PERROY Édouard, Marie, Joseph

Par Jacques Girault

Né le 2 août 1901 à Grenoble (Isère), mort le 26 juillet 1974 à Paris (XIVe arr.) ; professeur d’Université ; résistant ; militant du SNESsup ; militant socialiste.

Fils d’un avocat, Édouard Perroy, élève des lycées Montaigne et Louis-le-Grand à Paris, admissible à l’École normale supérieure en 1921 et en 1922, boursier, obtint une licence ès lettres à la Sorbonne, et fut reçu à l’agrégation d’Histoire en 1924. Détaché comme lecteur à l’Université de Glasgow de 1925, après avoir effectué son service militaire comme élève officier de réserve dans l’Infanterie en 1925-1926, il reprit son poste à Glasgow jusqu’en 1934. Il soutint sa thèse de doctorat d’État à Paris en février 1934 sous le titre L’Angleterre et le Grand Schisme d’Occident. Étude sur la politique religieuse de Richard II, 1378-1399 (Paris, J. Monnier, 1933). Il prolongea ses recherches en participant de 1933 à 1942 à la publication en neuf volumes des Chartes du Forez antérieures au XIVe siècle.

Devenu professeur à l’Institut français de Londres en 1934-1935, il fut chargé d’enseignement à la faculté des Lettres de Lille en 1935, puis maître de conférences à Lille en 1936, enfin nommé professeur d’histoire générale et régionale du Moyen Age à Lille en 1937. Il se maria en novembre 1937 à Lille. Le couple eut une fille.

Tuberculeux, Perroy, en congé de 1938 à 1941, subit un pneumothorax et séjourna au sanatorium des étudiants de Saint-Hilaire du Touvet. Il y rencontra des militants étudiants hostiles aux accords de Munich.

À la rentrée universitaire de 1940, la faculté de Lille fut repliée en Haute-Loire. Édouard Perroy n’y séjourna pas et habita Houilles (Seine-et-Oise). Il travailla comme maître de conférences dans les ENS de Fontenay-aux-Roses, de Saint-Cloud et de Sèvres à partir de la rentrée 1941 et ne rejoignit pas son poste à Lille, en raison notamment de son état de santé. Il dut se rendre à Lille en 1942, mais très vite n’effectua plus les voyages et il obtint des suppléances d’enseignement à la Sorbonne, nommé à titre provisoire à partir de novembre 1942 sur la chaire de Louis Halphen, détaché à la faculté de Grenoble.

En contact avec la Résistance, recherché par la Gestapo, il quitta son domicile en novembre 1943 après avoir obtenu un congé pour dégradation de sa santé, nécessitant un séjour « de préférence à la montagne ». Il s’établit alors à Feurs où il avait des liens avec Georges Guichard et Marguerite Gonon. Faute de pouvoir le joindre, le ministère le plaça en demi-traitement à partir de février 1944.

Perroy devint, sous le pseudonyme « Besson », responsable à la propagande des Mouvements unis de la Résistance dans la Loire. Son activité intense contribua à améliorer la distribution des publications clandestines non communistes dans le bassin stéphanois. À la demande de Gabriel Calamand, il prépara les deux premiers numéros d’un journal départemental qui ne purent être imprimés. En avril 1944, il fut intégré au comité directeur des MUR et devint en mai l’adjoint de Calamand, responsable départemental des MUR et président du Comité départemental de Libération. Au sein du CDL, il présida la commission d’action politique et d’épuration chargée de préparer les futurs conseils municipaux provisoires et d’organiser la presse de l’après-guerre dans le département. Se heurtant au Parti communiste et à Jean Nocher, il ne réussit pas à éviter la liquidation de La Tribune Républicaine. Selon le témoignage de Jean Pralong, à la Libération, Perroy aurait été envisagé comme un possible préfet de la Loire, poste finalement attribué au communiste Lucien Monjauvis.

Le 17 janvier 1945, Pierre Caron, responsable de la commission pour l’Histoire de la Libération qui venait d’être créée, le 20 octobre 1944, sollicita son concours pour l’organisation de la commission. Perroy fut détaché pour huit mois pour créer et animer la commission d’histoire de l’Occupation et de la libération de la France, fonction qu’il occupa de février 1945 à la rentrée universitaire de 1946, son salaire étant pris en charge par la Commission. Il commença alors à recueillir des témoignages et des documents sur les acteurs de la Résistance et de la guerre. Perroy proposa alors que Michel Mollat puisse le suppléer sur la chaire de Lille. A la rentrée de novembre 1946, il reprit sa fonction professorale à Lille et put exercer son rôle de co-directeur de la Revue du Nord.

En janvier 1951, Perroy fut élu professeur sans chaire à la Sorbonne, puis glissa sur la chaire d’histoire du Moyen-Age qu’il exerça jusqu’à sa retraite en 1971. Il fut le fondateur de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur. En 1974, aux Publications de la Sorbonne, parut un recueil de ses articles sous le titre Études d’Histoire médiévales (820 p.).

Perroy demeurait dans les appartements du rectorat de Paris, rue Monticelli.

Perroy, militant du Syndicat national de l’enseignement supérieur, membre de sa commission pédagogique nationale dans les années 1950, fut en 1950 secrétaire de celle-ci. Actif dans le Comité des travaux historiques et scientifiques, il était aussi administrateur de La Diana, Société historique et archéologique du Forez. Membre du Parti socialiste SFIO jusqu’en 1958, il adhéra aux Partis socialiste autonome, puis unitaire en 1960. En 1968, alors qu’il était directeur du département d’Histoire de la Sorbonne, il dut séjourner en maison de repos. Il reprit sa place courant mai et, tout en affichant son soutien au mouvement, parvint à maintenir l’unité du département jusqu’à son remplacement comme directeur au début de juin. En 1970-1971, alors que de nombreux enseignants médiévistes étaient attirés par les orientations de l’Université de Paris IV, en raison notamment du maintien de l’enseignement du latin, il joua un grand rôle pour qu’ils choisissent, comme lui, l’Université de Paris I.

« Édouard Perroy a été la figure de proue de l’historiographie médiévale française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale établissant une sorte de pont entre Marc Bloch et Georges Duby. Il fut l’un des premiers à analyser la crise du XIVeme siècle et à promouvoir une histoire associant étroitement l’économique et le social. » (Guy Bois).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152356, notice PERROY Édouard, Marie, Joseph par Jacques Girault, version mise en ligne le 13 janvier 2014, dernière modification le 29 mars 2014.

Par Jacques Girault

ŒUVRES : Le fichier de la BNF comporte 52 références dont : Collaboration à La fin de Moyen Age, Paris, PUF, collection Peuples et civilisations, 1931, 2 vol. — The diplomatic correspondence of Richard II , 1377-1399, London, 1933. — La Guerre de Cent Ans, Paris, Gallimard, 1945. — Collaboration à Histoire de la France pour tous les Français, première partie « Des origines à la fin du XVe siècle », Paris, Hachette, 1950.

SOURCES : Arch.Nat., AJ 16 6178 5, 583AP/ 108, F17 30386. — Stéphane Lebecq, « Édouard Perroy (1945-1950) et Michel Mollat (1950-1956) », Revue du Nord, 2010/3. — Monique Luirard, La région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951). Saint-Étienne, CEF, 1980. — René Gentgen, La Résistance civile dans la Loire, Lyon, ELAH, 1996. — Notes de Guy Bois, de Jean-Philippe Genet et de Jean-Michel Steiner. — Divers sites Internet. — Sources orales.

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