SADRIN Roger [Alexandre, Gaston Cibot, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche, Dominique Petit

Né 8 juin 1878 à Paris, mort le 3 avril 1958 au Kremlin-Bicêtre (Seine) ; menuisier ; anarchiste et antimilitariste.

Le 15 mars 1897, le tribunal correctionnel condamnait Roger Sadrin, à 15 jours de prison, pour entrave à la liberté du culte, pour avoir participé à une manifestation le 11 mars 1897 à l’église Saint-Ambroise où on avait crié « Vive l’anarchie pendant une conférence du père Letourneau sur « la pauvreté et la richesse ». Une bagarre s’en était suivie.
Anarchiste engagé dans la bataille dreyfusarde, Roger Sadrin fut, avec Émile Janvion parmi les « déçus du dreyfusisme ». En juin 1899, il participa avec Ernest Girault et Francis Prost, à un meeting proclamant que l’engagement des anarchistes dans l’Affaire ne devait pas les conduire à défendre la république. Sur le même thème, en octobre, il cosigna le manifeste « Aux anarchistes », initié par Janvion.
Le 21 mai 1900, il était condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à 16 fr. d’amende, pour infraction à la police des chemins de fer.

Le 20 novembre 1900, il était condamné par le tribunal correctionnel de Liège (Belgique) à 7 mois de prison, pour émission de fausse monnaie.
Emprisonné à Dinant (Belgique), il manqua son appel à l’armée. Il fut incorporé au 70e régiment d’infanterie le 11 avril 1901 et réformé temporairement le 18 juin 1901, pour « anémie suspecte ».
Le 4 décembre 1900, il était condamné (par défaut) par le tribunal correctionnel de la Seine à 6 mois de prison pour coups et blessures volontaires. Le 2 août 1900, dans l’après-midi, M. Ducoux, ingénieur de la Société « la Carrosserie industrielle », rue Claude-Decaen, était informé par le contremaître, M. Dumail, que trois ouvriers payés l’heure dormaient dans une voiture remisée au fond de la cour de l’atelier. M. Ducoux les réveilla et leur fit quelques observations. Les dormeurs les prirent fort mal et frappèrent violemment l’ingénieur et le contremaître.
Le lendemain, bien que congédiés, les agresseurs, Cibot, Dussaut et Schœffer (ou Schosseur) revinrent à l’atelier et parvinrent à faire cesser le travail aux ouvriers de la carrosserie. La grève fut de. courte durée mais, avant de partir, les trois prévenus s’étaient livrés à de nouvelles voies de fait sur MM. Ducoux et Dumail, et étaient allés jusqu’à les menacer de mort.
Le 6 novembre 1901, la cour d’appel confirma la condamnation.

Sous son vrai nom de Cibot, il fut ensuite, du 1er au 15 octobre 1904, gérant du journal de Janvion, L’Ennemi du Peuple, dans lequel il signait ses articles Roger Sadrin. Il écrivit également dans Le Flambeau de Georges Butaud et Le Pétard de Claude Lafond.

En 1904-1905, Cibot-Sadrin fut un des animateurs du Comité Pivoteau (voir Delalé), qui devait se transformer par la suite en Comité de défense sociale (CDS, voir Jean-Louis Thuillier).

En octobre 1905, Cibot fut un des initiateurs à Paris de la 10e section de l’Association internationale antimilitariste (AIA).

Début octobre 1905, une affiche de l’AIA intitulée « Appel aux conscrits » fut placardée sur les murs de la capitale. Le texte, violemment antimilitariste et antipatriote, appelait les conscrits à tourner leurs fusils vers les « soudards galonnés » plutôt que vers les grévistes, et appelait à la « grève immédiate » et à l’« insurrection » au jour d’une éventuelle déclaration de guerre.

L’affiche de l’AIA était signée de 31 noms : Miguel Almereyda (Eugène Vigo, dit), Amédée Bousquet, Arnold Bontemps, Nestor Bosche, Ferdinand Castagné, Paul Chanvin, Léon Clément (Victor Camus, dit), Amilcare Cipriani, Émile Coulais, Charles Desplanques, Raymond Dubéros, Jean Frontier, Auguste Garnery, Urbain Gohier, Louis Grandidier, Pierre Le Blavec, Jules Le Guéry, Lefèvre, Gustave Hervé, Émile Laporte, Eugène Merle, René Mouton, Jules Nicolet, Félicie Numietska (Félicie Teuscher, dite), Émile Pataud, Louis Perceau, Lazare Rogeon (Lazare Baudin, dit), Han Ryner (Henri Ner, dit), Roger Sadrin (Alexandre Cibot, dit), Laurent Tailhade, Georges Yvetot.

