VARIN Jacques

Par Guillaume Roubaud-Quashie

Né le 7 juin 1944 à Saint-Eustache-la-Forêt (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; étudiant, journaliste, historien ; militant communiste, membre du bureau national de l’UECF (1964-1970) ; secrétaire général de l’Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (1970) ; journaliste à France Nouvelle (1970-1979) ; membre de l’exécutif national de la Convention pour une alternative progressiste (CAP) de 1992 à 1996 ; secrétaire général adjoint de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) depuis 2004, secrétaire général depuis 2010.

La famille de Jacques Varin était implantée de longue date dans la région cauchoise. Ouvrier agricole, son grand-père maternel devint artisan boulanger à Bolbec (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), aidé par son épouse et ses enfants. Ouvrière dans l’industrie textile de la région bolbécaise (Desgenétais), sa grand-mère paternelle, veuve de guerre, éleva ses trois enfants dans ce même chef-lieu de canton normand. Né en 1914, son père, Joseph, Fortuné Varin, sans instruction au-delà de l’école primaire, fut manœuvre dans la construction. Unijambiste à la suite d’un accident de travail, il devint employé dans l’industrie pétrolière. Proche du Parti communiste, il en fut membre pendant la période du Front populaire. Née en 1924, sa mère, Solange née Caufourier, suivit une scolarité plus longue, jusqu’au brevet supérieur. S’étant rencontrés pendant la Seconde Guerre mondiale, leur fils Jacques naquit dans un village de la région havraise, pendant les bombardements alliés, le 7 juin 1944.

Après avoir tenu une épicerie à Malaunay, un village proche de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), ses parents se firent camelots et s’installèrent dans le village proche de Limésy, vendant biscuits et bonbons sur les marchés. Après l’école primaire, Jacques Varin entra en 1956 au cours complémentaire du chef-lieu de canton, Pavilly. Cette famille indépendante modeste destinait ce premier fils – un frère naquit en 1952, une sœur en 1954 et un dernier frère en 1956 – à la carrière d’instituteur. De fait, en 1960, Jacques Varin intégra l’École normale de Rouen. Là, alors que la Guerre d’Algérie marquait fortement le contexte juvénile, il découvrit un univers fortement politisé et syndiqué (pour les normaliens bacheliers). Sous l’impulsion, notamment, de Jean-Pierre Rioual, principal militant normalien communiste de l’école, et de Roland Desné, professeur dans cette ENI, Jacques Varin adhéra au Parti communiste, rejoignant une cellule au puissant rayonnement – selon ses souvenirs on comptait une vingtaine de communistes sur 180 normaliens. Parallèlement, il fut actif au sein des CEMEA et des Francs et franches camarades, encadrant des patronages laïques le jeudi après-midi dans la région rouennaise.

Bachelier, Jacques Varin fut proposé pour préparer l’École normale supérieure de Saint-Cloud au lycée Henri-IV (Paris). Il y entra à la rentrée 1963, rejoignant un univers où les communistes avaient une influence certaine parmi les élèves. L’adhérent du PCF devint alors, en outre, adhérent de l’UEC. Cette période fut marquée par ce qu’il est convenu d’appeler la « crise de l’UEC », opposant, schématiquement, trotskystes, maoïstes, partisans d’un communisme réformé sur le modèle italien, et partisans de l’orientation communiste française. Jacques Varin fut de ceux-ci et, secrétaire de l’UEC d’Henri-IV — comptant une quinzaine de membres, semble-t-il, dont Pierre Kneip —, il prit part à cette vive lutte interne, participant à rallier le secteur lycées de l’UEC à l’orientation du PCF, aux côtés d’Alain Monchablon, notamment. Il participa alors à l’édition de Pratique, bulletin du secteur lycées de l’UEC. Élu au Bureau national par le Comité national provisoire élu au VIIe congrès de l’UEC (Palaiseau, mars 1964), il fut chargé des questions internationales.

Ces années de militantisme intense le détournèrent de l’étude et, ayant échoué au concours de l’ENS Saint-Cloud, Jacques Varin rejoignit la Sorbonne en 1965 pour y étudier l’histoire. Il quitta donc le secteur lycées de l’UEC pour son secteur Lettres, alors animé par Alain Krivine. L’opposition publique et médiatisée de la direction du secteur à la politique du Parti communiste et, notamment, au choix de soutenir François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965, conduisit à la dissolution du principal secteur de l’UEC. La « crise de l’UEC » laissa, en 1966, une organisation très affaiblie. Avec Alexis Berelovitch, responsable du secteur Lettres refondé, Jacques Varin s’employa à le reconstituer. Il ne tarda pas à en devenir le principal responsable (1966-1967). L’UEC tâcha alors d’organiser des initiatives larges, de nature à toucher un public étudiant non communiste, souvent chrétien ou inorganisé. Cela se traduisit par la Conférence nationale des étudiants salariés puis par les Assises nationales pour le droit aux études, la campagne « La Jeunesse et les étudiants avec le Vietnam ». Ces événements nourrirent une reconstruction substantielle de l’UEC de sorte que, selon Jacques Varin, l’UEC – alors « italienne » – de région parisienne, forte de 2 000 adhérents en 1963-1964, tombée à moins de 400 en 1966, se redressa pour approcher les 1 500 à la veille de Mai-68.

