FOURNIER Joseph [FOURNIER Marie-Joseph, Julien, dit]

Par Claude Geslin, François Prigent

Né le 30 mars 1895 à Fougères (Ille-et-Vilaine), mort le 7 avril 1974 à Fougères ; ouvrier en chaussures ; syndicaliste CGT puis FO ; militant SFIO ; secrétaire de la section SFIO de Fougères (1923-1930) ; conseiller municipal SFIO (1925-1933, 1935-1941, 1945-1947) puis premier adjoint SFIO (1947-1959) de Fougères ; candidat socialiste aux législatives (1928, 1932, 1945, 1946, 1951, 1956, 1958) ; candidat socialiste aux cantonales (1931, 1937, 1945, 1949, 1951) ; candidat socialiste aux sénatoriales (1955) ; secrétaire-permanent du syndicat CGT de la chaussure (1929-1939 puis 1949-1960) ; secrétaire de l’UL CGT de Fougères (1932-1939) ; secrétaire adjoint de l’UD CGT d’Ille-et-Vilaine (1934-1939) ; secrétaire général (1934-1937) puis secrétaire général adjoint (1937-1945 et 1949-1960) de la Fédération nationale des Cuirs et peaux CGT (1934-1937) ; secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des Cuirs et Peaux FO (1949-1960) ; militant coopérateur, laïque et associatif.

Joseph Fournier
Joseph Fournier
Ouest journal, 13 septembre 1932

Fils d’ouvriers en chaussures, Joseph Fournier fut envoyé à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) avec sa sœur lors de l’exode des enfants de Fougères durant la grève de l’hiver 1906-1907. Passé par l’école laïque, il commença à travailler comme ouvrier dans la capitale de la chaussure dès l’âge de treize ans. Syndiqué à la CGT et militant de la SFIO, il fut l’une des figures du mouvement ouvrier de Fougères des années 30 aux années 60, prenant la suite de l’ancien leader des réseaux militants, Ernest Feuvrier.

Marié en novembre 1919, Joseph Fournier, secrétaire de la section SFIO entre 1923 et 1930 (il céda ensuite la place à Marcel Duval), fut élu conseiller municipal de Fougères en 1925. Marqué par la figure locale du coopérateur socialiste Henri Lepouriel (décédé en juin 1931 dans le naufrage du Saint-Philibert), il fut candidat socialiste aux élections législatives de 1928. En 1929, il cumulait les responsabilités politiques (3e adjoint du maire radical) et syndicales (secrétaire-permanent du syndicat général CGT de la chaussure). En 1931, Joseph Fournier se présenta aux élections cantonales à Fougères-Nord (23.7 % des suffrages exprimés), sans être en mesure de rejoindre Eugène Quessot, seul représentant SFIO à l’assemblée départementale entre 1919 et 1945.

Dès 1932, Joseph Fournier était secrétaire de l’UL-CGT, conduisant la grève de février-septembre 1932 (mobilisant 8 000 ouvriers grévistes) et répliquant à la concurrence de la CFTC et de la CGTU. Il fut à nouveau le porte-drapeau de la SFIO aux élections législatives en 1932. En 1933, les divisions entre radicaux et socialistes aboutirent à la démission des élus SFIO de Fougères, qui appelèrent à l’abstention lors des élections partielles en novembre-décembre 1933.

Membre de la commission administrative de l’UD-CGT en 1930-1932, il devint secrétaire-adjoint de cette UD en 1934 (conservant cette fonction après la réunification avec la CGTU fin 1935). Fin 1934, il fut élu secrétaire général de la Fédération nationale des Cuirs et Peaux CGT, dont le siège fut transféré à Fougères. En 1935, il rencontra à ce titre le président du conseil, Flandin, accompagné de Léon Jouhaux.

