GORET Camille, Émile, André

Par Jean-Pierre Besse

Né le 18 juillet 1906 à Paris (Ve arr.), mort le 26 septembre 1999 à Avignon (Vaucluse) ; avocat ; militant SFIO de la Somme, secrétaire fédéral à l’organisation (1951-1959) ; maire d’Amiens (1953-1959).

Fils d’un avocat, Camille Goret, docteur en droit, fut avocat à la Cour d’appel d’Amiens (Somme) et professeur à l’École de droit de cette ville.

Élu conseiller municipal d’Amiens sur la liste du maire radical-socialiste en mai 1935, Camille Goret fut suspendu de ses fonctions en 1940 et rejoignit dans la clandestinité la SFIO.

Nommé le 21 septembre 1944 membre du conseil municipal provisoire par la préfecture, il fut élu premier adjoint au maire, le socialiste Maurice Vast*. Les deux hommes devaient, pendant plus de trente ans, administrer la ville préfecture, non sans heurts et même en opposition à partir des années 1960.

Élu en avril 1945 sur la liste républicaine antifasciste et laïque composée de socialistes, de communistes et de radicaux-socialistes, Camille Goret devint cinquième adjoint. À la suite des élections municipales d’octobre 1947, qui marquèrent, comme dans de nombreuses communes, la rupture entre les deux grands partis de la gauche, Camille Goret fut confirmé dans ses fonctions grâce à l’apport des élus du MRP. Le report des voix des électeurs de ce parti lui permit, lors des élections cantonales de mars 1949, d’enlever au Parti communiste le siège de conseiller général d’Amiens-Sud-Est détenu par Augustin Dujardin. Arrivé deuxième au premier tour, il battit Dujardin au second. Camille Goret fut président du comité France-URSS en 1947-1948, mais fut obligé de démissionner à la fin de l’année 1948 et de confirmer cette démission en mars 1949 (entre les deux tours des élections au conseil général) à la demande du MRP, du RGR et des indépendants qui reportèrent leurs voix sur le candidat socialiste au deuxième tour des élections cantonales. Pourtant, il apporta une contribution active et présida le quatrième congrès départemental (29 mai 1949) de cette organisation proche du Parti communiste. Il fut élu par les congressistes membre du bureau départemental de France-URSS en mai 1949. André Bernard, personnage influent de la SFIO de la Somme, assistait aussi à ce congrès, mais y représentait la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et aurait joué un rôle de surveillance vis-à-vis de Camille Goret. Celui-ci resta un des dirigeants départementaux de France-URSS jusqu’en 1950 au moins. Lors du congrès fédéral de la SFIO du 23 mars 1952, Max Lejeune* reprocha à des membres du parti leur adhésion à France-URSS, chose qu’il n’acceptait pas. Camille Goret fut aussi un des promoteurs du comité France-Pologne d’Amiens et devait le présider à sa création en 1950, mais il dut se rétracter sur ordre de son parti. Les élections municipales de juillet 1950, consécutives à la dissolution du conseil municipal, confirmèrent une nouvelle fois Camille Goret dans ses fonctions de conseiller et il fut élu deuxième adjoint, chargé en particulier de l’urbanisme et de la reconstruction.

Candidat aux élections législatives de juin 1951 en troisième position sur la liste de son parti, Camille Goret ne fut pas élu, la SFIO ayant obtenu deux sièges. Il commença à la même époque une carrière au sein de l’appareil socialiste départemental et fut élu secrétaire fédéral à la propagande en septembre 1951, puis l’année suivante secrétaire à l’organisation, fonction qu’il occupa jusqu’en avril 1959. Camille Goret avait également assumé les responsabilités de secrétaire fédéral de l’Union des élus municipaux et cantonaux de 1947 à 1952. Membre de la CEF en 1951, il fut délégué pour le congrès national d’Asnières en juin 1953. Il fut aussi, sans succès, candidat aux élections sénatoriales de mai 1952.

