MAGNAN Lucien

Par Daniel Grason

Né le 11 août 1914 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 1er décembre 2002 à Le Bouscat (Gironde) ; ajusteur-mécanicien, dessinateur-projeteur ; militant communiste ; membre du détachement Valmy ; déporté à Mauthausen (Autriche).

Fils d’Alphonse Magnan, joailler, et de Louise Berthoud, couturière, Lucien Magnan obtint à l’issue de ses études, le baccalauréat (1ère et 2ème partie). De la classe 1934, il fut mobilisé le 19 novembre 1939 au 4ème Régiment d’infanterie à Fontainebleau (Seine-et-Marne), et démobilisé par le centre de Grenade-sur-l’Adour (Landes). Il s’était marié le 7 décembre 1935 à Saint-Mandé (Seine, Val-de-Marne) avec Georgette Jourdain, le couple eut une fille, la famille vivait 27 rue Clisson à Paris (XVIIIe arr.).

Il fut membre des Jeunesses communistes de 1934 à 1937, année au cours de laquelle il adhéra au Parti communiste. Le 26 août 1939, il était interpellé par la police pour distribution de tracts communistes. Le Tribunal militaire de Paris le condamna à 400 francs d’amende le 19 décembre 1939.
En septembre 1940, il aurait rencontré Lucien Briant qui lui aurait proposé de reprendre de l’activité au parti communiste dans le secteur propagande. Il apprenait qu’il avait été exclu du parti communiste, sans en avoir été informé.
Lucien Magnan travaillait alors pour les Autorités allemandes au HKP 513 à Vincennes, il fit par l’intermédiaire de Riant connaissance avec Riccardo Rohregger, Mario Buzzi et Ricci. Il rencontra probablement en 1941 « Joseph » le responsable des cadres qui lui proposa en guise de « réhabilitation » : « Tu vas aller couper la barbe à Clamamus ». Ce dernier ex maire communiste de Bobigny et sénateur avait quitté le parti communiste en septembre 1939, il adhéra au Parti ouvrier et paysan français créé par Marcel Gitton. Lucien Magnan récusa cette proposition extravagante.
Il quitta son emploi à Vincennes, travailla à la Précision mécanique rue Vergniaud dans le XIIIe arrondissement. Il eut un contact avec « Bordeaux » Marius Bourbon qui lui présenta « Tours » Marcel Cretagne. Celui-ci lui précisa la nature de l’action militante, « Il s’agissait de faire partie d’un groupe spécial chargé de liquider les traîtres. » Plusieurs autres rendez-vous suivirent avec Marius Bourbon, Marcel Cretagne, et « Cerbère » Fosco Focardi.
Le 22 décembre 1941 Marcel Cretagne, Fosco Focardi et Émile Bevernage « Abbeville » se rendaient dans le XIVe arrondissement, rue Pernety où Fernand Soupé ex. dirigeant communiste, maire de Montreuil-sous-Bois était membre du PPF de Doriot et rédacteur au journal collaborationniste le Cri du peuple.
Après sa journée il rentrait chez lui par le métro, descendait à Pernety, consommait dans un café, avant de rentrer à son domicile tout proche. Vers 21 heures, à l’angle des rues de Vanves et Pernety, Émile Bevernage tira dans le dos de Soupé, le blessant grièvement.
Lucien Magnan continua à travailler à la Précision Mécanique. Le 24 mai Fosco Focardi l’attendait à la sortie de l’usine. Une nouvelle action était programmée, la cible était Philippe Molinier tenancier d’un hôtel rue Taylor (Xe arr.), selon Focardi il avait fait arrêter des prisonniers de guerre évadés et dénoncé des communistes. Un pistolet automatique 7,65 mm lui était remis, ainsi qu’à « Strasbourg » [René Schmidt], ce dernier était chargé de l’exécution et Magnan assurait la protection.
Les deux hommes entrèrent dans l’hôtel, demandèrent Molinier à sa femme qui tenait la réception. Philippe Molinier se présenta, Magnan lui répondit qu’il avait un pli à lui remettre, René Schmidt lui plaça le canon de son arme sur la tempe droite et tira… l’arme s’enraya. Molinier recula, Lucien Magnan tira à trois reprises. Les deux FTP prirent la fuite, « Charleville » en protection n’intervint pas, Magnan et Schmidt passèrent devant le commissariat du XIe arrondissement. Ce dernier fut interpellé.
Pour des raisons de sécurité Focardi demanda à Magnan de quitter son travail, il devint permanent appointé 2200 francs par mois. Un nouvel objectif fut assigné par la direction du PCF clandestin, Albert Clément, ex-rédacteur en chef de la Vie ouvrière de 1929 à 1939. Celui-ci assuma la direction de la Vie ouvrière clandestine, participa l’été 1940, aux négociations avec les allemands pour la reparution de la presse communiste. Arrêté en septembre 1940, libéré le 14 mai 1941, il adhéra au PPF de Doriot, devint rédacteur en chef du Cri du peuple.
