BOURLOIS Henri

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 9 juin 1893 à Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 11 décembre 1978 à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier mécanicien puis employé ; député communiste de la Seine (1924-1928) ; membre créateur du Parti ouvrier-paysan ; syndicaliste FO.

Henri Bourlois adhéra aux Jeunesses socialistes en 1912, avant d’être incorporé le 27 novembre 1913 au 42e régiment d’infanterie. Il fut transféré le 3 avril 1914 au 117e régiment d’infanterie où la Première Guerre mondiale le surprit. Fait prisonnier le 24 septembre 1914 à Liancourt (Oise), il passa le reste de la guerre en Allemagne. Il aurait été en contact avec des socialistes allemands (l’Humanité, 30 avril 1924). Il fut rapatrié le 20 janvier 1919 et libéré des obligations militaires le 3 septembre 1919. Bourlois sortit de cette épreuve renforcé dans ses convictions socialistes et internationalistes. Revenu à Puteaux au domicile de sa mère (84, boulevard Richard Wallace), où il habita jusqu’en 1922, Bourlois adhéra en puissant syndicat des Métaux de Puteaux.
Il rejoignit le Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) et devint secrétaire de la section communiste locale. Il exerçait cette fonction en 1924 lorsqu’il fut désigné comme candidat aux élections législatives du 11 mai 1924, dans le 4e secteur de la Seine (banlieue de la Seine). Bénéficiant en partie du classement de la liste par ordre alphabétique (à l’exception des sortants et de Doriot), il fut élu avec 105 404 voix sur 406 547 inscrits, 342 584 votants et 334 617 suffrages exprimés. Les membres de la liste Bloc ouvrier et paysan obtenaient dans l’ordre des résultats : Paul Vaillant Couturier (107 948 voix), Jacques Doriot (106 130), Hildebert Baroux (105 670), Jean-Marie Clamamus (105 567), Jean Laporte (105 481), François Ternaux (105 444), René Adam (105 439), Bourlois, Muller Gaston (105 399) tous élus, puis, Laujol (105 398), Plais (105 387), Boisseau (105 387), Rigal (105 373), Bichon (105 337), Coudert (105 322), Théodore (105 312), Rouland (105 293), Despoisses (105 273) et Dadot (105 230). L’Humanité du 14 mai 1924 raconta comment Henri Bourlois apprit la nouvelle de son élection pendant son travail à l’entreprise Gallay de Puteaux : « Il a même été au travail le matin sans savoir qu’il était député et, il était installé à sa machine lorsque lundi vers 11 heures on vint lui apprendre la nouvelle. Bourlois dit simplement : « Ah ! tant mieux » d’un ton enjoué et puis il se remit au travail. Depuis avant-hier, ses camarades d’atelier défilent auprès de lui et se répandent en congratulations et en protestations d’amitié. Lorsque Bourlois croit y découvrir cette nuance de respect qu’inspire au commun des mortels un mandataire du peuple, il riposte avec brusquerie : « Moins de boniments et syndique-toi ça vaudra mieux ! »
Bourlois suivit les cours de l’École communiste de Bobigny en décembre 1924. Il participa activement à la campagne contre la guerre du Maroc ; ainsi la police l’interpella en octobre 1925 devant l’usine de Construction mécanique du quai de Clichy alors qu’il distribuait des tracts. Il assura de nombreux meetings en province pendant l’année 1927 et 1928. Cependant la police, dans un rapport sur le rayon de Puteaux, daté du 30 mars 1926, considérait que « l’action et l’influence » du député, membre de la cellule 154 étaient « nulles ». « Il passe une grande partie de son temps à jouer au restaurant Chez nous » affirmait le texte (Arch. Nat. F7/13103). Membre du conseil exécutif du Secours rouge international, Bourlois subit une condamnation de deux mois de prison et 500 F d’amende pour infraction à la loi sur les loteries. Il avait organisé avec le journal l’Humanité une loterie au profit des œuvres prolétariennes, en juillet 1926. La justice supprima, en appel, sa peine de prison et réduisit son amende à 300 F.
Au Palais Bourbon, il siégea aux commissions des régions libérées, des douanes et des conventions commerciales. Il prit pour la première fois la parole à la tribune en interpellant le gouvernement sur les événements de Bobigny à la fin de l’année 1924. Il prit à partie la justice militaire à l’occasion de la discussion sur le budget de la guerre pour l’année 1926 et intervint sur les sanctions à prendre contre un agent de police qui avait blessé un ouvrier à Puteaux, en 1927.
Comme beaucoup de députés communistes sortants de l’exercice 1924-1928, Henri Bourlois ne fut pas représenté aux élections législatives du 22 avril 1928. Il accepta de soutenir la candidature de Georges Ménétrier* à Puteaux, puis dirigea avec ce dernier et Albert Lebouc la liste du Bloc ouvrier et paysan aux élections municipales du 5 mai 1929. Bourlois travailla, après son départ de la Chambre des députés, à la Banque ouvrière et paysanne que Jean Garchery et Louis Sellier tentaient de réorganiser. Il la quitta lors de la fermeture, le 31 janvier 1930. En désaccord avec la politique du Parti communiste, Bourlois démissionna en août 1929. La justice le somma, en octobre 1929, de régler le montant de sa condamnation de 1926, soit une amende plus les frais (5 070 francs) sous peine de voir son mobilier immédiatement saisi. Il se tourna vers le Parti communiste qui opposa un refus puis il se résolut à transmettre un recours en grâce au Garde des Sceaux. Le maire de Clichy, Charles Auffray, lui-même en rupture avec le Parti communiste, lui obtint un poste de magasinier aux ateliers de la ville, le 10 février 1930. Bourlois participa à la fondation, le 22 décembre 1929, à Clichy, du Parti ouvrier-paysan (POP) et signa la déclaration initiale avec vingt et un autres anciens dirigeants communistes dont Garchery, Sellier, Auffray, Castellaz, Chasseigne, Dunois, Gélis... Engageant immédiatement le combat dans sa commune, il se présenta aux élections municipales complémentaires de Puteaux les 18 et 25 mai 1930. Il fut battu par le socialiste SFIO Bernard*. Candidat du POP à l’élection au conseil général le 15 juin 1930, dans la 1re circonscription de Puteaux, il réunit 412 voix sur 12 442 inscrits, se plaçant loin derrière le socialiste SFIO Georges Barthélémy (2 372 voix, élu au second tour), le communiste Maurice Lecouteux (1 125) et le socialiste dissident André Jacotot (741).
Toujours employé à la ville de Clichy après la Seconde Guerre mondiale, il était secrétaire adjoint du syndicat Force ouvrière des Communaux de Clichy en 1948. Il habita longtemps Puteaux, avenue du président Wilson.
Marié à Yvonne Gury (née le 31 octobre 1897 à Puteaux),il resta sans enfant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17612, notice BOURLOIS Henri par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2008.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat., F7/13103, 30 mars 1926. — F7/13265. — Arch. Dép. Seine, D2 M2 n° 72. — I.M.Th., bobine 149. — Arch. Jean Maitron. — L’Humanité, avril-mai 1924, 28 avril 1929. — Ça ira, 21 janvier 1930. — Note de L. Bonnel. — R. Jolly, Dictionnaire des parlementaires, op. cit.

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