ANNAT Antoine [ANNAT Joseph, Napoléon, Antoine]

Par Thomas Bouchet, Jean-Michel Cosson, Jean Risacher et Jean-Claude Vimont

Né le 25 messidor an X (14 juillet 1802), à Espalion (Aveyron) ; ouvrier ou marchand corroyeur puis ouvrier cambreur parisien ; républicain, membre de sociétés secrètes et participant à plusieurs complots sous la monarchie de Juillet.

Issu d’une famille de la petite-bourgeoisie, Antoine Annat monta très tôt à Paris pour y exercer la profession d’ouvrier corroyeur. En 1832, célibataire, Annat demeurait 9 rue de la Coutellerie (VIIe arr. ancien, actuel IVe). Le 5 juin 1832, il participa aux manifestations qui suivirent l’enterrement du général Lamarque. Il combattait près de la dernière barricade qui tenait encore, à l’aube du 6 juin, au cloître Saint-Merri. Arrêté, il fut inculpé d’appel à la révolte, d’atteinte à la sûreté de l’État, de tentative d’homicide volontaire sur des gardes nationaux avec circonstances atténuantes et incarcéré à La Force en août 1832. Il fut jugé en cour d’assises le 7 novembre 1832 et condamné à cinq années de réclusion, peine commuée le 21 mars 1833 en cinq ans d’emprisonnement. Après la Conciergerie, il fut écroué à Sainte-Pélagie le 10 décembre 1832, où il resta en dehors des discussions et des actions politiques menées par les détenus républicains. Il y demeura jusqu’au 21 juin 1835 pour être confié au maire de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) sous surveillance judiciaire lors de son transfert dans la maison centrale de Clairvaux (Aube). Il bénéficia d’une mesure de grâce le 28 août 1836.
Inculpé dans l’attentat de Pierre, François Meunier* contre Louis-Philippe du 27 décembre 1836, il fut renvoyé devant les juridictions ordinaires comme affilié à des sociétés secrètes. Il avait en effet été reçu à la Société des Saisons. Il était entré en contact avec Aloysius Huber*, qui fut chef de section à la Société des Droits de l’Homme et fut emprisonné à la suite du complot de Neuilly. Avec un petit groupe, dont Laure Grouvelle*, Vincent Giraud et Jacob Steuble*, ils décidèrent de monter un complot contre la vie du roi que l’on appela le complot de Boulogne. Par un pur hasard, la police fut mise au courant de l’attentat et procéda à l’arrestation des comploteurs. Antoine Annat et ses complices, inculpés de tentative de complot dans le but de renverser le gouvernement passèrent devant la cour d’assises de la Seine du 7 au 25 mai 1838. Le procès eut un grand retentissement. Défendu par Emmanuel Arago*, Antoine Annat ne fut condamné qu’à cinq ans de prison. Il fut écroué à la maison centrale de Fontevrault puis transféré, le 11 juin 1839, à la citadelle de Doullens, où le ministre de l’Intérieur Duchatel tenta d’appliquer aux détenus politiques un régime d’incarcération cellulaire. Il y fit partie, avec Marcellin Dussoubs*, Pierre Lardon* et Raban*, des « perturbateurs » qui, en juillet 1839, chantaient à tue-tête des chants révolutionnaires pour protester contre une ration de pain insuffisante et un isolement abusif. Il n’eut de cesse de se révolter jusqu’à ce que, sous prétexte de maladie, il soit extrait le 4 (ou le 6) novembre 1839 pour être conduit à Paris en voiture cellulaire. Le 4 avril 1840, le directeur de la prison se souvenait encore avec effroi des désordres provoqués par Annat. Il fut renvoyé en surveillance dans son pays d’origine, à Espalion où, selon certaines sources, il aurait été pris en flagrant délit de propos régicides en octobre 1841. Cela ne l’aurait pas empêché d’être compromis dans l’attentat François Quénisset* et, selon certaines sources, arrêté le 12 septembre 1841 à l’occasion d’une émeute place du Châtelet, avec Gabriel et Jean Charavay*, Forubutary du Moniteur républicain etc.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article25198, notice ANNAT Antoine [ANNAT Joseph, Napoléon, Antoine] par Thomas Bouchet, Jean-Michel Cosson, Jean Risacher et Jean-Claude Vimont, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 18 juillet 2017.

Par Thomas Bouchet, Jean-Michel Cosson, Jean Risacher et Jean-Claude Vimont

SOURCES : Arch. Nat., BB18/1330, CC 597, CC 616. — Arch. Dép. Paris (Seine), Registres d’écrou DY4 30/7181 (1832) et DY8 7/629 (1832-1835). — Arch. Dép. Somme, Registres d’écrous, série Y/b-15. — Les Cahiers rouergats, Rodez, Revue trimestrielle, n° 5, juin 1971. — Cour des Pairs. Procès politiques, 1835-1848 Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1984. CC 709 d 5 n° 47 et 791. — Ph. Matthey, Les membres des sociétés secrètes républicaines parisiennes sous la monarchie de Juillet, mémoire de maîtrise sous la direction de Philippe Vigier, Paris X, 1986. — J.-Cl. Vimont, Enfermer les politiques. Aux origines des régimes de détention politique (1810-1848), Thèse dact., Paris VII, 1991, 1295 pages. — L.-A. Blanqui, Œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993. — Thomas Bouchet, Les 5 et 6 juin 1832. Expressions, usages, traces de l’événement, Thèse d’histoire, Université de Bourgogne, Dijon, 1997.

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