DELAMARRE Félix

Par Gauthier Langlois

Né vers 1816 à Tours (Indre-et-Loire) ; graveur à Bressuire (Deux-Sèvres) ; militant socialiste, opposant au coup d’État du 2 décembre 1851 il fut expulsé et se réfugia à Jersey et aux États-Unis.

Il était installé à Bressuire lorsqu’il fut arrêté à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851. Le 11 février 1852, la Commission mixte des Deux-Sèvres prit à son égard la décision suivante :

« Attendu que Delamarre s’est associé, depuis quelques années, aux menées socialistes, en faisant de sa maison le lieu habituel de leurs réunions ; que c’est aussi chez lui que les démagogues ont tenu conciliabule, le 3 décembre, à l’occasion des événements de Paris, et en vue de ceux qui se préparaient dans le département ;
« attendu cependant que Delamarre, en dehors de ses exagérations politiques, se montre ouvrier laborieux et homme dont la moralité et les antécédents privés sont satisfaisants ; que c’est surtout par sa présence à Bressuire et par la facilité que les hommes du parti trouveraient toujours à se réunir chez lui, que son séjour y offre des dangers ; que son nom a été trouvé sur les listes saisies chez Charles Lagrange, le 2 décembre ;
« Delamarre Félix est désigné pour être expulsé momentanément de France. »

Il s’embarqua pour les États-Unis, où il s’installa comme graveur dans le Wisconsin. Peu de temps après, il adressa au ministre de la Police générale à Paris une requête pour obtenir l’autorisation de rentrer momentanément en France pour ses affaires. Le ministre de la Police générale rejeta la requête de Delamarre, le 4 octobre 1852 ; ce dernier, ayant renouvelé sa demande, obtint cependant l’autorisation de revenir à Bressuire pour un mois. Arrivé dans cette ville le 31 mai 1853, il adressa une demande de grâce à l’empereur, par l’intermédiaire du marquis de La Rochejacquelein, sénateur.

Il ne semble pas que ce recours en grâce ait reçu une suite favorable. En tout cas, sa permission étant expirée, Delamarre s’embarqua à Saint-Malo pour Jersey, le 7 juillet 1853. Réfugié à Jersey, il s’y retrouva avec nombre de proscrits dont Victor Hugo. Il participa à leurs activités politiques et notamment, le 21 octobre 1853, à l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey, qui déclara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III.

Avec Jean Courtès, Jean-Marie Ribaut, Auguste Lemeille, Auguste Le Floch, Joseph Lejeune et leurs familles il obtint pour lui et sa femme un passage gratuit du Gouvernement britannique pour l’Amérique. Ils partirent, en juillet 1854, pour Liverpool par le steamer City of Limerick. Puis, de là embarquèrent vers New-York.

De retour en France il obtint en 1882, en tant que victime du coup d’État du 2 décembre, une pension. Il était alors âgé de 68 ans et exerçait comme avocat à Bressuire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article29653, notice DELAMARRE Félix par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 août 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCE : Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 6/17, 4 M 15/4. — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Delamarre - Félix », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Robert Sinsoilliez, Marie-Louise Sinsoilliez, Victor Hugo et les proscrits de Jersey, Ancre de marine, 2008, p. 162.

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