BLANQUART Louise, Marie, dite Louisette

Par Michèle Rault

Née le 28 août 1921 à Lille (Nord), morte le 2 janvier 2008 à Paris ; institutrice ; dirigeante des Compagnons de Saint-François ; secrétaire de rédaction du journal Sillage ; manœuvre aux usines Wonder de Saint-Ouen (Seine) ; secrétaire de la Fédération CGT de l’Alimentation (1955) ; rédactrice en chef d’Antoinette (1964-1968), journaliste à l’Humanité ; s’éloigne du Parti communiste et adhère aux Verts et anime le groupe Ruptures.

Fille de Louis Blanquart*, comptable puis représentant de commerce, dirigeant de l’union régionale CFTC du Nord, un des fondateurs du Parti démocrate populaire, et de Mauricette Borrmans, couturière, Louise Blanquart, aînée d’une famille de cinq enfants, grandit dans la religion catholique. Très bonne élève, elle fréquenta l’école Sainte-Agnès à Lille puis une autre école catholique à Wattignies, dans la banlieue lilloise. Très jeune, elle découvrit sainte Thérèse d’Ávila, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, saint Jean de la Croix, et lut Le Cantique des cantiques ainsi que les Évangiles. Adolescente, elle pensait à devenir carmélite et prit pour devise la parole de saint Augustin : « Aime et fais ce que [tu] veux ».
Le brevet élémentaire obtenu, elle ne put poursuivre des études à cause du manque de moyens de sa famille, et chercha du travail. À la rentrée de 1936, elle devint institutrice en maternelle puis en classe élémentaire à l’école Sainte-Agnès. Passionnée pour les questions sociales, elle fit la lecture décisive du livre de Maxime Van der Mersch, Quand les sirènes se taisent, sur la condition des ouvriers du textile du Nord. Elle suivit son père dans des réunions syndicales et rencontra des militantes jocistes. Elle partageait leur idéal mais n’étant pas ouvrière, elle ne pouvait adhérer à la JOCF. Elle décida de rentrer en 1938 chez les Compagnes de Saint-François, branche féminine des Compagnons de Saint-François, mouvement d’action catholique fondé en 1927 par l’abbé Boulier et Joseph Folliet afin de constituer des communautés fraternelles de jeunes, de milieux et de pays différents, formés à une vie évangélique par la pratique du pèlerinage. Elle participa ainsi aux pèlerinages de Notre-Dame de Boulogne en 1938 et l’année suivante à celui de Notre-Dame du Folgoët. Par ce mouvement, elle eut des contacts avec des chrétiens allemands et d’anciens membres du Sillon dont elle se sentit proche, tout particulièrement de leur engagement pour la paix. En 1939, sans travail depuis la fermeture de l’école au lendemain de la déclaration de la guerre, elle suivit aux facultés catholiques de Lille une session de formation au métier d’auxiliaire sociale qu’elle exerça quelques mois au service social de la Chambre syndicale de la métallurgie de Lille. Elle aurait souhaité rester dans la région lilloise auprès des familles qu’elle aidait, mais elle suivit ses parents qui se réfugièrent en zone libre, à Lyon.
Là, elle diffusa les cahiers clandestins de Témoignage chrétien avec son père qui, gaulliste, hébergea le secrétaire de la CFTC Marcel Poimbœuf* avant son départ pour Londres, et qui aida de nombreuses familles juives. Elle organisa les pèlerinages des Compagnes de Saint-François en zone sud, seconda Camille Folliet dans la préparation des congrès de la JOC et se servit de ses déplacements pour rencontrer les évêques de la zone sud et leur demander de s’opposer au départ des jeunes au STO. Après avoir suivi une session jociste de formation des cadres à la direction de centres de chômeurs, elle travailla comme assistante médico-sociale à Firminy puis à Annonay. Elle rejoignit ensuite Marseille où elle devint assistante sociale à Moissons nouvelles, centre de la JOC pour jeunes chômeurs. En 1943, elle entra au service des pêches maritimes des salins d’Hyères, et fut blessée lors du bombardement de Toulon.
