BOULLENGER Louis, Émile

Né le 1er décembre 1826 à Paris (Xe arr. ancien) ; mort le 29 mars 1885 à Saint-Ouen (Seine) ; ouvrier mécanicien ; révolutionnaire de 1848 ; opposant au Coup d’État de décembre 1851 ; membre de l’Internationale ; membre de la Commission ouvrière de 1867 ; communard, déporté en Nouvelle-Calédonie.

Boullenger demeurait, 44, rue de la Borde à Paris (Laborde ? IIIe arr., maintenant VIIIe), depuis 1846. Il tira un bon numéro et ne fut pas militaire. Ouvrier mécanicien chez Cail, sous-lieutenant de la 1re légion de la Garde nationale, membre du Club de l’Organisation du travail au Conservatoire des arts et métiers, il marcha pour l’ordre le 15 mai 1848 avec 300 gardes nationaux de sa compagnie. Mais, le 24 juin, il fut blessé à la barricade élevée en face de l’École de droit. Amputé du poignet gauche (son moignon était garni d’un crochet de fer), il perdit sa place chez Cail et se fit propagandiste, colporteur de journaux et de brochures. Condamné, en juin 1850, à un mois de prison et 25 F d’amende pour vente de journaux sans autorisation, il fut alors délégué au Comité pour l’élection du 28 avril (Eugène Sue).

Le 3 décembre 1851, le premier il se présenta avec les ouvriers des forges de Grenelle pour débaucher les ouvriers de Cail. Il sonna la cloche pour les réunir et leur dit : " Venez, mes frères ! Venez avec nous renverser le tyran. Pas de lâches parmi vous ! ". Puis, au début de l’après-midi, boulevard Saint-Denis, il monta sur une borne pour crier au passage de la troupe : " A bas le dictateur ! Vive la République ! Vive la Constitution ! ". Il fut alors arrêté, porteur d’une carte avec triangle égalitaire, d’engagements de souscription à l’Encyclopédie des Travailleurs, ainsi que de formules d’adhésion à la Société des Amis de la Constitution. Condamné à " Algérie plus ", il fut transporté.

En 1858, après l’attentat d’Orsini, il avait été de nouveau arrêté comme suspect, envoyé en Algérie et interné pendant trois mois à Médéa.

Marié à Paris (Ve arrondissement ancien) en 1859 ou 1860, il avait trois enfants en 1871, était ouvrier mécanicien, membre de la Chambre syndicale des ouvriers mécaniciens de Paris, adhérente à l’Internationale.

Il fut, en 1867, délégué des ouvriers mécaniciens de Paris et de la Société nationale pour l’extinction du paupérisme à l’Exposition de Paris et participa aux travaux de la Commission ouvrière issue des délégations à l’Exposition (Voir Alfred Gauttard). Il fut élu à son bureau lors de son renouvellement, le 15 novembre. Il habitait alors, rue Pierre, à Saint-Ouen. Entre 1868 et 1870, il paraît avoir joué un grand rôle dans la formation de la Chambre syndicale des ouvriers mécaniciens de Paris.

Un rapport de police le dépeint ainsi : « Homme intelligent et qui paraît doué d’une certaine énergie, il est sans aucun doute supérieur aux ouvriers de sa profession ; aussi n’a-t-il pu résister au désir de s’occuper depuis longtemps de certaines questions relatives aux sociétés secrètes, à l’extinction du paupérisme, à l’association en général et à la participation de chaque ouvrier aux bénéfices réalisés par les patrons. »

Pendant le Siège de Paris, il était capitaine à la 2e compagnie du 225e bataillon de la Garde nationale (bataillon de vétérans). Au début du mois de novembre 1870, il signait, en tant que délégué de la corporation des ouvriers mécaniciens, l’adresse suivante au gouvernement de la Défense nationale :

" L’Assemblée des ouvriers mécaniciens et de la métallurgie de Paris réclame du gouvernement de mettre en réquisition tous les ateliers et toutes les matières premières nécessaires à la transformation des fusils à percussion et à la fabrication d’armes à tir rapide.

" Les ouvriers offrent d’accepter tous tarifs et toutes mesures donnant de sérieuses garanties. Leurs délégués attendent du citoyen ministre une audience pour fournir des explications verbales sur les moyens pratiques à employer immédiatement ". (Le Rappel, n° 515, du 9 novembre 1870.)

Il fit partie de la Société anonyme des ouvriers de la métallurgie (siège, 5, rue du Grand-Chantier, IIIe arr., maintenant rue des Archives), association de production constituée par la Chambre syndicale des mécaniciens, et chargée le 12 novembre 1870, par le ministère des Travaux publics, de la transformation des fusils. Il habitait alors, 26, passage Delacroix (?), à Montmartre (Paris, XVIIIe ?).

Le 8 avril 1871, au moment de la réorganisation du 225e bataillon, il en fut élu commandant à la presque unanimité. Non armé, ce bataillon fit seulement un service intérieur de police dans Paris et construisit un certain nombre de barricades. Le 24 avril, il refusa le titre de chef de légion du XVIIIe arrondissement, mais accepta, le 3 mai, celui de délégué des chefs de bataillon de l’arrondissement au Comité central de la garde nationale. Il assista aux séances du comité, du 3 au 20 mai, et fut désigné pour faire partie de la Commission du train formée au ministère de la Guerre.

Rentré chez lui, selon ses dires, le 21 mai, il ne paraît pas avoir participé aux combats de la Semaine sanglante et fut arrêté chez lui, le 28 mai. Condamné par le 15e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée, le 20 février 1872, il vit sa peine commuée en déportation simple, le 26 juin 1873.
Il arriva à Nouméa le 9 août 1874. Sa peine fut remise le 15 janvier 1879. Il rentra par la Picardie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182632, notice BOULLENGER Louis, Émile, version mise en ligne le 19 juillet 2016, dernière modification le 30 juin 2020.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/791. — Arch. Min. Guerre, A 12413, B 403 et 15e conseil, dossier 202. — Arch. PPo., listes d’amnistiés. — Note de Louis Bretonnière. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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