Au printemps 1968, si Régine Gelber l’avait remplacé à la tête du secteur Lettres, Jacques Varin n’en demeura pas moins très actif, entre la librairie Clarté (place Paul-Painlevé), la rue Gît-le-Cœur (où les réunions parisiennes de l’UEC se tenaient le plus souvent, la place Paul-Painlevé étant difficile d’accès pendant les événements) et la cour de la Sorbonne (où l’UEC tenait une table). Membre du Bureau national de l’UEC, Jacques Varin était, depuis 1967, secrétaire à l’organisation de l’UEC. Il joua donc un rôle notable dans l’activité de l’UEC en 1968. À l’été, il fut chargé d’encadrer un voyage de Loisirs et vacances de la jeunesse, l’organisme de vacances de la Jeunesse communiste, en Tchécoslovaquie. Il fut alors confronté à l’intervention soviétique et aux heurts entre communistes français et communistes des pays socialistes européens – épisode qu’il relata dans Clarté à son retour.
La fin de l’année 1968 fut marquée par le congrès de l’UNEF, à Orléans, caractérisé par de profondes divisions. Les communistes décidèrent alors de créer des « comités de l’UNEF pour son renouveau », afin de susciter un syndicalisme centré sur les revendications étudiantes, structure de masse proche des communistes. Jacques Varin contribua à l’organisation nationale de ces comités, aux côtés de Roger Fajnzylberg, Guy Konopnicki ou Benoît Monier. Cela se traduisit notamment par l’édition et la récolte des bons de soutien en vue de la constitution d’un fichier national pour ce syndicat à créer.

Titulaire d’une maîtrise en histoire, et ayant renoncé à l’enseignement, Jacques Varin quitta l’Université et les organisations étudiantes en 1970 pour contribuer, avec Pierre Kaldor, à la création de l’Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique, dont il fut, pour peu de temps, secrétaire général. Au terme d’une ascension rapide au sein de l’UEC, Jacques Varin ne fut pas proposé à des responsabilités nationales dans le Parti communiste. C’est donc en militant et en salarié qu’il devint journaliste spécialisé dans les questions internationales pour France Nouvelle, hebdomadaire du Parti communiste. Dans le même temps, Jacques Varin publia le premier ouvrage consacré à l’histoire des Jeunesses communistes, Jeunes comme JC, en 1975.

À la fin des années 1970, France Nouvelle fut fortement touchée par la crise que traversait le Parti communiste, notamment parmi les intellectuels et au sein de la fédération de Paris. Jacques Varin resta toutefois communiste et journaliste à France Nouvelle jusqu’à la disparition de l’hebdomadaire – fusionné avec La Nouvelle Critique pour devenir Révolution. En 1979, il entra comme permanent à la section de politique extérieure du PCF, auprès de Maxime Gremetz, et fut chargé des questions africaines, avant la suppression temporaire de son poste, en 1981. Dès lors, Jacques Varin se consacra à la rédaction d’ouvrages d’histoire, vivant essentiellement des commandes de monographies historiques des municipalités communistes : Aulnay-sous-Bois, Bonneuil-sur-Marne, etc. Par ailleurs, il se rapprocha du courant dit « refondateur » dans le Parti communiste, jusqu’à ne plus reprendre sa carte du PCF au début des années 1990. Il intégra alors « Refondation » puis la Convention pour une alternative progressiste et son exécutif national, jusqu’en 1996.

Entre-temps, le travail historique de Jacques Varin l’avait amené à travailler avec l’ANACR puis en son sein. Membre associé du bureau national de l’ANACR en 1996, il fut secrétaire général de l’Association nationale des ami(e)s de la Résistance de 2003 à 2008,secrétaire général adjoint de l’ANACR de 2004 à 2010, co-secrétaire général de 2010 à 2014 avec Charles (Fournier-)Bocquet. Secrétaire général depuis 2014, il l’était toujours en 2016.

Jacques Varin se maria le 20 juillet 1970 à Paris (XVe arr.) avec Éliane Palant, fille ainée de Charles Palant, secrétaire général du MRAP ; le couple divorça en mai 1978.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182940, notice VARIN Jacques par Guillaume Roubaud-Quashie, version mise en ligne le 1er août 2016, dernière modification le 28 septembre 2016.

Par Guillaume Roubaud-Quashie

ŒUVRE : Jeunes comme J.C. Tome 1. De 1920 à 1939, Éditions sociales, 1975— Été 40 : cent jours qui ébranlèrent la France, La Courtille, 1980. — Mémoires d’Arcueil, Temps actuels, 1982. — Aulnay, jeunesse d’un vieux pays, Temps actuels, 1982. — Chelles : un avenir digne de son passé, Temps actuels, 1983. — Corbeil-Essonnes : aux rendez-vous de l’histoire, Messidor, 1986. — Les Hommes du métal, Temps actuels, 1986. — Bonneuil-sur-Marne : une histoire millénaire, Bonneuil-Promotion, 1988. — Domicile Argenteuil : un siècle de logement social, Servédis, 1991. — 18 rue de Naples, Comité d’entreprise de la RATP, 1998 — Ecuelles au cœur de l’Histoire, Servédis, 2001. — Avec Alain Guérin, Les Gens de la CIA, Éditions sociales, 1980. — Avec Fernand Leriche, Ivry-sur Seine : le souffle de l’histoire, Messidor, 1984. — Avec Henri Barreau, Marie Barreau et Jean Gacon, Voyage au cœur d’une entreprise : les ateliers roannais de construction textile, Horvath, 1987. — Avec Max Heilbronn, Galeries Lafayette, Buchenwald, Galeries Lafayette, Economica, 1989.

SOURCES : Archives MJCF. — Clarté, L’Avant-Garde, France Nouvelle. — Entretiens avec Roger Fajnzylberg, Olivier Mayer, Jean-Pierre Rioual et Jacques Varin.

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