BATY Gaston [BATY Jean-Baptiste, Marie, Gaston]

Par Claude Liscia

Né le 26 mai 1885 à Pélussin (Loire), mort le 13 octobre 1952 à Pélussin ; metteur en scène et directeur de théâtres ; catholique militant, directeur de la Comédie de Provence, centre dramatique national.

Fils d’un négociant, Gaston Baty fit ses études secondaires chez les Dominicains d’Oullins et ses études supérieures à la faculté des lettres de Lyon. Dans cette ville, patrie de Guignol, il se passionna pour les marionnettes et recueillit quelques pièces du vieux répertoire.

De 1908 à 1914, secondant son père, gros négociant en bois, il parcourut l’Europe ; c’est ainsi qu’il eut la révélation du théâtre à Munich, et découvrit Max Reinhardt qui était en train d’inventer un théâtre grand public avec Œdipe-roi de Sophocle au cirque Schuman de Berlin. En 1919, il fit une rencontre décisive pour sa carrière, celle de Firmin Gémier, socialiste laïc qui prônait un théâtre national populaire. Gaston Baty demeurera jusqu’à la fin de sa vie un catholique militant tout en partageant la vision religieuse des Dominicains, plus proche de la joie que de l’austérité habituelle aux autres ordres. Néanmoins, les deux hommes se retrouvèrent sur cette conception mystique du théâtre populaire qui se répandait alors en Europe. En France, Romain Rolland avait publié en 1913 Le Théâtre du peuple.

Gaston Baty rejoignit à Paris Firmin Gémier, établi au Cirque d’hiver. Son travail de la lumière sur Œdipe, roi de Thèbes de Saint-Georges de Bouhélier fut remarqué ; et il fut chargé de créer un spectacle de masse, La Grande pastorale, inspiré des traditions régionales ; la critique nota la discordance entre la splendeur de la mise en scène et la faiblesse du texte. L’expérience s’acheva au bout de cinq mois dans la pénurie financière et Firmin Gémier se lança dans un projet différent à la Comédie-Montaigne que venaient de réaliser les frères Perret. Reprochant à Jacques Copeau, directeur du Vieux Colombier, de se restreindre à un cercle d’initiés, il nourrissait l’ambition d’un théâtre d’art ouvert à « toutes les élites », sorte de laboratoire en quête d’auteurs contemporains dont Gaston Baty serait le metteur en scène attitré. Au terme d’une saison où s’amorça la rencontre entre Baty et tout un mouvement d’écrivains, le projet fut abandonné pour non-rentabilité.

En décembre 1921, Gaston Baty fonda sa troupe, Les Compagnons de la chimère, et fit construire une salle à Saint-Germain-des-Prés ; un mois et demi après son inauguration, la Baraque dut fermer malgré son succès faute d’argent. En 1924, après avoir monté quelques spectacles à l’Odéon que dirigeait Firmin Gémier, il accepta l’offre de Jacques Hébertot et prit la direction artistique du studio des Champs-Elysées ; il y demeura quatre ans et s’imposa par la fantaisie de ses créations, dont les plus marquantes furent Têtes de rechange de Pellerin, Maya de Gantillon, Le Dibbouk d’An-ski. De 1930 à 1947, il se fixa au Théâtre Montparnasse tout en étant invité à la Comédie-Française où il mit en scène Le Chandelier de Musset en 1936, Le Chapeau de paille d’Italie de Labiche en 1938. Adepte d’un théâtre visuel rassembleur d’un large public, il s’efforça d’inventer pour chaque pièce des univers poétiques insolites, concevant des décors ingénieux par leur simplicité technique et jouant de la lumière comme un peintre. Le public adhéra avec enthousiasme, bien que la critique lui reprochât de choisir des auteurs contemporains médiocres ou de trahir les classiques - par exemple en interprétant les intermèdes du Malade imaginaire sous forme de cauchemars. Sur la fin de sa carrière, il abandonna le travail avec sa troupe de fidèles comédiens pour renouer avec les marionnettes, créant des spectacles, recherchant des textes, formant des manipulateurs.

Gaston Baty fut un artiste engagé. Ainsi de 1917 à 1921 publia-t-il une série de manifestes dont le troisième, Sire le mot, déclencha une violente polémique : revendiquant la primauté de la mise en scène sur le texte littéraire, il y attaquait le classicisme français et ses racines jansénistes et cartésiennes. Il s’attacha avec constance à encourager l’écriture contemporaine ; et de 1926 à 1942, il publia Masques, cahiers « consacrés aux efforts des auteurs, techniciens qui luttent en France pour une rénovation de l’art dramatique ». En 1925, il fonda avec Jacques Copeau et Georges Le Roy Les Confrères de Saint Genest, Fédération des artistes catholiques du théâtre qui donnera naissance à L’Union catholique du théâtre et de la musique dont il sera le président. En juillet 1927, Gaston Baty, Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff se regroupèrent dans Le Cartel des quatre pour défendre un art acculé à la précarité par l’absence de subventions publiques, l’envahissement du théâtre commercial et les abus de la critique. Moins mouvement esthétique que revendication éthique, leur union se situait dans la filiation de Copeau et préfigura le théâtre public de l’après-guerre. Ils réussirent à imposer qualité et rigueur, parfois au terme d’épreuves de force avec les pouvoirs publics ou les journalistes, telle cette querelle des Oiseaux autour d’une interdiction d’accès à la salle après le lever de rideau qui provoqua le boycott de la presse.

Enfin en 1951, intéressé par les premières expériences de décentralisation théâtrale, Gaston Baty soumit un projet de Centre dramatique de Provence à Jeanne Laurent, sous-directrice des Spectacles et de la Musique au Ministère de l’Éducation. Il suggérait de l’établir à Aix-en-Provence pour son glorieux passé artistique, tout en rayonnant sur un large territoire. Il se proposait de ressusciter deux traditions théâtrales régionales : le mélodrame que véhiculaient encore les derniers théâtres ambulants et dont il souhaitait monter en plein air le répertoire de drames populaires romantiques ; et le pantomime marseillais, assez différent de la tradition parisienne des Deburau, dont il voulait s’inspirer pour l’interprétation des comédies-ballets de Molière. Cette prestigieuse candidature était un soutien à une politique décentralisatrice conspuée par la droite, aussi Jeanne Laurent créa-t-elle la Comédie de Provence en 1952. Déjà malade, Gaston Baty put programmer la première saison avant de retourner dans sa ville natale pour y mourir.

Il avait épousé en octobre 1908 à Lyon (IIe arr.) Louise Duval.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article15899, notice BATY Gaston [BATY Jean-Baptiste, Marie, Gaston] par Claude Liscia, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 5 octobre 2010.

Par Claude Liscia

SOURCES : Titres cités dans la biographies.— Etat civil.

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