SPITZER Gérard [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en 1927 à Paris, mort le 26 février 1996 à Paris ; franc-tireur partisan français de la Résistance, et communiste en 1944 ; directeur de La Défense, organe du Secours populaire de 1945 à 1957 ; engagé dans le soutien au FLN, exclu du PCF, fondateur et directeur de La Voie communiste (1958) ; arrêté, gréviste de la faim, et condamné pour soutien à la cause algérienne ; proche de Mohamed Boudiaf sans aller en Algérie à l’indépendance en 1962.

Les parents de Gérard Spitzer sont des Juifs de Hongrie arrivés à Paris en échappant à l’écrasement de la révolution communiste de 1919 ; le père est déporté en 1941 ; la mère se cache à Paris ; Gérard Spitzer et sa sœur sont réfugiés en « zone sud » . Le tout jeune garçon entre en contact avec l’organisation communiste, Le Front patriotique de la jeunesse, qui en fait un franc-tireur partisan (FTPF) prenant part aux combats de la libération de Paris. Débutant en journalisme, le PCF lui confie en 1945, la direction du périodique du Secours populaire : La Défense.

Un des premiers accrochages avec la direction communiste se produit sur l’Algérie, en menant la campagne de secours aux victimes de la répression de mai 1945, sans reprendre les thèses de provocation et de complot nationaliste, prononcées à l’époque par le PCF ; le sort des pays de l’Est, curieusement par rapport à André Marty* la mise en cause des communistes égyptiens désignant le rôle suspect d’Henri Curiel*, l’abandon des révolutionnaires grecs, la fracture de la Yougoslavie sont d’autres moments de tension. Les affrontements de guerre froide, l’accueil et la défense des victimes des massacres coloniaux puis de la guerre d’Indochine font rester Gérard Spitzer au parti ; il appartient à la même cellule dans le 11e arrondissement que l’intellectuel politique ardent qu’est Victor Leduc*, l’enseignante Annie Rey* qui fait écho aux débats de la cellule Sorbonne-Lettres (cf. André Prenant*) et Roger Rey*, ancien militaire engagé très tôt dans l’aide à la Fédération de France du FLN.

En 1956, la crise du communisme interfère sur deux plans, celui du nécessaire examen du stalinisme, de l’histoire de l’URSS et du « marxisme soviétique » (formule de H. Marcuse ), qu’ouvre en février malgré les dissimulations de la direction PCF, le XXe Congrès du PC soviétique, et celui de l’engagement aux côtés des luttes de libération nationale que contredit le vote des pouvoirs spéciaux pour le maintien de l’ordre en Algérie par les députés communistes en mars. Les critiques à l’intérieur du PCF s’expriment dans plusieurs bulletins, dont L’Etincelle, qui a des animateurs à la cellule du 11e, avec Victor Leduc en première ligne, Gérard Spitzer, Gérard Lorne et le concours de leurs proches comme Denis Berger* et Simon Blumental*. Victor Leduc se retire en découvrant l’influence de partisans trotskystes ; autour de Gérard Spitzer se reforme un petit groupe pour continuer la critique communiste et qui se trouve engagé dans le soutien au FLN par Roger Rey* et les premières opérations d’aide, ce sera le groupe de La Voie communiste qui en 1958 sort le périodique de ce nom ; Gérard Spitzer en est le directeur.

Le groupe constitue un des premiers réseaux de collaboration avec la Fédération de France du FLN (à travers Omar Oussedik*, Moussa Kebaïli, Aït El-Hocine, puis Bachir Boumaza….) ; outre les caches, les transports, les passages de frontières, tandis que Roger Rey*, se charge de répondre aux problèmes des armes et de la formation, la trésorerie revient à Gérard Spitzer secondé par Gérard Lorne. L’affaire de la rue Oberkampf va freiner l’activité du groupe ; à la fin septembre 1959, la police qui traque une réunion FLN, trouve « le trésor du FLN », l’argent collecté, dans l’appartement de Gérard Lorne qui prétend que ces sommes, en dépit de leur importance, sont les ressources des souscriptions à La Voie communiste. Aussi Gérard Spitzer est aussitôt arrêté et d’autres. À la prison de la Santé à Paris, celui-ci commence une grève de la faim qui le fait transférer à la prison de Fresnes, ce sous-continent d’un millier de nationalistes algériens détenus. Un Comité Spitzer fait campagne et tient meetings avec J-P.Sartre, Marcel Prenant, l’ancien député SFIO, aveugle de guerre, Elie Bloncourt… « L’Affaire Spitzer » recouvre « l’Affaire de la rue Oberkampf ».

À Fresnes, Gérard Spitzer est en bonnes relations de discussions et mêmes de convergences politiques avec le journaliste historien Mostefa Lacheraf et avec Mohamed Boudiaf qui tient à continuer son rôle d’initiateur de la révolution algérienne. En prévision de leur propre grève de la faim pour le statut politique, les responsables algériens demandent à Gérard Spitzer de suspendre son geste. Son procès se prépare ; encore membre du PCF, son premier défenseur Claude Faux, compagnon de Gisèle Halimi, se désiste ; le relais est pris par Jacques Vergès ; le tribunal militaire du Cherche-Midi (Paris) condamne Gérard Spitzer qui refuse de répondre, à 18 mois de prison pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Il quitte la prison le 28 mars 1961. L’évasion des « filles de La Roquette » (cf. H. Cuénat*, D. Fawzi-Rossano*…) vient d’avoir lieu ; il peut encore aider à leur sortie de France. Plus ou moins directement, G. Spitzer a été associé aux montages d’évasion de responsables FLN, aux préparatifs ensuite d’évasion des « historiques », notamment Boudiaf et Ben Bella qui ne suivent pas. Il poursuit l’aide au FLN en liaison avec Georges Mattéi* qui assure la reprise du réseau Jeanson dans le réseau Curiel* « ce communiste égyptien douteux ».

À Fresnes Mohamed Boudiaf et les détenus autour de lui, et au dehors, des syndicalistes algériens semi-clandestins sont demandeurs d’exposés sur le socialisme, l’histoire du mouvement ouvrier et le projet révolutionnaire. Gérard Spitzer participe à ce travail qui lie La Voie communiste aux options de M.Boudiaf au jour de l’indépendance algérienne. Il se défie cependant de ces leçons de socialisme. Il conclut son témoignage : « Après l’indépendance, La Voie communiste a continué. Nous avons soutenu Boudiaf. Je n’étais pas partisan de l’action directe en Algérie, c’est-à-dire le pied-rougisme. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152157, notice SPITZER Gérard [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 9 janvier 2014, dernière modification le 9 septembre 2015.

Par René Gallissot

SOURCES : G. Perrault. Un homme à part. Bernard Barrault, Paris, 1984. – Témoignage de G. Spitzer dans J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie. La Découverte, Paris, 2004. – J-L. Einaudi, franc-tireur Georges Mattéi de la guerre d’Algérie à la guérilla. Sextant et Danger public, Paris, 2004.

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