Fosco Focardi demanda à Lucien Magnan de prendre en charge un nouveau FTP « Biarritz » [René Goureau]. Roger Viala, employé au Prisunic Clignancourt dans le XVIIIe arrondissement aurait dénoncé des communistes, ordre fut donné de l’éliminer physiquement. « Biarritz » participerait à sa première action, Marcel Cretagne « Tours » demanda à Lucien Magnan d’assurer la protection.
Le 10 juillet 1942 vers 18 heures Viala sortit du magasin, enfourcha son vélo et descendit la rue Clignancourt, traversa le boulevard Rochechouart, repartit par le boulevard Magenta, le boulevard Voltaire, puis la rue des Boulets et la rue d’Avron. Les trois FTP le suivaient à distance, Viala s’arrêta chez un coiffeur, la pluie tombait, les FTP firent une halte dans un café.
Roger Viala quitta la boutique, suivit à faible distance des trois combattants, rue des Pyrénées, René Goureau réduisit la distance, dans le virage de la rue des Grands-Champs, il appuya le canon de son arme sur son dos et fit feu à deux reprises puis s’écroula sur le sol, eut la force de s’agripper à Goureau qui tira une troisième fois.
Des passants tentèrent de l’arrêter, l’employé d’un garage se méprenant sur son rôle lui cria « Attrape-le mais attention, il est armé. » Goureau, arme à la main le menaça, puis continua son chemin par les rues de Buzenval et de Lagny en direction de la Nation. Quant à Lucien Magnan, il retrouva Marcel Cretagne à Denfert-Rochereau, René Goureau avait été arrêté.
Le 27 juillet 1942 vers 9 heures 30 Lucien Magnan, René Belloni, « Nancy », André Jacquot « Caen » et René Roby « Perpignan » firent irruption arme à la main dans le centre de distribution de tickets d’alimentation de la rue de la Providence à Paris (XXe arr.). Une opération éclair de trois minutes dix qui se déroula sans incident, trois cents trente-neuf cartes furent raflées, elles étaient destinées aux clandestins et à la vente au marché noir.
Lors d’une réunion avec Fosco Focardi un nouvel objectif était assigné aux combattants. Des membres de l’armée allemande déjeunaient fenêtres ouvertes dans le restaurant de l’hôtel Bedford rue de l’Arcade (VIIIe arr.) Après une reconnaissance des lieux, le 8 août 1942 au matin vers 11 heures 30 René Bernier « Charleville », Robert Simon « Lyon », Jacques Béthinger « Compiègne », Fosco Focardi « Cerbère » et Lucien Magnan se retrouvaient vers 11 heures 30 square Saint-Augustin.
Le 22 août 1942 avec Fosco Focardi et d’autres FTP, Lucien Magnan sabotaient trois pylônes électrique à Annet-sur-Marne. Il en fut de même le 5 septembre le pylône du poste émetteur-radio de l’armée allemande était saboté à Sainte-Assise.
Le Rassemblement national populaire (RNP) de Déat organisait le 26 août 1942 une soirée cinématographique à l’Olympia de Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine). Au programme Le Juif Süss, film antisémite, Lucien Magnan portait l’engin à l’intérieur de son veston, aucun contrôle à l’entrée, plus de place à l’orchestre, avec André Jacquot « Caen » il monta au balcon. Selon les déclarations de Magnan à la police : « nous n’avons pas eu l’impression que les spectateurs étaient tous spécifiquement des membres de l’organisation ; il y avait là des jeunes ouvriers, des femmes et des enfants. Aussi nous avons hésité longtemps avant d’agir. » « Cerbère », « Perpignan », et « Nancy » restèrent à l’extérieur. La bombe explosa tuant une spectatrice et blessant gravement deux personnes, et vingt-trois plus légèrement.
Le 26 août 1942 en soirée, Lucien Magnan, « Caen », « Cerbère », « Perpignan », et « Nancy » sabotaient trois pylônes électriques à Annet-sur-Marne non loin de Lagny. Le 5 septembre, des charges explosives étaient placées sur un pylône à Sainte-Assise en Seine-et-Marne, relais de la station allemande qui assurait les liaisons radiophoniques de l’armée allemande.
Le 10 septembre 1942 Fosco Focardi « Cerbère », Lucien Magnan, Robert Simon « Lyon » et « Rennes » se rendaient rue Richer (IXe arr.). Dans la salle du rez-de-chaussée de l’hôtel, des musiciens allemands répétaient, Robert Simon dégoupilla une grenade et la lança contre la vitre d’une fenêtre...
Du 10 au 16 septembre avec Focardi, Jacques Béthinger « Compiègne », « Eugène », Guichard « Etampes » et « Rennes », il observa les heures de sortie du cinéma Rex rue du faubourg Poissonnière dans le IXe arrondissement. Un engin fut déposé le 17 septembre contre un arbre à la sortie des spectateurs, des soldats allemands, à 21 heures 45 l’explosion blessa dix-sept militaires et un employé du journal Le Matin dont les locaux étaient proches.
