour propagande communiste » et « diffusion de matériel de propagande de l’opposition internationale contre la politique du Komintern et contre le stalinisme en Espagne ». Il connut à nouveau l’arrestation en 1940. Il fut finalement amnistié et libéré en 1943 lors de la constitution du gouvernement Badoglio.

Damen fut le principal fondateur et animateur – avec Bruno Maffi, neveu du député communiste Fabrizio Maffi – du Parti communiste internationaliste, en novembre 1943, actif dans les usines du Piémont et de la Lombardie, qui appela au renversement du capitalisme dans les deux blocs impérialistes en présence. Après 1945, il resta avec Bruno Maffi le principal dirigeant du nouveau parti. Bien qu’ancien député démis de ses fonctions par le fascisme, et à ce titre membre obligatoire de la nouvelle chambre de la République, le parti de Palmiro Togliatti l’avait secrètement condamné à mort et avait demandé la mise hors la loi de son parti. Il put obtenir de De Gasperi que Damen soit déchu de ce droit constitutionnel. Orateur remarquable et doté d’une plume nette, il fit campagne pour son parti lors des élections de 1946 et 1948. Redevenu enseignant du secondaire en 1945, il publia un ouvrage de pédagogie sur l’enseignement du latin au lycée, mais aussi des ouvrages de vulgarisation sur les sources du marxisme (babouvisme). Il maintint de solides contacts internationaux, en particulier avec Munis au Mexique, puis en France, et le groupe de Raya Dunayevskaya aux États-Unis. Une note de la questure milanaise du 19 mai 1949 le considère comme « un tenace défenseur des doctrines trotskystes » et constate que son « mouvement est en lente régression ». Damen entra progressivement en conflit avec la tendance de Maffi et Bordiga, sur différentes questions politiques et organisationnelles, mais aussi sur la question syndicale et l’appui aux luttes de libération nationale, où il développa des positions « luxembourgistes » à l’opposé du retour à Lénine préconisé par Bordiga.

Après la scission de 1951-1952 du PCInt – épaulé par Giacomo Stefanini, Aldo Lecci et Giovanni Bottaioli – il est le moteur du PCInt maintenu (Battaglia comunista et Prometeo). Actif dans ce parti jusqu’en octobre 1979, date de sa mort à Milan. Onorato Damen fut un journaliste politique prolifique. Un Istituto Onorato Damen a été fondé le 30 avril 2009 par la section dissidente calabraise (Catanzaro) du PCInt. Son fils Fabio Damen est l’un des principaux organisateurs de cette tendance qui possède des ramifications internationales, surtout en Grande-Bretagne (Communist Workers’ Organisation).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148738, notice DAMEN Onorato par Philippe Bourrinet, version mise en ligne le 8 septembre 2013, dernière modification le 15 mai 2014.

Par Philippe Bourrinet

Photo d'un comité de rédaction des communistes italiens en exil, Paris, bureau du quotidien {L'Humanité}, vers avril-juin 1924.
Photo d’un comité de rédaction des communistes italiens en exil, Paris, bureau du quotidien {L’Humanité}, vers avril-juin 1924.

ŒUVRE : Come eviterai gli errori di latino : Le difficoltà più frequenti che si presentano agli studenti delle scuole medie secondarie, A. Minuziano, Milan, 1945. – Bordiga, validita e limiti d’una esperienza nelle storia della sinistra italiana, Milan, 1977. – Gramsci tra marxismo e idealismo, Edizioni Prometeo, Milan, 1988. – Scritti scelti 1943-1978, Prometeo, Milan, 1999. – Recueil de 46 articles sur le site web de l’Institut Damen : www.istitutoonoratodamen.it/joomla/onorato-damen-scritti/raccoltascritti.

SOURCES : APC CPC Rome, busta 1599, dossier n° 29844. – Archives de la Préfecture de police (P. Po. B/A/1711), « Au sujet de l’activité politique des Italiens résidant en France », 15 oct. 1924. – Battaglia comunista, n° 14, octobre 1979 (tout le numéro). – Istituto nazionale per la storia del Movimento di liberazione in Italia (fonds Stefanini Mauro – Partito comunista internazionalista) : http://www.insmli.it/parrimilano/. – « The internationalists : Internationalist Communist Tendency » : http://www.leftcom.org/en. – La scissione internazionalista del 1952, Quaderni di Battaglia comunista n° 3, Milan, Edizioni Prometeo, oct. 1992. – Il processo di formazione e la nascita del Partito comunista internazionalista, Quaderni di Battaglia comunista n° 6, Milano, Edizioni Prometeo, décembre 1993. – Lo scontro degli internazionalisti con lo stalinismo e le sue vittime, Quaderni di Battaglia comunista n° 7, Milano, Edizioni Prometeo, mars 1995. – Istituto Onorato Damen (Catanzaro) : http://www.istitutoonoratodamen.it/

ICONOGRAPHIE : Photo d’un comité de rédaction des communistes italiens en exil, Paris, bureau du quotidien L’Humanité, vers avril-juin 1924, chargé d’en assurer l’édition hebdomadaire en italien (n° 1, 5 janvier 1924) ainsi que celle du journal La Riscossa. Onorato Damen (au milieu), responsable du comité de rédaction, participait à toutes les séances du Bureau politique du PCF, en étroite relation avec Mátyás Rákosi et Jules Humbert-Droz, qui résidaient alors à Paris. [De gauche à droite : Francesco Zanardi (1894-1944), représentant de commerce, un des responsables des Centuries prolétariennes ; Onorato Damen. Debout à droite, peu visible, dans l’ombre, portant des lunettes, Ignazio Silone (pseudonyme de Secondino Tranquilli). L’homme appuyé sur l’épaule gauche de Dante Mandelli (1897-1945), journaliste communiste, est Mario Lanfranchi (1902-1959), principal responsable des Centuries prolétariennes en France. Ignazio Silone (1900-1978) était chargé de publier l’hebdomadaire La Riscossa (n° 1, 19 juillet 1924). L’historien Dario Biocca (Silone : la doppia vita di un italiano, Rizzoli, Milan, 2005) affirme que la photo a été envoyée, par Ignazio Silone lui-même aux autorités fascistes, avant d’être reprise par la police scientifique pour établir des placards signalétiques d’avis de recherche aux frontières et à l’intérieur du pays.

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