BAUCHET Émile, Alexandre [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Jean Quellien, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

Né le 23 février 1899 à Roissy-en-France (Seine-et-Oise), mort le 7 août 1973 à Villers-sur-Mer (Calvados) ; maçon puis patron d’une entreprise de transports ; anarchiste et pacifiste.

Fils d’un jardinier et d’une blanchisseuse, et après un apprentissage de maçon, Émile Bauchet fut mobilisé le 23 avril 1918 dans le génie. Il fut incorporé au 2e Sapeurs-mineurs puis, le 6 septembre, passa dans un bataillon de construction.

Le 19 avril 1920, il fut noté comme déserteur du 11e régiment du génie.

En 1926, il exploitait une épicerie à Joigny (Yonne) avec Claude Content. Cette année-là, les deux amis montèrent une expédition pour faire évader Eugène Bevant du pénitencier d’Albertville, mais un grave accident de voiture fit tout échouer.

De 1927 à 1936, il collabora au Semeur contre tous les tyrans, organe de défense des objecteurs de conscience qu’il avait cofondé avec Claude Content et Alphonse Barbé. En novembre 1932, il devait succéder à Barbé comme administrateur.

Toujours recherché comme déserteur, Émile Bauchet se dissimulait à l’époque en utilisant le certificat d’exemption de service militaire de Lucien Thuillier. Démasqué par la gendarmerie de Joigny le 15 mars 1929, il comparut le 10 juillet devant le tribunal militaire de Paris. Louis Lecoin, Han Ryner et Georges Pioch témoignèrent en sa faveur. Devant ses juges, Bauchet fit connaître la triste destinée des siens. Il était le dernier-né d’une famille de dix enfants et sa mère avait dû quitter un mari alcoolique en emmenant sa progéniture. La guerre avait tué deux de ses frères ; un troisième avait été gazé ; une de ses sœurs, mère de trois enfants, avait perdu son mari. Émile Bauchet fut condamné à un an de prison. Bénéficiant d’une remise de peine, il fut libéré en avril 1930.

Au début des années 1930, il était chauffeur d’autocar à Dives-sur-Mer (Calvados), en association jusqu’en 1932 avec Alphonse Barbé.

Émile Bauchet fonda et présida la fédération calvadosienne de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) qui se signala par une activité assez intense dans la première moitié des années 1930. Aux dires du préfet, elle comprenait 10 sections et 500 adhérents, organisait de nombreuses réunions et conférences, souvent animées par Marcelle Capy ou Robert Jospin. Bauchet fut également membre du bureau national (trésorier) et collabora à La Patrie humaine et au Barrage.

Au nom de la LICP, il cosigna l’appel à la Conférence nationale contre la guerre et l’Union sacrée qui siégea à Saint-Denis les 10 et 11 août 1935. Cette conférence rassembla l’ensemble des courants d’extrême gauche dressés contre le virage patriote du Front populaire et le pacte Laval-Staline.

Le 1er septembre 1939, il fut affecté au centre mobilisateur d’artillerie n°303. Proposé à la réforme pour « sclérose pulmonaire avec emphysème et bronchite chronique », il fut maintenu dans le service armé par le conseil de révision de Caen le 6 février 1940.

En octobre 1951, Émile Bauchet cofonda, avec Félicien Challaye, l’organe pacifiste intégral La Voie de la paix, qui compta de nombreux rédacteurs parmi lesquels Marcelle Capy, Jeanne Humbert, Gérard de Lacaze-Duthiers, Paul Rassinier et Maurice Rostand. Le journal était domicilié chez Bauchet, à Auberville-sur-Mer.

En décembre 1958, Émile Bauchet cofonda le Comité national de résistance à la guerre et à l’oppression (CNRGO) dans le but de regrouper les pacifistes intégraux refusant de s’aligner sur un des deux blocs de la Guerre froide. Parmi ses autres fondateurs figuraient Marcelle Capy, Félicien Challaye, Jean Galtier-Boissière, Jean Gauchon, Gouttenoire de Toury, Jeanne Humbert, Gérard de Lacaze-Duthiers, Robert Proix, Paul Rassinier et Maurice Rostand. En 1961, le CNRGO devait simplifier son nom et devenir l’Union pacifiste de France (UPF).

Lié d’amitié avec Paul Rassinier, Émile Bauchet lui demeura fidèle, même après que sa collusion avec l’extrême droite fut prouvée, et que Rassinier eut démissionné de l’UPF. Dans la nécrologie qu’il lui consacra dans La Voie de la paix d’août-septembre 1967, Bauchet qualifia Rassinier d’« homme de vérité pourchassant le mensonge ».

La Voie de la paix publia au moins 199 numéros, et disparut en 1973 avec la mort de Bauchet.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article154874, notice BAUCHET Émile, Alexandre [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Jean Quellien, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 25 mars 2014, dernière modification le 16 octobre 2022.

Par Jean Maitron, Jean Quellien, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. dép. Calvados, M 11 217, 11 225. — registres matricules de Seine-et-Oise. — Le Libertaire, 13 juillet 1929, 12 juillet 1935 — Le Semeur, 11 septembre 1929 et 24 avril 1930 — René Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000.

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