FICTELS Alfons

Par Étienne Verhoeyen

Né à Anvers le 2 mars 1907, mort au camp de Sachsenhausen en mai 1942 ; chauffeur, chef du groupe anversois de “l’organisation Wollweber” (1937-1938).

Issu d’une famille nombreuse, il travaille dès son jeune âge surtout comme chauffeur, notamment aux installations portuaires d’Anvers. Souvent chômeur, il est entré au syndicat des ouvriers du transport (BTB - socialiste) en 1924 et au PCB en 1934. Également membre du SRI et des Amis de l’URSS.

En été 1936, le communiste anversois Victor Broucke (qui tombera plus tard en Espagne) lui propose de participer à une organisation secrète dirigée contre le fascisme et qui ne peut en aucun cas compromettre le Parti ou l’URSS ; Fictels accepte. Par l’intermédiaire de‘Rik’De Rijck, il est présenté à Schaap, qu’il ne connaît que sous le nom de ‘Charles’et qui lui expose les buts de l’organisation. Sur ses instructions, Fictels ‘démissionne ‘ du PCB fin 1936.

Début 1937, par l’intermédiaire d’une adresse de couverture (un coiffeur à Anvers) dont Fictels se servira souvent, il est approché par Lily De Korte-Jacobsen (courrier de Wollweber), à la demande de Schaap. Elle accompagne Fictels jusqu’à Amsterdam, où il rencontre Schaap et Wollweber dans la maison de Theo Fleere, adresse de couverture de Schaap. Selon les instructions de Wollweber, Fictels doit recruter des antifascistes convaincus qui couperont leurs liens avec le PCB/VKP et qui doivent travailler de préférence au port ou sur des bateaux allemands, italiens et japonais. Il s’agit en effet de placer des bombes sur les navires approvisionnant l’Espagne franquiste. Il en recrute cinq, presque tous membres du syndicat et du PCB. Avec deux de ceux-ci, Fictels, assisté par Schaap et plus tard par Lambert, organise deux attentats réussis : en novembre 1937 sur le vapeur italien ‘Boccaccio’qui coule devant l’île d’Ouessant (un officier mort) et en juin 1938 sur le vapeur japonais ‘Kasij Maru’(dégâts matériels).

Schaap et Lambert instruisent Fictels dans l’utilisation d’un code, basé e.a. sur un roman populaire de Vicky Baum. Il envoie des messages chiffrés à une adresse à Oslo utilisée par Wollweber, et il dispose également d’une autre adresse de couverture chez le docteur Arne Halvorsen, membre du Parti norvégien et faisant partie de l’infrastructure d’assistance mise en place par Wollweber en Norvège. Fictels dira aux Allemands, après son arrestation en 1940, ne pas avoir utilisé cette adresse. Début 1938, Lambert l’approche via le coiffeur anversois et l’invite à venir à Amsterdam (Fleere) où il rencontre de nouveau Schaap et Wollweber. Il y est question d’améliorer les techniques utilisée par les saboteurs du port, et peut-être aussi du remplacement proche de Fictels par un jeune communiste qu’il connaît depuis quelques années, Wilfried Wouters.

À partir de fin mai 1938 jusqu’au moins février 1939, Fictels est filé presque quotidiennement par des inspecteurs de la Police Judiciaire (PJ) d’Anvers. Aidés par un indicateur, membre du VKP, ceux-ci n’ont aucune peine à identifier Schaap et à suivre de près les rendez-vous de Fictels, notamment avec Wouters. En juillet 1938, le commissaire en chef de la PJ, transmet les noms de Schaap et de Fictels au consul général d’Allemagne à Anvers, qui informe bien sûr la Gestapo. Il est décidé toutefois de ne pas intervenir afin de découvrir d’autres membres du groupe.

Fictels est interné le 10 mai 1940 selon les lois qui autorisent le gouvernement d’arrêter administrativement des personnes ‘suspectes’ou dont la présence sur le territoire national présente des risques pour la sécurité du pays ; les communistes sont considérés comme tels. Il n’a toutefois pas été déporté en France comme la plupart d’entre eux ; selon son acte d’accusation allemand, il est libéré à Anvers par les troupes allemandes, vers le 17 mai 1940. Il accepte de travailler pour la Wehrmacht comme chauffeur et est arrêté chez lui le 21 août 1940 par la Gestapo, en même temps que son frère Théo, qui a servi de boîte aux lettres et de dépôt d’explosifs. Il est probable que l’information dont disposait la Gestapo depuis 1938, grâce à la PJ, a servi lors de ces arrestations, qui s’effectuent d’ailleurs en présence d’officiers de la PJ, présents comme interprètes.

Déporté à Hambourg, où la Gestapo a formé un Sonderkommando pour instruire l’affaire du sabotage des navires sur un plan international, Fictels livrera des informations et quelques noms à ses interrogateurs allemands. Il mourra en mai 1942 au camp de Sachsenhausen sans avoir été condamné.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75829, notice FICTELS Alfons par Étienne Verhoeyen, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 5 août 2010.

Par Étienne Verhoeyen

SOURCES : Archives du Royaume Beveren, PK Antwerpen 2001 C, no. 1861-1862 (Fictels) ; Justice Militaire Belge, dossier G. Block-J. Celis (farde arrestation Fictels) ; Bundesarchiv Berlin, Z/C 10467 (acte d’accusation de Fictels et consorts) ; Politisches Archiv des Auswärtigen Amtes, Pol Geheim 8, Sabotage-Akten auf deutschen Schiffen, 1934-1938

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