À l’issue de son dernier pèlerinage, à la Sainte-Baume à Marseille, elle décida d’engager sa vie au service de la classe ouvrière. Le dominicain Jacques Loew* lui demanda de participer à son projet de résidences sociales mais elle se sentait plus proche de l’abbé Godin* et de ce qu’il proposait dans son livre France pays de mission ? qu’elle venait de lire. De Marseille, elle regagna Lyon avec Jacques Loew et Louis-Joseph Lebret*, rencontra la communauté de Boimondau de Marcel Barbu* et vint vivre à Paris au début de 1944. Elle fut alors élue à la direction des Compagnons de Saint-François. Elle y était « chansonnière » et s’occupait des activités culturelles tout en étant secrétaire de rédaction au journal Sillage de la JOCF. Elle prit contact avec la Mission de Paris, créée pendant l’été 1943, et avec la communauté de Montreuil (animée par Geneviève Schmitt et André Depierre*) puis celle du XVIIIe arrondissement de Paris (animée par Yvonne Viguier*). Toutes ces expériences la conduisirent à vouloir travailler en usine pour partager la vie des ouvriers. Elle quitta son emploi à Sillage, se fit remplacer aux Compagnons de Saint-François et fut embauchée en 1946 comme manœuvre spécialisée aux usines Wonder de Saint-Ouen. Là, elle se syndiqua à la CGT. Pour les ouvrières de cette usine puis pour les familles du XVIIIe arrondissement, elle organisa pendant trois ans des camps de vacances en Haute-Savoie à l’aide d’une association, « Les lendemains qui chantent », créée avec la communauté du XVIIIe. C’est dans celle-ci qu’elle assistait à la messe dite par un prêtre-ouvrier, René Besnard*.
Contrainte de quitter l’usine Wonder après y avoir contracté des anthrax en travaillant à l’emballage des charbons, elle reprit un travail à la cantine de l’usine Ferrodo en 1947 et adhéra au Parti communiste. Membre du Mouvement de la Paix, elle milita pour la signature de l’appel de Stockholm puis contre les guerres du Vietnam et d’Algérie. Après une période de chômage, elle travailla dans une biscuiterie du IXe arrondissement puis de 1951 à 1953 à la biscuiterie Jolivet dans le XVIIIe où elle fut responsable de l’Union locale CGT. En 1953, elle commença à ne plus croire en l’Église et en Dieu. Pour continuer à combattre l’injustice sociale, elle s’engagea de plus en plus dans les organisations ouvrières et progressivement dans le mouvement des femmes. Après un passage à l’usine Krema Hollywood de Montreuil, elle devint en 1955 secrétaire de la Fédération CGT de l’Alimentation avec la responsabilité de ses branches féminines. À ce titre, elle fit partie de la commission féminine de la CGT. Élue à la commission de contrôle financier de 1959 à 1969, soit cinq mandats consécutifs, elle devint membre de la commission administrative en 1965 lors du 35e congrès de la CGT.
Elle enseigna dans les écoles de la CGT et du Parti communiste et écrivit des articles pour la Revue des Travailleuses. Le secrétariat du PCF indiquait toutefois le 27 février 1957 qu’il ne fallait pas retenir la candidature de cette militante parisienne à une école centrale. À partir de mars 1964, elle fut rédactrice en chef d’Antoinette, journal de la CGT, et tenta « d’imposer une équipe de vrais journalistes pour en faire un vrai journal tout en préservant l’unité syndicale ». En avril 1968, en désaccord avec Madeleine Colin*, directrice, elle quitta Antoinette et revint à la Fédération de l’Alimentation. En 1970, elle devint rédactrice à l’Humanité dans la rubrique de politique intérieure où elle écrivit plus particulièrement sur les femmes et aborda le problème de l’avortement. En 1974, elle publia un livre : Femmes, l’âge politique. Licenciée de l’Humanité pour raisons économiques en 1979, elle quitta le parti en 1990, milita avec les Verts et prit part aux recherches d’un groupe de femmes, le groupe « ruptures ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16885, notice BLANQUART Louise, Marie, dite Louisette par Michèle Rault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 6 janvier 2020.

Par Michèle Rault

ŒUVRE : Femmes, l’âge politique, Paris, Éditions sociales, 1974, 183 p.

SOURCES : Anne-Clémence Wisner, Antoinette, magazine féminin de la CGT de 1955 à 1969, mémoire de maîtrise d’histoire, Paris I, juin 1999. — « Louise, ouvrière philosophe », entretien avec Nancy Huston, Les nuits magnétiques, France Culture, octobre 1989. — « La vie comme elle va » de Francesca Piolot, France Culture, 11 novembre 1999. — Arch. comité national du PCF. — Dominique Andolfatto, Le personnel dirigeant de la CGT, op. cit. — Notice DBMOF. — Nathalie Viet-Depaule avec le témoignage d’Yvonne Besnard, « Au 34 rue Marcadet », La Mission de Paris. Cinq prêtres-ouvriers insoumis témoignent, Paris, Karthala, 2002, p. 141-173. — Notes de Slava Liszek. — Le Monde, 11 janvier 2008, p. 23 : article nécrologique par Catherine Simon.

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