DEVECCHI Charles, Antoine

Par Michel Thébault

Né le 12 juin 1916 à Covo (Italie), massacré au lieu-dit La Couture, commune d’Ahun (Creuse) le 21 juillet 1944 ; travailleur immigré italien ; victime civile.

Originaire de la province de Bergame (région Lombardie), il était le fils de Philippo Devecchi et de Christine Olgisi. Il immigra en France à une date qui reste inconnue. Célibataire, il était établi avec sa famille dans le sud-ouest de la France, dans le Lot-et-Garonne, à Casseneuil ou à Sainte-Livrade.
En novembre 1943, il fut arrêté avec trois camarades, réquisitionnés sous la contrainte pour le travail forcé (STO). Le récit familial fourni par la famille Cappelletto, précise que le maire de l’époque de Casseneuil aurait directement désigné (« dénoncé ») les jeunes italiens immigrés pour protéger les jeunes français autochtones. L’étude de la situation historique de l’Italie à l’automne 1943 (Marie-Claude Blanc-Chaléard, op. cit.), complète ce récit : après le 8 septembre 1943, le changement de camp de l’Italie entraîna un changement de considération en France quant aux immigrés italiens. Ils constituèrent alors un réservoir de travailleurs à exploiter. Sur ordre du gouvernement allemand, le régime de Vichy promulgua le 16 octobre 1943 une ordonnance destinée à faire un recensement de tous les Italiens hommes, de 16 à 50 ans, aptes à être incorporés au STO. Sans préjuger de l’attitude du maire de Casseneuil, également plausible, cette politique nouvelle explique pour une bonne part l’arrestation des jeunes italiens de Casseneuil. Arrêté, Charles Devecchi fut conduit avec ses camarades sur des chantiers dans la région de Calais (vraisemblablement l’organisation Todt).
Fin juillet 1944, il tenta avec trois camarades, Antonio Cappelletto, Pierre Rinaldi (originaire d’un village proche de la province de Bergame) et un nommé Collegaro, également immigrés italiens, de regagner le sud-ouest, s’étant probablement enfuis de leur lieu de travail, profitant de l’aggravation de la situation et des troubles de l’été 44. Leur trajet les amena à traverser le département de la Creuse au moment où une unité allemande, la brigade Jesser, y menait une violente campagne de répression de la Résistance. En effet entre le 10 et le 14 juillet 1944 la brigade Jesser, une formation militaire allemande, composée d’éléments de la Wehrmacht, des SS et de divers services de police, pénétra en Creuse, chargée de la répression contre les forces de la Résistance. Installée dans le sud de la Creuse, à Bourganeuf et Aubusson, mais aussi à Ahun, elle se livra pendant près de quinze jours à de multiples opérations de ratissage à la recherche des maquis dans tout le sud du département, exécutant le plus souvent de manière sommaire de nombreux suspects. Le 21 juillet 1944, les quatre travailleurs italiens seraient entrés dans Ahun pour se ravitailler (acheter du pain et de la viande, suivant les témoignages recueillis par la famille Cappelletto après-guerre), et furent arrêtés par les troupes allemandes qui occupaient la commune. Considérés comme suspects, conduits près du château de La Chezotte, contraints de creuser une fosse et exécutés sommairement. Non identifiés pour trois d’entre eux et en particulier pour Charles Devecchi, les actes de décès furent enregistrés le 22 juillet à la mairie d’Ahun et les corps inhumés au cimetière municipal.
Le 14 mars 1945 le maire de Casseneuil (Lot-et-Garonne) Etienne Restat vint à Ahun accompagné des familles Cappelletto, Devecchi et Rinaldi dans le but de reconnaître les corps. Ceux-ci furent exhumés, identifiés, et transférés au cimetière de Casseneuil.
Le nom de Charles Devecchi figure sur le monument aux morts de Casseneuil ainsi que sur le mémorial de la Résistance creusoise à Guéret. Une stèle a été édifiée sur la commune d’Ahun, à La Chezotte, pour rappeler la mémoire des quatre travailleurs italiens exécutés

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188842, notice DEVECCHI Charles, Antoine par Michel Thébault, version mise en ligne le 20 janvier 2017, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

SOURCES : État civil — Archives communales mairie d’Ahun — Renseignements Mme. Christine Cappelletto (nièce d’Antonio Cappelletto) — Renseignements Antonio Bechelloni —Marc Parrotin Le temps du maquis Ed. Verso 1981 et Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Marie-Claude Blanc-Chaléard, Les Italiens dans l’Est parisien. Une histoire d’intégration (1880-1960), École Française de Rome, 2000 — Mémorial genweb.

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