CHAMBON Edmond, André

Par René Lemarquis, Maurice Moissonnier

Né le 22 décembre 1891 à Privas (Ardèche), mort le 7 avril 1965 à Villeurbanne (Rhône) ; ouvrier métallurgiste ; militant lyonnais des Métaux, membre du Parti communiste, secrétaire de la CGTU du Rhône, membre de la direction régionale du PC ; rallié en 1941 à la Révolution nationale, devint membre du Parti populaire français.

Le père d’Edmond Chambon était un ouvrier voiturier d’origine protestante (donc « rouge » car, déclarait son fils, « à Privas les Rouges étaient des protestants en général »). Edmond Chambon vécut d’abord à Privas de sa naissance à 1909 où il fréquenta l’école primaire de six à treize ans, obtint le certificat d’études et commença à travailler dès sa sortie de l’école. Après avoir été quelque temps « saute-ruisseau », il apprit et exerça le métier de mécanicien ajusteur jusqu’à sa nomination, en 1924, au secrétariat du syndicat unitaire des Métaux à Lyon (Rhône). Il travailla ensuite à Aubenas (Ardèche) et partit à Paris. Il fut incorporé en 1912 au 67e régiment d’infanterie à Privas et démobilisé en 1918 comme 2e classe. Il fut employé à Lyon chez Hotchkiss (armement) en 1917 puis à Bron (Rhône) comme mécanicien d’avion. Après la guerre il fut employé au PLM de 1918 à 1920 puis, de 1920 à 1924, dans des garages de réparations d’automobiles. Il épousa Marie Plasse qui exerçait le métier de culottière. Sympathisante du PC et lectrice de sa presse, elle avait eu une formation religieuse, mais « elle hait les curés..., hait la guerre, mais croit encore ». Elle avait, en 1933, un fils âgé de quatorze ans.

Dans sa jeunesse, Edmond Chambon fit partie des Jeunesses laïques de Privas. De tempérament anarcho-syndicaliste, il n’appartenait, en 1912, à aucun groupe politique mais déclarait avoir des sympathies pour l’action de Gustave Hervé* et lut, pendant son passage à l’armée, La Guerre Sociale. À son retour à la vie civile, il suivit le développement du mouvement pour la IIIe Internationale, hésita en 1919 à entrer au Parti socialiste, puis adhéra en 1922 au jeune PC à la 6e section de Lyon. Il y militait alors avec Pierre Merlin*, Pierre Capelle*, Étienne Carlier*, Elie Péju*, Joseph Perrin*, René Fromage*, Jean Doron* et Benoît Frachon*. Il apprit la doctrine marxiste dans une école créée à Lyon par Claude Calzan* en 1922-1923. Il fut délégué au Congrès national de Lyon en 1924 et à deux conférences nationales à Paris. Il lutta dès 1922 contre l’opposition trotskyste de Boris Souvarine* puis contre Albert Treint* et Suzanne Girault*. Il s’occupait en particulier de trésorerie, notamment du Comité d’action contre la guerre du Maroc en 1925 et du syndicat unitaire des Métaux dont il était secrétaire.

Au moment de la bolchevisation du Parti communiste, lorsque, sous la direction de René Fromage*, chargé d’assurer le redressement de la Fédération du Rhône du PC en pleine désorganisation, une nouvelle équipe de responsables fut mise en place au cours de l’année 1925, Edmond Chambon apparut dans la vie politique lyonnaise. Il était l’un des dirigeants du syndicat unitaire des Métaux et, à la conférence régionale du PC, il fut chargé de présenter le rapport syndical.

Edmond Chambon participa à de nombreux mouvements de grève dont il fut membre du « collège de direction » : des métallurgistes à Lyon, du textile à Cours, à Vienne et à Roanne, des mineurs de la Loire, des métallos de Bellegarde... Plusieurs fois arrêté pour collage d’affiches ou distribution de tracts, il fut chaque fois relâché. Mais dans son rapport à la conférence régionale du PC, Edmond Chambon s’affirmait en désaccord avec la direction nationale et le bureau régional dont la ligne sur le plan syndical était, à ses yeux, fluctuante et imprécise sur le problème de l’unité. Il réclamait que les responsables syndicaux fussent moins utilisés à des tâches purement politiques et davantage dans leur spécialité. Il proposait enfin la création d’une commission syndicale composée de militants compétents et ultérieurement déchargés de tout autre travail. À l’issue de la conférence, on lui confia, au sein du nouveau comité régional la direction de la commission syndicale et il semble qu’on lui donnât satisfaction en ce qui concernait l’allégement des responsabilités des militants syndicaux puisque, dans le courant de l’année 1926, il fut, avec deux autres responsables, retiré du comité de « rayon » de Lyon.

Pressenti comme candidat aux législatives d’avril 1928 dans la 14e circonscription, Edmond Chambon vit son nom écarté par l’assemblée de février 1928 (Arch. Nat. F7/13158). En 1929-1930, il fut, déclarait-il en 1933, écarté de la direction régionale.