Les résultats des élections municipales de mai 1953 mécontentèrent Maurice Vast qui estima ne pas disposer d’une majorité suffisante (quatorze SFIO, quatorze communistes, sept indépendants et deux MRP) et décida de renoncer à son poste de maire. Ce fut Camille Goret qui fut alors élu maire d’Amiens et poursuivit le travail de reconstruction de la ville entamé par son prédécesseur. Réélu conseiller général en avril 1955 face au député communiste Louis Prot*, il échoua une nouvelle fois aux élections législatives de janvier 1956. Il était toujours en troisième position sur la liste qui conserva deux élus. Aux élections législatives de novembre 1958, Camille Goret porta les couleurs de son parti dans la 1re circonscription de la Somme, avec Maurice Vast comme suppléant, et obtint 14 760 voix sur 53 447 suffrages exprimés. Bien que distancé par le communiste René Lamps* il se maintint au second tour, permettant ainsi au gaulliste Moore de l’emporter de peu (19 748 voix contre 19 384 voix à Lamps). Camille Goret améliora son score du premier tour, recueillant 15 629 voix sur 54 758 suffrages exprimés. Lors des élections municipales de mars 1959, Camille Goret dirigea la liste SFIO qui fut une nouvelle fois distancée par la liste communiste, mais la modification de système électoral imposait de nouveaux choix. Certains socialistes, derrière Maurice Vast, choisirent de se présenter sur une liste de coalition avec la droite ; Camille Goret refusa de conduire cette liste sur laquelle il figurait cependant.

En avril 1959, pour tenir compte des changements apportés par la Constitution de la Ve République au mode de scrutin législatif, la fédération socialiste de la Somme modifia ses structures. Camille Goret devint responsable de la circonscription d’Amiens et, de ce fait, membre du bureau fédéral, instance qu’il quitta l’année suivante à l’issue du 52e congrès administratif. Il fut aussi, de 1952 à 1955 puis de 1959 à 1964, le secrétaire de la section d’Amiens, laquelle s’opposait de plus en plus aux choix politiques de la direction départementale. Au congrès politique de juin 1960, Camille Goret défendit avec Germain Obry* la motion Gazier*. Il appartenait à la délégation de la Somme, représentant la fédération au congrès national avec Max Lejeune*, Roger Fouquet* et Robert Page.

En juin 1961, lors des élections cantonales, Camille Goret, distancé au premier tour par le candidat communiste Michel Couillet, se maintint au second tour où il fut très largement battu (4 614 voix contre 5 945 à son adversaire). Il fut élu en septembre 1961 président de l’office municipal d’HLM et, en mars 1963, revint siéger à la commission exécutive fédérale. Les tensions entre la section et la direction départementale, mais aussi entre la section et la municipalité, conduisirent à la partition de la section SFIO d’Amiens en quatre secteurs en 1964. Ces quatre nouvelles sections recoupaient en fait les limites administratives des quatre cantons qui divisaient la ville. Dans le cadre de la préparation des élections municipales, l’objectif était de diviser les opposants à Maurice Vast. La décision de ce dernier de former une liste avec les gaullistes conduisit à son exclusion du parti à la veille du scrutin de mars 1965. Camille Goret, devenu secrétaire de la section Bernard-André (Amiens Sud-Est), prit alors la tête d’une liste d’union de la gauche composée de seize socialistes, dix- sept communistes, deux radicaux et deux membres du PSU, mais échoua face à la liste de Maurice Vast (21 796 voix contre 29 843 à son adversaire).

Fortement secouée par ces élections, la section d’Amiens fut réunifiée en 1966, Camille Goret retrouva le secrétariat. Il fut élu en mars 1971 sur la liste d’union de la gauche dirigée par René Lamps, mais ne se représenta pas en 1977.

Membre de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), il fut le conseiller juridique de la fédération de la Somme à partir de 1945, jusqu’à la fin des années 1960 au moins. En 1947, il fut délégué à la propagande de la LDH de la Somme ; en 1967, il était vice-président départemental. Il fut aussi l’avocat conseil de l’UD-FO de la Somme et de l’UL-FO d’Amiens dans les années 1950 et 1960.

Sa première épouse, Jeanne née Prieur, avocate, milita aussi à la SFIO. Elle fut candidate en avril 1958 aux élections cantonales à Amiens-Nord-Est, sans succès, face au conseiller sortant communiste Léon Dupontreué. Camille Goret se remaria à Mormoiron (Vaucluse) en mars 1991 avec Gilberte Deneux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49624, notice GORET Camille, Émile, André par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 28 mars 2009, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Jean-Pierre Besse

SOURCES : Arch. de l’OURS, dossier Somme. — Arch. FJJ, dossier Somme. — Arch. Dép. Somme, 21W306, 21W429. — Arch. Mun. d’Amiens, série D. — Le Cri du peuple, 1944-1968. — Le Courrier picard, 1945-1980 .— Alain Trogneux, Amiens années 50, Amiens, Éditions Encrages, 1997. — Notes de Julien Cahon. — État civil.

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