FOLLEZOU Marie [née OFFRET Marie, dite « Jeanne »]

Par Jean-Pierre Ravery

Née le 3 février 1910 à Saint-Agathon (Côtes-du-Nord), morte le 11 mars 2004 à Villejuif (Val-de-Marne) ; militante communiste bretonne, résistante déportée ; gardienne d’école à Villejuif (Seine, Val-de-Marne).

Marie était la fille d’un charron, Yves-Marie Offret (1883-1952) et de Marie Thérèse Mahé qui était débitante à Saint-Agathon. Peu après sa naissance, la famille s’installa place Saint-Michel à Guingamp. Elle était l’ainée de trois frères (Jean, Louis et Yves). Bonne élève, elle passa haut la main son certificat d’étude. Un prêtre vint proposer à ses parents qu’elle poursuive ses études et devienne religieuse. Anticlérical, son père qui venait d’adhérer au PCF, refusa.

Marie devint apprentie couturière et passa son CAP. Elle travailla ensuite comme vendeuse de lingerie dans le grand magasin « Dames de France », place du centre à Guingamp. Elle épousa le 10 juin 1932 Émile Follezou (1901-1969) avec lequel elle ouvrit un commerce en confiserie. En 1939, après l’interdiction du PCF, le père de Marie fut arrêté et malmené par les gendarmes. Cela n’empêcha pas toute la famille d’entrer en résistance.

Lorsque l’ancien dirigeant de la fédération communiste des Côtes-du-Nord, Pierre Le Queinnec, s’évada du camp de Châteaubriant où il avait été interné, il vint se planquer chez les parents Offret. Marie et sa belle-sœur Odette (l’épouse de Louis Offret qui était à ce moment là prisonnier de guerre) se mirent à la disposition du PCF clandestin, multipliant collages d’affichettes et diffusions de tracts. Odette, qui était sténodactylo, les tapait. La ronéo était cachée chez Mme Le Gall, fermière à Plouisy, une veuve mère de huit enfants. Marie et Odette participèrent aussi à une manifestation de femmes de prisonniers devant la sous-préfecture de Guingamp organisée par Denise Ginollin, responsable interrégionale pour les Femmes. La confiserie de Marie Follezou devint un lieu de rendez-vous pour les militants du parti communiste clandestin. Les FTP y cachèrent également un temps des armes et des explosifs. Son frère Yves en effet était un membre actif de l’OS. Ainsi, dans la soirée du 2 décembre 1942, accompagné de Prosper Jeannic, il déposa une bombe artisanale contre une fenêtre du Soldatenheim de Guingamp (trois militaires allemands blessés). Arrêté le 5 août 1943, Yves Offret fut déporté à Neuengamme où il décéda. Odette Offret fut capturée trois jours plus tard et déportée à Ravensbrück. Remarquée pour son courage et son allant, Marie Follezou était devenue quant à elle agent de liaison de « l’intercadre » pour la Bretagne, Charles Mahé alias « Casino », alias « Max » (voir ce nom). Le pseudonyme de « Jeanne » lui fut attribué. Tous les dix jours, elle se rendait à Paris pour y rencontrer le « national-cadres » Pierre Longerey (voir ce nom) alias « Duguet ». Elle assurait également des liaisons régulières avec Auguste Delaune alias « Robert », responsable politique pour la Bretagne. Le 27 juillet 1943, « Max » et « Jeanne » avaient rendez-vous avec ce dernier au Mans. Mais « Robert » fut intercepté et grièvement blessé par des policiers du SPAC (service de police anti-communiste) d’Angers. Quelques heures plus tard, Charles Mahé et Marie Follezou étaient arrêtés sur dénonciation dans la « planque » que leur fournissait un cheminot du Mans. Tous deux furent livrés aux services allemands.

D’abord internée à Compiègne, elle fut déportée à Ravensbrück le 1er février 1944. Affectée dans une usine de caoutchouc qui fabriquait des masques à gaz, elle sabotait son travail avec une épingle.
Rentrée en mai 1945, elle devint secrétaire de la section communiste de Guingamp. La fédération des Côtes-du-Nord du PCF lui demanda en septembre 1945 d’apporter son témoignage sur le comportement de Charles Mahé après leur arrestation. Pendant leur détention, ce dernier lui avait en effet avoué avoir « donné » le rendez-vous qu’il avait le 2 août 1943 à Bagneux avec Pierre Longerey, qui fut tué ce jour-là par la police allemande. À l’issue de cette confrontation, Charles Mahé fut exclu du parti séance tenante.

Le 8 juillet 1948, Marie Follezou mit au monde son fils Jean-Yves qui sera la grande fierté de sa vie. En 1951, elle se sépara de son mari (divorce prononcé en 1963). L’année suivante, après le décès de ses parents, Marie décida de rejoindre à Clichy son frère Louis qui était devenu gazier. Elle habitait 75 rue de Paris à Clichy et travailla un temps chez « Olida ». Elle obtint ensuite un emploi réservé de « femme de service temporaire » à la ville de Clichy. En 1955, elle toucha un rappel de solde de déportation pour la période du 27 juillet 1943 au 7 mai 1945 d’un montant de 34 125 francs qui lui permit plus tard de payer les études de son fils. Marie était pensionnée à 95 %. En août 1957, elle obtint le poste de gardienne de l’école Joliot-Curie, rue Jean-Baptiste Baudin à Villejuif, qu’elle conserva jusqu’à sa retraite.
Son fils était boursier au lycée Lavoisier. Après son bac en 1965, elle le persuada de se lancer dans des études de médecine qu’il conclut brillamment.
En avril 1983, Marie effectua un « pèlerinage » à Ravensbrück avec l’amicale des anciennes déportées. En décembre de la même année, elle passa le nouvel an en Union soviétique avec l’association France-URSS. (Elle y avait déjà été une fois avec son fils en 1974).

Marie était membre de nombreuses organisations progressistes : FNDIRP, ANACR, France-URSS, Secours Populaire, Union des Sociétés Bretonnes d’Ile-de-France, etc… Elle effectuait régulièrement d’importants versements de soutien. Ainsi en 1984, elle versa 3 000 FRF à la souscription lancée à l’occasion du 80e anniversaire de l’Humanité. La même année, elle versa 1 000 FRF pour la construction du Musée de la Résistance Nationale de Champigny sur Marne. En 1985, elle donna 1 000 FRF aux Jeunesses Communistes pour aider à l’envoi d’une délégation française au Festival mondial de la Jeunesse.

Marie avait toujours refusé la Légion d’Honneur que Marcel Hamon et d’autres auraient voulu lui faire attribuer depuis longtemps. Mais en 1996, souffrant déjà de la maladie d’Alzheimer, elle se laissa convaincre. (Elle avait été décernée à sa belle-sœur Odette en 1992). Marie Follezou était également titulaire de la Croix du combattant, de la Médaille du combattant volontaire de la Résistance, de la Médaille de la déportation et de l’internement pour faits de Résistance, de la Médaille de la France libérée et de la Médaille militaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49830, notice FOLLEZOU Marie [née OFFRET Marie, dite « Jeanne »] par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 10 avril 2009, dernière modification le 9 septembre 2017.

Par Jean-Pierre Ravery

SOURCES : Témoignage de Jean-Yves Follezou. — Archives de la CCCP. — Les cahiers de la Resistance populaire n° 3-4 de mars 1996 « Des femmes dans la Résistance – Côtes du Nord » édité par le comité pour l’étude de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord. — Christian Bougeard, Le choc de la guerre dans les Côtes du Nord 1939-1945, éditions Jean-Paul Gisserot, 1995.

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