Finalement, Han Ryner, Lefèvre et Laurent Tailhade – dont on avait utilisé la signature sans son consentement – ne furent pas poursuivis.

Les 28 autres comparurent devant les assises de la Seine du 26 au 31 décembre 1905. Le verdict fut le suivant : deux prévenus furent acquittés (Numietska et Cipriani), et les 26 autres furent condamnés chacun à 100 francs d’amende et à des peines de prison. Gustave Hervé : 4 ans ; Yvetot, Almereyda, Sadrin : 3 ans ; Grandidier : 2 ans ; Bousquet, Garnery, Coulais : 15 mois ; Gohier, Desplanques, Clément, Le Guéry, Laporte, Baudin, Pataud, Bosche, Bontemps, Nicolet, Le Blavec, Castagné, Dubéros, Merle, Mouton, Chanvin, Frontier : 1 an ; Perceau : 6 mois.

Les audiences furent suivies par toute la presse. Avec 28 prévenus, 15 avocats et 66 témoins (dont de nombreuses personnalités), l’AIA avait atteint le but qu’elle assignait à ce procès-spectacle : populariser l’antimilitarisme et l’antipatriotisme. À l’audience, Sadrin s’était écrié « À bas l’armée ! À bas la patrie ! »

En 1906, il figura parmi les « dessinateurs en prison » du n°263 de L’Assiette au beurre (14 avril 1906), numéro réalisé en partie « dans les prisons de la république ».

Il fut vraisemblablement libéré à l’occasion de l’amnistie du 14 juillet 1906. Il milita alors quelque temps à la CGT et fut employé comme menuisier à l’Odéon. Selon Le Matin du 30 mai 1907, il ne se serait pas fait une bonne réputation dans les milieux militants : il aurait été accusé du vol d’une machine à écrire à la bourse du travail, puis d’avoir volé 20 francs sur le produit d’une collecte.

En 1907, il fut impliqué dans une affaire de faux monnayage. En mai, l’arrestation d’une bande de faux-monnayeurs anarchistes — Edmond Viltard, Fortuné Chastanet et Alphonse Bussy* — conduisit la police à démanteler tout un réseau dont faisaient partie Denis Domboy, Louis Jourdain, Albéric Barrier et Alexandre Cibot. Cette opération fut à l’origine de l’affaire Matha (voir Armand Matha).

Domboy, Cibot, Barrier, Jourdain et Matha comparurent ensemble devant la cour d’assises du 19 au 21 novembre 1907. Tous furent acquittés, à l’exception de Cibot et de Jourdain, condamnés à cinq ans de prison et à 100 francs d’amende. En raison de peines antérieures, Jourdain fut en outre condamné à la relégation au bagne.

Après sa libération, Sadrin milita au CDS. Il fut actif en 1911-1912 dans la campagne pour la libération d’Émile Rousset, puis fin 1913 pour celle en faveur de Jacob Law*.
Il fit la campagne contre l’Allemagne du 11 août 1914 au 23 novembre 1914 et fut réformé le 23 novembre 1914, pour « faiblesse générale »

En 1914, mais semble s’être, dans un premier temps, rallié à la défense nationale. Le 1er septembre, il écrivit à Marcel Sembat une lettre estimant que les circonstances — l’agression allemande — en avaient voulu ainsi. Néanmoins, en 1916, il était signalé par la police comme pacifiste.

Le 28 avril 1922, il était condamné par le tribunal correctionnel de Pontoise à 25 fr. d’amende pour infraction à la police des chemins de fer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153961, notice SADRIN Roger [Alexandre, Gaston Cibot, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, Dominique Petit, version mise en ligne le 7 avril 2014, dernière modification le 20 janvier 2022.

Par Guillaume Davranche, Dominique Petit

SOURCES :
Arch. Nat. F7/12910 — L’Action syndicale (Lens) du 1er janvier 1905 — Le Matin des 30 mai et 1er juin 1907 — L’Humanité du 26 au 31 décembre 1905 et du 19 au 22 novembre 1907 — L’Anarchie du 18 décembre 1913 — Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la république, PUR, 2008 — René Bianco, Un siècle de presse... — Romain Ducoulombier, Novembre 1918, le socialisme à la croisée des chemins, Fondation Jean-Jaurès, 2008 — Le Petit Parisien 16 mars 1897 — La Lanterne, Le Matin, Le Radical 6 décembre 1900 — Archives de Paris. Classe 1899, matricule 2596.

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