THOREZ Jean

Par Alain Dalançon

Né le 8 février 1936 à Paris (XIIIe arr.), mort le 13 mars 1999 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; professeur ; militant communiste.

La famille Thorez
La famille Thorez
Jean debout derrière sa mère, Maurice derrière son père, Paul sur les genoux de son père, Pierre sur ceux de sa mère.

Jean Thorez était l’aîné des trois fils de Maurice Thorez et de Jeannette Vermeersch. Ce premier enfant chéri eut pour parrain laïque le cinéaste Jean Renoir. Il fut mis en scène dans des reportages photographiques et dans le petit film Fils du Peuple réalisé en 1937 pour faire la promotion de l’autobiographie du secrétaire général du Parti communiste, commençant par montrer son bonheur familial à Ivry – car sa vie n’était pas celle d’un « être d’exception » mais d’un homme dont « les combats et la pensée s’identifient à ceux de la classe ouvrière », commentera Roger Garaudy.

La guerre devait troubler la tendre enfance heureuse du petit Jean. Suivant la consigne du Komintern, son père déserta au début octobre 1939 ; ses parents quittèrent séparément la France pour la Belgique où il les rejoignit, amené par Angèle Salleyrette. La famille se retrouva ensuite au début novembre dans une datcha, à Kountsevo, à l’ouest de Moscou, dans un quartier où séjournaient d’autres responsables du Komintern exilés. En août 1940 la famille s’agrandit avec la naissance de son frère Paul. Puis, après le déclenchement de l’opération Barbarosa et l’avancée des troupes allemandes vers Moscou, Maurice Thorez dut quitter la capitale en octobre 1941, pour Oufa dans l’Oural, où le rejoignirent, depuis Gorki, Jeannette et ses deux fils. Le voyage s’accomplit en décembre 1941 dans des conditions très difficiles : atteint d’une pneumonie, Jean en réchappa après avoir été hospitalisé à Sverdlovsk.

La famille étant revenue en France après la Libération, une vie paisible et très confortable l’attendait. Les Thorez habitèrent à Bougival en novembre 1944, revinrent ensuite à Ivry, puis résidèrent dans une maison bourgeoise avec parc, à Choisy-le-Roi, mise à leur disposition par le Parti. Jean était conduit en voiture avec chauffeur, ainsi que son frère Paul, au lycée Lakanal. Il y était un excellent élève, alors que Paul réussissait moins bien. Ses parents étaient très fiers de ses résultats scolaires.
La maladie de son père, soigné en URSS de décembre 1950 à avril 1953, fut une épreuve pour toute la famille. À l’été 1951, tous se réunirent autour de lui au bord de la mer Noire et Jean fit un séjour dans un camp pansoviétique de vacances, « République des foulards rouges », à Artek, séjour qu’il ne renouvela pas, à la différence de son frère Paul qui retourna plusieurs années dans ces camps destinés aux « enfants modèles ».

C’est durant ce long éloignement de son père, que Jean Thorez obtint ses deux parties de bac et qu’il entra en hypokhâgne. Il était séduit par les cours d’histoire de Jean Bruhat. Alors qu’il était élève en 1ère supérieure ne comptant que 11 élèves, Georges Cogniot, qui initiait son père au latin, l’aida à préparer le concours de l’ENS qu’il ne réussit cependant pas.

Sa mère le trouvait « fin, humoristique, charmant autant que brillant causeur, éblouissant les dames par sa galanterie », mais un peu trop intellectuel et éloigné « de la vie quotidienne du peuple ». Ainsi, pendant l’absence de Maurice, elle lui avait acheté un vélomoteur pour qu’il se rende seul au lycée ; or la mobylette étant tombée en panne, il avait été incapable de rentrer par ses seuls moyens : elle songea donc à le mettre en usine.

Jean était pourtant un jeune militant communiste convaincu. Il participa au festival de la Jeunesse à Budapest en 1954. Pour montrer à ses parents son engagement pratique, il collait des affiches, notamment pendant la campagne préparatoire aux législatives de 1956, le soir du réveillon du 31 décembre 1955 et il vendit l’Humanité le lendemain, 1er janvier. Au retour du XXe congrès du PCUS, ses parents lui apprirent l’existence du rapport Khrouchtchev qui devait rester secret. À la table familiale, d’après Philippe Robrieux, ami qui militait avec lui à l’UEC, il se serait alors exclamé : « Nous sommes tous des assassins ! » Pourtant, il accompagna à nouveau ses parents à Moscou puis en Crimée à la fin de l’été 1957.