En 1935, la liste SFIO subit un recul électoral important aux municipales, avec seulement 3 élus (Joseph Fournier, Eugène Trébourg et Edmond Hébert), à contre-courant de l’implantation socialiste dans le reste du département. En 1936, il céda la place à Émile Helleux (1889-1965), coopérateur passé par la SFIC, comme candidat SFIO aux élections législatives, l’Ille-et-Vilaine étant le seul département breton a ne pas porter d’élu socialiste au Palais-Bourbon. En 1937, il fut à nouveau candidat aux élections cantonales, soutenu par une section socialiste puissante, doté par exemple d’un groupe de Faucons Rouges et d’une structure socialiste féminine menée par Germaine Labbé.

En 1937, l’éloignement de Paris l’obligea à devenir secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des Cuirs et peaux CGT. Il faisait partie des treize délégués d’Ille-et-Vilaine au congrès de l’unité de la CGT à Toulouse le 2 mars 1936. Le 28 novembre 1938, Joseph Fournier participa à la commission de l’UD qui signa un tract appelant à la grève générale pour le 30 novembre, étant même arrêté ce même jour à Fougères pour participation à une manifestation interdite sur la voie publique.

Exclu du conseil municipal par le gouvernement de Vichy, Joseph Fournier n’eut aucune activité résistante ni même militante entre 1941 et 1944. Exclu à vie de toutes les organisations syndicales le 6 décembre 1944 « pour collaboration avec le gouvernement de Vichy », il fut violemment attaqué en 1945 par les communistes qui lui reprochaient son attitude sous l’Occupation (pacifisme intégral et rôle dans la Charte du travail) et voulurent l’éliminer des fonctions syndicales. Soutenu par la majorité des ouvriers fougerais, il put surmonter ce passage difficile et, dès le 8 septembre 1945, Teitgen, ministre MRP de la Justice, lors d’une réunion publique à Fougères, admit, à la satisfaction générale de l’assemblée composée de 4 000 personnes, et malgré les attaques du communiste Neveu, que Fournier avait été épuré de ses activités syndicales pour des motifs politiques et jugé sans avoir été entendu.

Secrétaire de section, cet anticommuniste virulent fut de nouveau conseiller municipal SFIO en 1945, avant de devenir premier adjoint du maire MRP Réhault entre 1947 et 1959, date à laquelle les socialistes furent éliminés du conseil municipal par le nouveau régime électoral (Fougères bascula au PS à partir de 1983, avec Jacques Faucheux). Déjà candidat aux cantonales (25 % des voix), Joseph Fournier fut candidat SFIO aux élections législatives d’octobre 1945 (19,7 % des suffrages exprimés) et juin 1946 (19,4 %), qui virent le retour à l’Assemblée Nationale de Albert Aubry, déjà député en 1919.

Mais il reprit seulement en juillet 1949 ses responsabilités syndicales, dans le cadre de FO, très largement majoritaire à Fougères dans les mondes ouvriers de la chaussure. À la différence des leaders fondateurs du syndicalisme CGT d’Ille-et-Vilaine de la génération précédente (Charles Bougot, Ernest Chéreau, Jean-Marie Batas, Ernest Feuvrier) qui restèrent toujours très fermes sur le principe de l’indépendance syndicale (Bougot et Feuvrier acceptant cependant des mandats municipaux au nom de la SFIO), Joseph Fournier mit nettement l’accent sur l’action politique tout en demeurant un leader syndicaliste de premier plan.

En 1949, il fut une nouvelle fois candidat aux élections cantonales avec 20.7 % des voix : la SFIO qui comptait trois élus après 1945 (Eugène Quessot à Rennes, Jules Besnard à Pleine Fougères et Jean-Marie Trocherie à Antrain) perdit successivement tous ses sièges (1948, 1949, 1951), la gauche restant absente du conseil général jusqu’en 1973.

Joseph Fournier figurait sur les listes de la SFIO aux élections législatives en 1951 (12.4 % des suffrages exprimés, Albert Aubry élu décéda peu de temps après) et 1956 (7.1 % des voix, Alexis Le Strat élu grâce aux apparentements). En 1955, il fut également candidat aux sénatoriales (84 voix), en compagnie du maire de Saint-Jacques-de-la-Lande, Jean Pont (87 voix), sans être en mesure de récupérer le siège occupé par le secrétaire fédéral Eugène Quessot entre 1946 et 1948. En novembre 1958, avec son suppléant Edmond Hébert, Joseph Fournier obtint 4093 voix et 9.9 % des voix lors des législatives, arrivant seulement en 4e position.

