ESTORGES Paul

Par René Gallissot

Né le 21 novembre 1894 à Sétif (département de Constantine), mort en 1973 à Alger ; instituteur en Algérie ; un des principaux diffuseurs du communisme dans l’Est algérien.

Le père de Paul Estorges venait de Corrèze et fit ses études à l’École normale de la Bouzaréah (Alger) ; il en sortit instituteur pour « l’enseignement des indigènes » ; sa mère était institutrice ; ils enseignèrent en Kabylie, près de Philippeville (aujourd’hui Skikda).
Paul Estorges passa son enfance en Kabylie. Il fit ses études à Constantine : école primaire supérieure et École normale. Engagé volontaire en 1914, il fit la guerre comme sergent-major dans une division de zouaves et tirailleurs coloniaux ; blessé, il fut démobilisé en 1919. Membre du Syndicat qui adhérait à la CGT pendant dix ans, il adhéra au syndicat de la Fédération unitaire de l’enseignement en 1930.
Marié en 1920 avec une institutrice, fille d’un cheminot, P. Estorges entra au Parti communiste en 1921 après avoir adhéré à l’ARAC, sous l’influence de la lecture de Barbusse. Il parlait le kabyle et l’arabe couramment. Il fut d’abord en poste dans l’Aurès de 1920 à 1924, puis dans un douar entre Batna et Constantine. Il fut nommé ensuite en différents postes dans l’Est algérien, à Collo, à Souk Ahras, et finalement près de Constantine, à Sidi Mabrouk qui est un dépôt de chemin de fer. En 1932, P. Estorges fut secrétaire adjoint du comité du rayon communiste de Constantine et, en 1934, il fut élu au comité de la Région d’Algérie ; à partir de 1936, il devint secrétaire de la section communiste de Constantine et entra au comité central du Parti communiste algérien.

Il fut le candidat du PC aux élections législatives de 1936 à Constantine, face au tout-puissant maire et député sortant Émile Morinaud, réélu avec plus de 6 400 voix ; Paul Estorges en obtenait 659 sur plus de 12 400 votants. Aux élections du conseil général en 1937, il fut candidat au Kroub, près de Constantine, et recueillit 79 voix contre 529 à son adversaire, le colon Eugène Meyer, conseiller sortant, “républicain d’ordre et français 100 %”. Aux élections municipales de 1938 à Constantine, il se retira au second tour pour assurer le succès du candidat socialiste.

Dans son rapport du 20 juin 1938 sur la situation dans la région communiste d’Algérie, Lozeray notait qu’Estorges, « resté sectaire », « n’arrive que très difficilement à comprendre et à appliquer la politique du Parti. Il faut le suivre de très près dans son travail et le remettre énergiquement sur la bonne voie chaque fois qu’il s’en écarte. Est très arabophone, ce qui l’amène parfois à un certain manque de clairvoyance sur les camarades arabes membres du Parti. Paraît cependant sérieusement attaché au Parti ».

Un rapport de police de 1939 donne Paul Estorges comme le principal organisateur des cheminots de Sidi Mabrouk et de la gare de Kroub. Paul Estorges fut arrêté en janvier 1940 et condamné à la prison, puis de nouveau jugé pour reconstitution de ligue dissoute et condamné à quinze ans de détention (procès dit des 61) ; il fut emprisonné à Barberousse, prison d’Alger, puis à Maison-Carrée, dans la banlieue d’Alger, et, enfin détenu au camp de Lambèze jusqu’en février 1943. Il avait été interdit de toute fonction publique.

Après avoir repris ses responsabilités à Constantine, il fut chargé par le PCA, après 1945, des questions paysannes, et fut l’organisateur du syndicat des petits cultivateurs algériens. Il fut expulsé d’Algérie en 1956 pour y revenir après l’indépendance et, retraité, s’installer à Alger auprès de son fils géographe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24034, notice ESTORGES Paul par René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2008, dernière modification le 29 janvier 2016.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat. F7/13130. — Arch. d’Outre-Mer. — RGASPI, 495 270 498, 517, 1, 1888. — Interview de Paul Estorges par Jean-Louis Planche, en 1976-1977. — Notes de Jacques Girault. — Dépouillement de presse et notes de L.-P. Montoy. — Notes de Jean-Luc Einaudi.

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