Le 4 octobre, plusieurs combattants dont Lucien Magnan participèrent à une opération contre une permanence du Francisme, 25 rue Dareau (XIVe arr.). Eugène Guichard « Étampes » alluma la mèche et lança l’engin, l’explosion brisa la vitrine.
Le Parti populaire français organisait le 6 octobre 1942 une séance cinématographique au Maillot palace au 74 avenue de la Grande Armée (XVIIe arr.). Au programme la projection du film Le juif Suss. « Bourges », « Besançon »et « Grenoble » entrèrent à 20 heures 30 dans la salle déposèrent un engin. À 21 heures 35 l’explosion fit deux morts et vingt-sept blessés dont deux graves.
Le 16 octobre, il participa à une opération punitive contre Roger Belloni ex. membre du groupe Valmy soupçonné de trahison. Cinq membres du groupe Valmy Jacques Bethinger, Marcel Cretagne, Georges Lescot, Eugène Guichard, Claude Wadelle et Lucien Magnan se présentèrent au domicile de Belloni au 275 rue du Faubourg Saint-Antoine (XIe arr.), deux inspecteurs de la BS2 étaient là, Magnan tira, blessa l’inspecteur Rodier.
Le 23 octobre 1942 des policiers de le Geheime Feldpolizei (GPF) interpellèrent Lucien Magnan chez son amie de longue date qui travaillait pour les allemands. Elle disposait de deux logements l’un rue Berthier à Neuilly-sur-Seine, l’autre du Mont-d’Or (XVIIe arr.) Les allemands livrèrent Magnan aux Brigades spéciales le 25 octobre. Son domicile du 27 rue Clisson a été perquisitionné, les policiers découvraient dans une valise des revolvers et des engins explosifs.
Fatigue, rancœur, intoxication des policiers des Brigades spéciales lors des interrogatoires… il parla longuement en détail des actions du groupe Valmy, indiqua où était les dépôts d’armes : l’un dans un box rue Vergniaud (XIIIe arr.), un autre boulevard Lefebvre (XVe arr.), les pseudonymes des combattants. Il parla… parla… près d’une quarantaine de feuillets dactylographiés. Au sujet de l’expédition chez Belloni, il affirma qu’il ignorait que des inspecteurs étaient sur place. Il le soupçonnait très fortement de trahison, voulait obtenir des renseignements puis éventuellement le « supprimer ».
Les autorités allemandes demandèrent son transfert dans le quartier allemand de la prison de Fresnes où il fut mis le 10 novembre à la disposition des tortionnaires de la rue des Saussaies pour de nouveaux interrogatoires.
Incarcéré à Fresnes, il était le 27 mars 1943 dans le deuxième transport qui partit de la gare de l’Est à destination de Mauthausen (Autriche). Dans les wagons aux fenêtres grillagées cinquante-cinq prisonniers dont quatorze membres du groupe Valmy dont Gaston Focardi ainsi que Jean Lafitte responsable national des cadres du parti communiste. Les trois militants survécurent aux rudes conditions de la déportation. Lucien Magnan fut affecté au kommando de travail de Peggau qui a été créé le 17 août 1944, les prisonniers fabriquaient des pièces pour l’aviation. À une date inconnue, il fut envoyé au camp d’extermination d’Auschwitz (Pologne).
Le 27 janvier 1945 l’armée Soviétique libérait le camp, la base de données de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, mentionne qu’il fut libéré le 22 janvier 1945. Selon une note des renseignements généraux d’août 1945, Lucien Magnan et Louis Tillet auraient été exclus du parti communiste en 1943, l’un comme « traître », l’autre comme « renégat ».
Il exerça la profession de dessinateur-projeteur. Il partit travailler à une date inconnue au Sénégal. Le 13 février 1964, le ministère de l’intérieur prit à son encontre une mesure d’expulsion, elle fut rapportée le 26 mai.

Divorcé de Georgette Jourdain en décembre 1950, il s’était remarié le 21 avril 1951 à Saint-Louis (Sénégal) avec Colette Françoise Besnard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article206442, notice MAGNAN Lucien par Daniel Grason, version mise en ligne le 13 septembre 2018, dernière modification le 3 octobre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 114 BS2, GA M2 (dossier n° 138919), BA 1752. – Bureau Résistance (pas de dossier). – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.- Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquider les traîtres la face cachée du PCF 1941-1943, Robert Laffont, 2007. — État civil.

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