Entre 1946 et 1955, il mit une grande énergie militante pour développer un cinéma laïque, afin de soustraire au contrôle de l’Église ce type de loisirs modernes, comme en témoignent plusieurs lettres envoyées via Albert Aubry à Guy Mollet*. Directeur du cinéma laïque de Fougères, il fit même évoquer cette question au congrès national de la SFIO à Puteaux en 1955.

Très actif dès la scission en raison de ses rapports heurtés avec le PCF depuis les années 30, Joseph Fournier était une figure dirigeante de FO, jusqu’à son décès en 1974. Secrétaire de l’UL-FO dès 1949, il était un relais essentiel de l’action menée par les différents secrétaires de l’UD, par ailleurs adhérents rennais à la SFIO (Hervé Gloaguen*, Paul Collinot*, Hubert Mespièdes*, André Cahn*, Noël Eliot*). Toujours secrétaire de l’UL au congrès de 1957, il était secondé à Fougères par Constant Beaufils (syndicat des employés), Noël Marcel (syndicat des municipaux), Pierre Chemin (syndicat de la chaussure). Joseph Fournier était par ailleurs secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des Cuirs et Peaux FO entre 1949 et 1960.

Lors du congrès de l’UD tenu en avril 1960, la cessation des fonctions syndicales de Joseph Fournier fut annoncée en raison de son départ à la retraite. Lors du congrès départemental du 19 mars 1962, réunissant 60 délégués, Joseph Fournier ouvrit les débats en mettant en avant son successeur à la tête de l’UL, Louis Boursin (qui fut candidat socialiste suppléant aux législatives de 1962).

Délégué cantonal de l’Éducation nationale, Joseph Fournier restait un dirigeant majeur de la SFIO en Ille-et-Vilaine, véritable relais local d’un milieu socialiste en rétraction, ancré sur les matrices laïques et anticommunistes. D’ailleurs, il refusa la proposition de Charles Lecomte* (professeur, secrétaire fédéral entre 1966 et 1969) d’être candidat FGDS aux législatives de 1967, arguant de ses soixante-treize ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24709, notice FOURNIER Joseph [FOURNIER Marie-Joseph, Julien, dit] par Claude Geslin, François Prigent, version mise en ligne le 24 février 2009, dernière modification le 28 mars 2015.

Par Claude Geslin, François Prigent

Joseph Fournier
Joseph Fournier
Ouest journal, 13 septembre 1932

SOURCES : Arch. Dép. d’Ille-et-Vilaine, série M et 328 W 16. — Arch. de l’OURS, dossiers Ille-et-Vilaine. – Arch. Fédérales du PS d’Ille-et-Vilaine. — Arch. PPO carton 300 - Arch. Jean Maitron. — L’Aurore d’Ille-et-Vilaine, 1923-1940. — Le Semeur d’Ille-et-Vilaine, 1930-1939. — L’Aurore socialiste, 1945-1950. — L’Espoir socialiste, 1951-1959. — Entre Nous, 1935. — La Botte Rouge, 1931. — Ouest-France, 1955-1968. — Renseignements fournis par Joseph Fournier. — Entretiens avec Jacques Faucheux et André Marivin*. — Mairie de Fougères. — G. Lefranc, Les Expériences syndicales, op. cit. – François Prigent, « Les élus socialistes en Bretagne : réseaux, trajectoires et identités des années 30 aux années 80 », in Christian Bougeard (dir), Un siècle de socialismes en Bretagne. De la SFIO au PS (1905-2005), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 207-220. — - Comptes rendus des congrès confédéraux de 1950 à 1959. - Force Ouvrière, hebdomadaire de la CGT-FO, 4 mai 1960, 1er mai 1974.

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