CUSIN Gaston

Par Claude Pennetier

Né le 15 juin 1903 à Annecy (Haute-Savoie), mort en 1993 ; contrôleur des douanes puis haut fonctionnaire ; dirigeant syndicaliste confédéré (CGT) des douanes ; directeur de cabinets ministériels à l’époque du Front populaire ; délégué du président du conseil pour les relations interministérielles avec la République espagnole (1936-1939) et, à ce titre, organisateur du transport clandestin de matériel militaire vers l’Espagne ; résistant.

Gaston Cusin naquit en Haute-Savoie dans une famille de douaniers : « fils, deux fois petit-fils et neveu de douaniers » selon sa formule (Allocution de G. Cusin, 26 mai 1977). Son père et son oncle prirent part aux activités des Amicales et premier syndicat des douanes. Après des études secondaires au lycée Berthollet d’Annecy, Gaston Cusin devint, par concours, en janvier 1921, contrôleur adjoint des douanes. Il fit son service militaire au 27e Bataillon des chasseurs alpins en 1923 et en sortit sous-lieutenant. Il exerça sa profession à Modane (Savoie), Mulhouse (Haut-Rhin) puis Paris, tout en participant activement au syndicalisme CGT. En poste dans le Sud-Est, il avait été fortement impressionné par les récits de la résistance passive des cheminots italiens pendant la marche sur Rome des 27-29 octobre 1922. Une corporation comme celle des douaniers pouvait se battre avec d’autres armes que la grève traditionnelle pensa-t-il. Aussi, en 1926, organisa-t-il la première grève douanière par application du règlement (appelée couramment grève du zèle). La CGT utilisa ses compétences administratives et financières en le faisant participer, en 1928, aux travaux préparatoires de la commission Martin de classement de la fonction publique et, en 1930, aux projets syndicaux de réforme de l’administration et de création d’une école de douanes. Nommé le 1er août 1930 receveur des douanes à Saint-Gingolph (Haute-Savoie), Gaston Cusin aspirait à de plus hautes responsabilités administratives comme en témoigne sa candidature au concours de l’Inspection des finances en 1934 et 1935. À la même époque la CGT lui demanda de prendre part à des conférences sur la planification et la direction du crédit, avec J. Duret, A. Philip, R. Belin, R. Lacoste.

Gaston Cusin entra dans un cabinet ministériel dès mai 1936, en qualité de chef adjoint du cabinet du sous-secrétaire d’État aux travaux publics (deuxième ministère Sarraut, Pierre Mazé ministre). Il joua un grand rôle à l’époque du premier ministère Blum (juin 1936-juin 1937) comme sous-chef de cabinet du ministre des finances, Vincent Auriol. Il se chargea immédiatement d’organiser la nationalisation de la Banque de France et d’arbitrer les conflits sociaux dans les banques en bénéficiant du soutien de la CGT. Lors d’une intervention au Colloque Léon Blum (1965), il ne cacha pas son irritation devant la multiplication des arrêts de travail : « Les grèves, arrêtées par le vote des lois sociales, ont été relancées pour des motifs politiques. À cette agitation venait s’ajouter une effervescence purement politique liée aux affaires d’Espagne. Cette prolongation politique des grèves a sûrement été l’une des raisons pour lesquelles le bilan n’a pas été aussi bon qu’il aurait pu être » (Actes du colloque, p. 294). Avec d’autres experts, il s’intéressait aux thèses économiques de Keynes.

Les événements d’Espagne firent de l’ancien douanier un contrebandier pour raison d’État. Léon Blum l’avait choisi comme délégué pour les relations interministérielles avec la République espagnole. Il conserva cette fonction dans tous les cabinets jusqu’en 1939. Le 13 août 1936, il rencontra secrètement Thorez et Duclos : « je leur faisais savoir que pour tout ce qui concernait l’aide clandestine à l’Espagne, je serais le responsable au sein de l’appareil d’État, et le seul désormais auquel il leur était loisible de s’adresser ». Ses interlocuteurs lui indiquèrent son alter ego côté communiste : Giulio Cerreti dit Allard. D’emblée celui-ci spécifia « d’un ton irrité, que ni Thorez ni Duclos n’avaient rien à faire dans notre domaine commun, qui relevait de la seule Internationale, dont il tenait, lui seul, d’elle seule, mandat » (Les Brigades de la mer, p. 106). Cerreti reconnut en Gaston Cusin l’homme de la situation : « Il faut toutefois savoir gré à Vincent Auriol, écrivit-il dans ses souvenirs, d’avoir choisi comme chef de cabinet un homme dynamique, décidé et aux idées claires : Cusin. Lorsque Cusin répondait oui à une question, aucun ministre n’aurait pu le faire revenir sur sa décision. D’ailleurs Vincent Auriol ne demandait pas mieux que de s’en remettre à son collaborateur pour qu’il décide à sa place : en cas de pépin, il savait toujours à qui s’en prendre » (À l’ombre des deux T, p. 133). Blum posa toujours comme condition au soutien socialiste aux différents ministères à direction radicale, la totale liberté de Cusin, quelles que soient les décisions officielles concernant la fermeture des frontières et la politique du Quai d’Orsay. Utilisant la complicité de ses amis du syndicat des douanes et les renseignements que lui fournissaient les Affaires étrangères, le ministère de la Guerre et la Sûreté nationale, il put faire transiter par la France le contenu de près de quatre cents navires chargés de matériel militaire soviétique.

