BOURAS Mohamed Tahar [Dictionnaire Algérie]

Par Amar Benamrouche, René Gallissot

Né le 17 septembre 1900 à Akabiou, un village de la commune mixte de Sidi-Aïch en Kabylie (Algérie), mort assassiné au sein même de son village au lendemain de l’indépendance, soit le 10 août 1964 lors du soulèvement de la Kabylie contre Ben Bella. ; secrétaire du syndicat CGT de la mine de Timezrit ; organisateur des grandes grèves de 1953 et 1954 ; emprisonné de 1955 à 1961.

Fils de petits paysans d’Akabiou, petite localité du douar Timezrit-El-Maten, dans la vallée de la Soummam, Mohamed Tahar Bouras suit l’école française du village jusqu’au certificat d’études primaires. Il est embauché aussitôt à la mine de Timezrit où il commence à travailler comme balayeur puis « chargé de bois ». En 1945, il est secrétaire général du syndicat CGT des mines de Timezrit qui comptent alors 700 mineurs.

Après d’autres grèves dures, il est le principal organisateur de la grande grève, avec lock-out, de 1953 qui va durer neuf mois. Alger républicain en rend compte jour après jour. L’historien A. Taleb-Bendiab en a fait le récit.

C’est le 26 août 1953 que le mot d’ordre de grève est lancé ; la direction de la mine procède à la fermeture de l’établissement. Les mineurs décident alors d’exercer une pression « de l’extérieur », en organisant marches et manifestations dans les villages qui ceinturent la mine. Les assemblées de villages, djemaâ, soutiennent le mouvement, notamment la « marche de la faim » dans la nuit du 29 au 30 avril 1954 organisée sur un tronçon de 16 kilomètres. Quelque 500 personnes, paysans, commerçants et autres, se joignent au cortège des 700 mineurs. Alger Républicain fait appel à la solidarité qui vient, en particulier pour les vivres, du chef-lieu, Bougie [Béjaïa], et publie les messages de soutien des syndicats métropolitains. Pendant les négociations menées par Mohamed Tahar Bouras avec l’administrateur de la commune mixte, les manifestants entourent pendant plusieurs jours le siège de la commune. La mine de Timezrit reprend ses activités. Le 4 mai 1954 avec une nouvelle direction qui a signé un protocole d’accord avec les représentants des travailleurs.

Le soutinrent pendant cette dure et longue grève des mineurs de Timezrit : Abdelhamid Benzine (journaliste d’Alger Républicain ayant couvert le lock-out), Gaston Revel (instituteur et président de l’union des syndicats de Bougie, farouche adversaire d’Augarde Jacques –Maire de Bougie- et de Marcel-Edmond Naegelen, ex-Gouverneur d’Algérie qui donna sa démission en 1951), Khitmane et Braham Semsadji – secrétaire général de l’union CGT du sous-sol – et Cherif Abderrahmane Djemad – originaire des Ath-Ouaghlis (1907/1985), ancien conseiller général de Bougie (1945) et député communiste élu du 2e collège en 1946 dans la 3e circonscription de Constantine- qui fut aux côtés des mineurs de Timezrit lors de la marche du 30 avril 1954. Retour ligne automatique

Cette grève a marqué le mouvement syndical. Idir Aïssat* et la commission des affaires sociales et syndicales du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) avait déjà reproché à la CGT, dans les grèves des mineurs en 1951 déjà, de ne pas avoir pu mobiliser les syndiqués « européens » auprès de leurs camarades algériens. Cette fois nous sommes en 1953-54 ; le lock-out et la durée de la grève tiennent à cette coupure dans l’action syndicale. La grève confirme le double mouvement qui traverse l’UGSA (Union générale des syndicats algériens)-CGT qui n’en a pas moins été à la tête de la lutte ; les « Européens », c’est-à-dire les Français d’Algérie, qui sont principalement des employés et ouvriers garantis par leur statut, se mettent en retrait ou quittent la CGT ; ce sont les mineurs et manouvriers précaires algériens qui sont dans la grève, communistes aussi bien que nationalistes, et demeurent à l’UGSA-CGT ; ils y resteront jusqu’à la création de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) en février 1956 et parfois quelque temps après.

Mohamed Tahar Bouras est arrêté dès novembre 1954 ; il est incarcéré à Bossuet (ex-Daya, une localité non loin de Sidi-Bel-Abbes dans l’ouest algérien), du 22 décembre 1955 au 29 juillet 1961 plus exactement. En 1963, il rejoint le soulèvement armé de Kabylie contre le pouvoir de Ben Bella, lancé par Hocine Aït Ahmed* qui fonde son parti : le Front des Forces Socialistes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150473, notice BOURAS Mohamed Tahar [Dictionnaire Algérie] par Amar Benamrouche, René Gallissot, version mise en ligne le 22 novembre 2013, dernière modification le 6 septembre 2016.

Par Amar Benamrouche, René Gallissot

SOURCES : Notes de M.Farès*. — Alger Républicain, 1953-1954. — A. Taleb-Bendiab, Chronologie des faits et mouvements sociaux en Algérie, op.cit. — Allaoua Kherib, Ath-Immel -Timezrit ou la tribu des insoumis, Éditions : Édilivre, Paris, janvier 2016. — Notes de Kerib Allaoua.

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