BRIAND Albert, Marcel

Par Jean-Louis Issartel

Né le 12 février 1880 à Saint-Marcel-d’Ardèche (Ardèche), massacré le 23 août 1944 à Saint-Marcel-d’Ardèche ; maire de Saint-Marcel-d’Ardèche de tendance radicale-socialiste.

Fils d’Alfred Frédéric Briand, cultivateur à Saint-Marcel d’Ardèche et de Léonie Marie Appolonie Séraphie Aufève sans profession, catholique mais républicain sincère proche du radical-socialisme, il épousa le 27 février 1906 Léonie, Eugénie Marie Menu, ménagère. Ancien combattant de la première guerre mondiale, il s’engagea dans la vie communale au retour du conflit. Élu conseiller municipal en décembre 1919, il fut renouvelé à chaque élection en 1925, en 1935... Devenu adjoint en 1925, il succéda en décembre 1929 au maire brutalement décédé. La commune comptait alors 1100 habitants et connaissait une profonde dépression accentuée par la crise. Albert Briand réussit à nouer de nombreux liens avec ses administrés, défendant opiniâtrement les intérêts de sa commune sans négliger la solidarité avec les victimes de catastrophes non seulement en France mais aussi dans d’autres pays. Reconduit comme maire en 1935, à la tête d’une municipalité qualifiée de républicaine, il accueillit favorablement le Front Populaire. Lors de la commémoration du 150ème anniversaire de la Révolution française, il prononça un discours enflammé : « le 14 juillet 1789, le peuple avait conquis la liberté, la nuit du 4 août lui avait donné l’égalité ; restait à proclamer la fraternité... ». En dénonçant « les ennemis de la Fraternité, il marquait ses profondes réticences envers les discours de haine et de médisance diffusés par la droite nationale à la veille du conflit, se démarquant de ce point de vue de l’orientation prise par une grande partie de ses amis radicaux.

Lors de la débâcle en juin 1940, il organisa l’accueil de nombreux réfugiés, notamment belges. Son efficacité était reconnue. Son mandat ne fut pas remis en cause par le régime de Pétain. Pourtant, contrairement à beaucoup de municipalités, le conseil de Saint-Marcel-d’Ardèche ne prit aucune délibération d’allégeance au nouveau pouvoir. Les charges incombant aux élus devenaient de plus en plus lourdes et la répression devenait plus prégnante : en avril 1941, un militant communiste de Saint-Marcel-d’Ardèche, Ernest Amilhastre, avait été arrêté par la brigade de Bourg-Saint-Andéol pour propos hostiles au maréchal. Prétextant des ennuis de santé, Albert Briand offrit sa démission de maire le 29 janvier 1942. Le préfet Eugène Hild lui demanda de trouver un remplaçant au sein de l’équipe municipale mais tous les conseillers refusèrent et présentèrent leur démission collective le 15 février tout en déclarant rester « partisans de l’œuvre de redressement entreprise par le Maréchal ». Le 29 mars, Eugène Hild, instruit au préalable par les rapports des RG, concluait dans sa missive « je vous demande ... de revenir sur votre détermination qui, à l’heure actuelle, m’apparaît comme particulièrement fâcheuse et de m’en aviser par un prochain courrier ». Albert Briand doit obtempérer.

Ses fonctions le conduisaient à être en relation avec Pierre Fournier ingénieur TPE pour les réparations de la digue du Banc Rouge et avec le docteur Tzélépoglou pour les visites médicales scolaires. Tous deux, de Bourg-Saint-Andéol, furent des membres actifs de la Résistance, notamment Fournier devenu bientôt responsable de l’Armée Secrète en Ardèche. L’AS créa une antenne à Saint-Marcel fin 1943 sous la direction d’un militaire retraité, Jean-Marie Blouch, qui logeait dans l’enclos du village près de la maison du maire. Début 1944, les FTP tentèrent de créer un maquis en s’installant dans les bois à la forestière de Saint-Marcel (appartenant à la commune), avant d’être chassés le 26 février par une opération répressive allemande. Les actions de la Résistance se développèrent alors dans les environs, notamment contre la voie ferrée de la rive droite du Rhône.

Rien ne permet d’affirmer qu’Albert Briand était en contact direct avec la Résistance, mais la période ne se prêtait guère à l’étalage de convictions hostiles au régime, d’autant plus que la milice était présente à Saint-Marcel depuis 1943. Un de ses responsables était en relation avec la 8ème compagnie Brandebourg installée fin 1943 à la citadelle de Pont Saint-Esprit, laquelle était spécialisée dans la traque aux résistants.

Après le débarquement allié en Provence le 15 août 1944, les forces de l’Axe se replièrent, tout en s’efforçant de contenir la pression exercée par la Résistance (une grande partie du département était contrôlée par les FFI depuis la fin juin) et par l’avancée des FFL et des Américains. A partir du 20 août, le passage des troupes allemandes venues du Sud-Ouest ou du Sud devint incessant en Ardèche méridionale. De nombreux collaborateurs et miliciens les accompagnaient. Sur leur passage, ce n’était que violences, exécutions, pillages, incendies et ruines. Le 22, Paul Brousse, un agriculteur de Saint-Marcel-d’Ardèche fut pris pour cible et tué par des soldats allemands alors qu’il ramassait du fenouil dans son champ. Le lendemain, des miliciens en provenance du midi s’installèrent au château de Pontbriand sur la commune de Saint-Marcel-d’Ardèche. Ils accompagnaient une unité que les rapports de gendarmerie, qualifièrent par la suite, comme étant composée de waffen-SS laquelle prit ses quartiers au château Chaigne, quartier de Vinsas, au sud de Bourg-Saint-Andéol. Il s’agissait en fait d’une partie des hommes de la 8e compagnie Brandebourg, notamment son service des transmissions, repliés de Pont-Saint-Esprit (Gard). On put identifier cette unité de l’armée allemande à cause de la présence dans ces rangs d’une jeune Marseillais qui avait été élève au pensionnat Saint-Joseph de Bourg-Saint-Andéol. Il est possible que les « miliciens » de Pontbriant soient aussi de ses éléments car, à l’époque, la compagnie n’est pas identifiée précisément et ses hommes sont régulièrement confondus avec ceux de la Milice française. Quoi qu’il en soit, pendant 4 jours, ces éléments multiplièrent leurs exactions, utilisant les méthodes utilisées ailleurs par les Brandebourgs, se faisant passer pour des résistants ou pour des déserteurs afin d’être reçus par les personnes ciblées, pratiquant la torture, et exécutant leurs victimes.

Albert Briand fut l’une de ces victimes. Le 23 août, une voiture contenant six ou sept individus en civil s’arrêta à Saint-Marcel sur la place du Monument aux morts. Un homme armé d’une mitraillette se présenta vers 16 heures au domicile du maire. Parlant français et en se faisant passer pour un résistant, il lui demanda du ravitaillement. Albert Briand lui souhaita la bienvenue, se dit heureux d’être avec eux et lui indiqua où en trouver. Comme son interlocuteur insistait pour être accompagné, il répondit qu’il était occupé à préparer les obsèques de Paul Brousse, abattu par les Allemands l’avant-veille. Devant l’insistance de son interlocuteur, il finit par le suivre. A peine arrivé dans la rue, le voici interpellé : « Tu es fait, c’est la Milice » et frappé, sous les yeux de son épouse à qui l’agresseur intima de rebrousser chemin. Jeté dans la voiture, il fut amené dans une cour de ferme où le groupe récupéra un cochon, puis il fut assassiné d’une rafale de mitraillette contre le mur d’un chemin quartier Parot à Saint-Marcel-d’Ardèche. Le village sortit traumatisé de la période d’autant que trois FFI marcellois furent fusillés à Saint-Remèze au cours de la même période (le 22 août) par les Allemands.

Quelques jours plus tard, les 7 et 12 septembre, 3 miliciens de Saint-Marcel furent exécutés par la Résistance.

L’épouse d’Albert Briand obtint pour son mari la mention « Mort pour la France ». Le 4 novembre 1944, le Comité de Libération de Saint-Marcel fit apposer en mairie une plaque en « mémoire de A. Briand, maire assassiné par les miliciens le 23 août 1944 ». Mais le village sortait divisé de la période. Lors des élections du printemps 1945, deux listes s’affrontèrent, l’une, d’union républicaine et anti-fasciste, soutenue par le comité de libération, l’autre dite d’Entente républicaine. La première obtint 5 élus et la seconde 7. La nouvelle municipalité inaugura le 15 septembre 1946 une stèle en mémoire d’« Albert Briand, maire de la commune de Saint Marcel, victime de la barbarie nazie, fusillé lâchement ». Le rôle de la milice disparaissait dans le vague d’une formule générale...

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209001, notice BRIAND Albert, Marcel par Jean-Louis Issartel, version mise en ligne le 19 novembre 2018, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Jean-Louis Issartel

SOURCES  : Arch.dép Ardèche : 72 W 368, 404 et 450.— Arch. dép. Gard 3 U 7 206 (cour Justice de Nîmes, dossier Béraud). — Arch. Mun. de Saint-Marcel d’Ardèche (état civil, délibérations municipales...).— Musée départemental de la Résistance en Ardèche et de la Déportation : 70 J 21. — Jean-Louis ISSARTEL , Il y a 70 ans, heures tragiques, heures glorieuses : l’assassinat du maire de Saint-Marcel-d’Ardèche par la milice au moment où l’Ardèche se libérait, MATP, n° 122, mai 2014. — Maurice PLANTIER : De la guerre à la Libération à Bourg Saint-Andéol, chronique des années 1939-1945, propos et témoignages. Brochure non datée, écrite une cinquantaine d’années après la guerre.— Jean-Marie GUILLON et Guillaume VIERA , La 8ème compagnie de la division Brandebourg, une pièce essentielle et méconnue de la lutte contre la Résistance Provence historique, fascicule 252, 2013.— Arch. Pers. famille Ludovic Chabredier et famille Briand.— Témoignage de Jacqueline Toupas, petite fille d’Albert Briand. — notes Jean-Marie Guillon.

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