Ses fonctions officielles servaient surtout à couvrir ses activités en faveur de l’Espagne républicaine : directeur du cabinet du sous-secrétaire d’État aux finances (juillet 1937), chef adjoint du cabinet du ministre du commerce (janvier 1938, le directeur était Jean Moulin), chef de cabinet du ministre chargé de la coordination à la Présidence du conseil (Blum-Auriol) en mars 1938. Il participa alors à l’élaboration des projets financiers dits « Plans Blum ». Le ministère Daladier le désigna le 2 juillet 1938 au poste de directeur de l’Imprimerie nationale. Mobilisé le 21 août 1939, il fut affecté, sur sa demande, au 150e Régiment d’infanterie (front de Lorraine) puis, sur ordre, à l’État-major de la 4e armée avec grade de capitaine. Le gouvernement Paul Reynaud le nomma chef du service du blocus le 2 avril 1940, puis, après l’Armistice, le ministère Pétain le rétrograda aux fonctions de contrôleur financier à l’office de navigation. Gaston Cusin entra en contact avec la CGT clandestine et avec les mouvements de résistance Libération-Nord et l’OCM. Son « état signalétique des services civils et militaires » notait sa présence comme prisonnier politique au camp de Compiègne (matricule 3 937) en avril-mai 1942 arrêté préventivement comme otage. Mais, libéré, il devint, le 1er juillet 1942, chargé de la coordination des services régionaux de l’Économie nationale dans la zone sud. Le réseau de douaniers syndicalistes mis en place pendant la guerre d’Espagne lui servit à nouveau pour créer un service de renseignement et d’aide à la Résistance. De Gaulle le désigna aux fonctions de commissaire régional de la République le 3 octobre 1943 puis, à celles de délégué du Gouvernement provisoire de la République française à la Libération du Sud-Ouest le 28 août 1944.

Après la Libération de la France, Gaston Cusin fut un haut-fonctionnaire sans appartenance politique, mais, qui bénéficiait de bons rapports avec les milieux syndicaux et les diverses composantes de la Gauche. Ses principales fonctions furent : délégué du gouvernement provisoire au ministère de l’Économie nationale (1945), inspecteur général de l’Économie nationale (1946), secrétaire général du Comité économique interministériel (1947), président de l’Institut d’émission des États associés d’Indochine (1951-1954), Haut-commissaire de la République en Afrique occidentale française (1956-1958), conseiller d’État en service extraordinaire (1959), et membre du Conseil économique et social de 1964 à 1974 d’abord au titre des Territoires et départements d’outre-mer puis au titre des Activités diverses (touristiques).

Après la fin de sa carrière publique, il mena des activités « privées » dans le groupe UYA puis dans l’organisation des distributeurs indépendants du pétrole.

Gaston Cusin avait épousé le 6 septembre 1936 Huguette Milet dont il eut une fille : Michèle. Elle se maria en 1960 avec Louis Mexandeau, professeur d’histoire, élu député socialiste du Calvados en 1973 et nommé ministre des PTT en mai 1981.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21233, notice CUSIN Gaston par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 juillet 2009.

Par Claude Pennetier

SOURCES : « État signalétique des services civils et militaires de M. Gaston Cusin », 8 p., communiqué par G. Cusin. — « Allocution de Gaston Cusin à la Direction nationale des enquêtes douanières, le 26 mai 1977, pour l’inauguration de la salle Jean Dorval », 7 p. — « Contribution à l’histoire de la politique de la non-intervention : documents inédits », Cahiers Léon Blum, nos 2 et 3, décembre 1977-mars 1978. — Actes du colloque Léon Blum chef de gouvernement : 1936-1937, Paris, FNSP, 1967 (intervention de G. Cusin, p. 291-295). — D. Grisoni, G. Hertzog, Les Brigades de la mer, Paris, 1979 (témoignage de G. Cusin, p. 105-112). — G. Cerreti, À l’ombre des deux T, Paris, 1973. — Who’s who in France, 1975-1976. — Témoignage de Gaston Cusin.

ICONOGRAPHIE : D. Grisoni et G. Hertzog, Les Brigades de la mer. — A. Guérin, La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, t. V, p. 306.

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