On le chargea de représenter le PC aux élections législatives de mai 1932 dans la 12e circonscription du Rhône (Villeurbanne). Il recueillit 3 613 voix sur 24 764 inscrits. Son maintien au second tour (2 895 voix) n’empêcha pas la victoire du docteur Lazare Goujon*, député socialiste SFIO sortant.

Edmond Chambon devint ensuite secrétaire du l’UD unitaire du Rhône et participa aux luttes qui préparèrent le Front populaire. Il convient cependant de retenir qu’il fut délégué, mais pour le Textile, au XXIVe congrès de Toulouse (2-5 mars 1936), celui de la réunification et que, localement, il marqua des réticences, refusant d’être présent dans la commission d’unité et de participer à l’assemblée de réunification. Il est vrai que, depuis 1935, ses responsabilités politiques avaient augmenté et que la controverse autour du cumul des mandats le mettait en porte à faux. En avril 1935, il figurait en effet en deuxième position sur la liste du PC à Villeurbanne pour les élections municipales et celle-ci obtint 4 314 voix au premier tour, dépassant pour la première fois la liste socialiste conduite par le député-maire sortant, le docteur Goujon. Celui-ci refusa le désistement préconisé par la Fédération socialiste et constitua pour le second tour une autre liste qui fut battue, 6 508 voix se portant sur celle du Parti communiste. Edmond Chambon devint ainsi le 19 mai 1935, premier adjoint du maire communiste de Villeurbanne, Camille Joly*. Il le demeura jusqu’au 7 octobre 1939 (installation d’une délégation spéciale). En octobre 1935, il fut présenté aux élections sénatoriales et il obtint 45 voix. En novembre 1936, il entra au comité pour le développement de la Voix du Peuple, l’organe régional du PC. À la conférence fédérale de décembre 1937, il fut élu membre du bureau régional du Parti, fonction qui ne fut pas renouvelée en novembre 1938 bien qu’il restât encore au comité régional.

Il avait retrouvé les fonctions de secrétaire de l’Union des métaux à la CGT réunifiée et fut délégué au XVe congrès de la CGT à Nantes, les 14-17 novembre 1938.

Lorsque la guerre fut déclarée et qu’à la suite du Pacte germano-soviétique, le PC fut interdit, le comité régional se réunit clandestinement dans le garage tenu, rue de l’Université, par Pelletier, un militant du Parti. Edmond Chambon, fut seul à se prononcer contre le Pacte et il ne tarda pas à faire paraître dans la presse une déclaration dans laquelle il condamnait la décision soviétique : « Je ne peux plus longtemps croire qu’en agissant ainsi l’URSS a servi la cause de la paix et des intérêts des travailleurs de France, de Pologne et d’Angleterre ». Cette déclaration fut utilisée dans le mouvement syndical pour obtenir des militants communistes un désaveu du Pacte.

Edmond Chambon fut néanmoins interné par le gouvernement de Vichy mais il obtint sa liberté en se ralliant au régime et en signant avec sa femme et sept autres militants connus de la CGT une Lettre aux travailleurs qui approuvait le message de Pétain pour le 1er mai 1941. Il les appelait « à se débarrasser des idéologies étrangères », à penser et à agir « dans l’intérêt de la communauté française que le Maréchal veut construire en associant tous les Français à son œuvre ». Les signataires de ce texte répondaient « présents au Maréchal » pour la construction d’un ordre corporatiste fondé sur « les communautés d’entreprise et la profession organisée » permettant aux Français « patrons, techniciens et ouvriers de se mieux connaître et de faire disparaître les causes de la lutte de classe ». Ce texte fut amplement diffusé par les autorités de la région lyonnaise. Devenu membre du PPF, Edmond Chambon fut un zélateur de la collaboration. À la Libération, le bruit courut qu’il avait été exécuté par des résistants, mais l’état civil indique : mort à Villeurbanne le 7 avril 1965. Selon plusieurs témoignages, il aurait séjourné quelque temps à Lyon, dans le Ve arrondissement avant de disparaître complètement pour se soustraire aux militants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19319, notice CHAMBON Edmond, André par René Lemarquis, Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 14 mars 2017.

Par René Lemarquis, Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13771 (L’Humanité, 14 décembre 1927). — Arch. de l’UD-CGT du Rhône et de l’UL de Villefranche-sur-Saône. — Arch. du syndicat des maçons et aides, Bourse du Travail Lyon. — Arch. de l’Institut du Marxisme-Léninisme (Moscou), microfilm déposé à l’Institut Maurice Thorez, bobine 26/185. — RGASPI : 495.270.526 : Autobiographies : 9 mai 1933 (A : Bon militant syndical averti, manifestations politiques pas très bonnes) ; 31 mai 1937 (A). — Rapport Chabert sur l’activité du PCF dans la clandestinité (région Rhône-Ain, 1939-1940), archives privées. — La Voix du Peuple, organe régional du PC, avril-mai-octobre 1935, novembre 1936, octobre 1937, novembre 1938. — Presse locale : Progrès, Lyon Républicain pour les consultations électorales et en septembre 1939. — Interviews de militants lyonnais. — État civil de Villeurbanne, 8 janvier 1980.

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