Passé en faculté, il s’était engagé dans des études de russe qu’il avait l’occasion de pratiquer lors de ses voyages en URSSS. Il réussit l’agrégation en 1960, reçu 6e/6, et fut aussitôt nommé professeur au lycée Saint-Charles de Marseille, à la grande satisfaction de son père : lui qui n’avait pas pu faire d’études, voici que son fils était désormais entré dans les rangs des universitaires pour lesquels il avait le plus grand respect. Jean Thorez traduisait en russe les discours de son père, tandis que Pierre Juquin le faisait en allemand. Autre satisfaction de ses parents : il épousa Inès Antonopoulo avec laquelle il eut un fils.

La mort de son père, en 1964, l’affecta. Il reçut une lettre de condoléances de Charles De Gaulle, à laquelle il tenait beaucoup. Il prit ensuite progressivement de la distance avec la direction du PCF, comme sa mère, mais sans renier son éducation communiste, comme son frère Paul.

Muté au lycée Thiers de Marseille, Jean Thorez devint professeur en classes préparatoires littéraires, succédant à Victor Vassiliévitch Balalaïev, passé dans le supérieur.

Adhérent au Syndicat national des enseignements de second degré, il ne se reconnut pas vraiment dans la position de la nouvelle direction « Unité et Action » en 1968, et ne s’y syndiqua plus, n’admettant pas que le syndicat ait accepté des titularisations sans véritable concours. Bien plus, il devint président de la régionale de la Société des agrégés dont le président, Guy Bayet, était entré sévèrement en conflit avec la direction du SNES en 1968-1969 et dans les années suivantes. Il en demeura membre du comité national jusqu’à sa mort.

Attaché à la qualité de l’enseignement, il se distingua en refusant d’être inspecté par un inspecteur pédagogique régional, ce qui retarda sa promotion dans la hors-classe des agrégés mais il fut l’année suivante intégré dans le corps des chaires supérieures.

Il restait cependant secrétaire de la cellule de son lycée ("Commune de Paris") mais, de plus en plus en désaccord avec la ligne de Georges Marchais, il quitta le Parti en 1977 ou 1979. Resté profondément communiste, il ne manifesta plus ses engagements de façon publique ensuite. Sauf en décembre 1989, lors d’une petite manifestation en faveur de Bertie Albrecht, oubliée de la panthéonisation, qui avait passé son enfance à Marseille. Entre la fin de l’URSS et l’expérience de la cohabitation Balladur, « il avait encaissé le choc » selon un de ses jeunes collègues.

Les trois frères, malgré l’éloignement de leur résidence (Marseille pour lui, Le Havre pour Pierre, et Sautou où Paul avait fini par s’installer), ainsi que leur demi-frère Maurice, se retrouvaient chaque année avec leurs familles auprès de leur mère, dans la maison de Callian (Var), en particulier au nouvel an.

Jean Thorez décéda d’un cancer avant d’avoir pris sa retraite, quelques années après son frère cadet Paul, mort en 1994, mais avant sa mère décédée en 2001. Son épouse décéda le 15 février 2016 à l’âge de 81 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article204144, notice THOREZ Jean par Alain Dalançon, version mise en ligne le 7 juin 2018, dernière modification le 7 juin 2018.

Par Alain Dalançon

La famille Thorez
La famille Thorez
Jean debout derrière sa mère, Maurice derrière son père, Paul sur les genoux de son père, Pierre sur ceux de sa mère.

SOURCES : Documentaire, Fils du Peuple, 1937, Ciné archives. — Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette. Biographie du couple Thorez, Fayard, 2010. — Paul Thorez, Les enfants modèles, Gallimard 1984. — Catherine Marand-Fouquet, « Olympe de Gouges au Panthéon, ou la tribu France et ses femmes », in La démocratie « à la française » ou les femmes indésirables, s/dir Éliane Viennot, CEDREF, Hors-série n° 2, 1996. — Renseignements fournis pas son frère Pierre et par Jean-Paul Beauquier, son élève puis son collègue au lycée Thiers.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément