GORSE Georges, Achille, Léon, Joseph

Par Gilles Morin

Né le 15 février 1915 à Cahors (Lot), mort le 17 mars 2002 à Paris ; professeur puis ambassadeur ; militant socialiste puis gaulliste ; député ACP SFIO de la Vendée (1945-1951), conseiller de l’Union française (1951-1958), député gaulliste des Hauts-de-Seine (1967-1993), maire (1971-1983) et conseiller général (1967-1988) de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ; secrétaire d’État aux Affaires musulmanes (16 décembre 1946-22 janvier 1947, gouvernement Blum), sous-secrétaire d’État à la France d’Outre-mer (28 octobre 1949-7 février 1950, gouvernement Bidault), secrétaire d’État aux Affaires étrangères (1961-1962, cabinets Debré et Pompidou), ministre de la Coopération (mai-novembre 1962, cabinet Pompidou), ministre de l’Information (7 avril 1967-31 mai 1968, gouvernement Pompidou), ministre du Travail (5 avril 1973-27 mai 1974, cabinet Mesmer).

Georges Gorse devint orphelin de père et de mère à l’âge de cinq ans et fut élevé par ses grands-parents à Nantes et en Vendée. Élève brillant, il vint à Paris pour entrer en hypokhâgne et khâgne au lycée Louis-le-Grand. Reçu au concours d’entrée de l’École normale supérieure en 1936, devenu professeur agrégé de Lettres, Georges Gorse exerça en 1939 au lycée français et à l’université du Caire. C’est là qu’il choisit de se rallier dès 1940 à la France-Libre. Membre des FFL, il dirigea les services d’information de la délégation de la France Libre au Caire, fut chargé de mission au Proche-Orient, puis en URSS en janvier 1943. Il exerça ensuite l’importante fonction durant une quinzaine de mois de directeur adjoint du cabinet du général de Gaulle à Alger. L’Ordre des compagnons de la Libération, sous l’influence de René Pleven, le désigna pour être l’un des six membres représentant la France combattante à l’Assemblée consultative provisoire (ACP) d’Alger.

Après la Libération, Gorse appartint à l’ACP de Paris en novembre 1944 et il fut désigné comme secrétaire de la commission des affaires étrangères. À ce titre, il se rendit en mission à Beyrouth, Bagdad et Damas pour préparer un rapport sur les problèmes du Proche-Orient et participa à la délégation française à la conférence de San Francisco.

Nouveau venu en politique, G. Gorse s’inscrivit à l’Union démocratique et républicaine de la Résistance et, le 8 juillet 1945, il fut élu au bureau politique de la première UDSR. Bien que totalement inconnu en Vendée, où il avait simplement des attaches familiales par sa grand-mère toujours domiciliée aux Sables-d’Olonnes, il fut présenté aux cantonales de 1945, puis aux élections à la Première Assemblée nationale constituante en octobre 1945 comme tête de liste SFIO-UDSR. Élu député (avec 33 139 suffrages sur 198 065 exprimés), il était le premier socialiste à être élu parlementaire en Vendée et surtout l’un des rares députés nouveaux qui rejoignirent le parti SFIO à travers son expérience résistante, avec des hommes comme Alain Savary, Robert Salmon, André Hauriou, Géraud Jouve et Daniel Jungersen.

Son mandat fut renouvelé le 2 juin 1946, avec 30 998 suffrages sur 204 165 exprimés, puis le 10 novembre 1946 (27 557 suffrages pour 198 076 exprimés), ce qui traduisait un lent effritement de sa position électorale.

Gorse fut l’un des vingt députés socialistes qui refusèrent de voter pour Thorez en décembre 1946, ce qui suscita des remous dans la fédération et le conduisit à rédiger un tract d’explication, rappelant que les communistes l’avaient combattu « à boulet rouge ». Il proposa sa démission de mandat de parlementaire à la fédération, qui la refusa. Il appartint à la commission des affaires étrangères pendant tous ses mandats, ainsi qu’à diverses autres commissions du Palais-Bourbon, et fut juré à la Haute cour de justice en 1948.

Georges Gorse connut une première et brève expérience ministérielle en devenant secrétaire d’État aux Affaires musulmanes du gouvernement Blum, du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947, il contribua au départ du contesté général Mast de Tunisie. Gaulliste de cœur, toujours soupçonné par ses camarades pour cela, il avait refusé de rejoindre le RPF.

Tout en représentant un département du grand Ouest, le député Gorse continua à être un spécialiste des questions musulmanes et de l’outre-mer, s’occupant des questions diplomatiques et des intérêts français au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il devint ainsi administrateur de la Société d’études et de réalisations industrielles, agricoles et commerciales du Moyen-Orient. En 1948, son nom fut prononcé pour succéder à Yves Chataigneau* en Algérie, mais c’est Naegelen* qui fut nommé. Il retrouva un maroquin comme sous-secrétaire d’État à la France d’Outre-Mer, du 28 octobre 1949 au 7 février 1950 dans le gouvernement Bidault. Après quoi, il fut délégué adjoint de la France à l’ONU en 1950.

Gorse fut battu aux élections législatives de juin 1951, du fait des apparentements. Sa liste fit alliance avec les radicaux socialistes, mais les deux listes catholiques (MRP et PRL) apparentées emportèrent la majorité absolue, et donc tous les sièges. Il fut alors désigné, à la demande de ses camarades socialistes, comme conseiller de l’Union française, le 2 août 1951, siégeant jusqu’en 1958 dans l’assemblée de Versailles, après avoir échoué de nouveau comme candidat aux élections législatives de janvier 1956.

Gorse continua à militer en Vendée, faisant des conférences, participant aux congrès départementaux des Anciens combattants et à des réunions socialistes. Il fut d’ailleurs appuyé par sa fédération lorsque, opposant à la CED, il fut indiscipliné en 1954.

Responsable d’un groupe de travail à la commission des affaires internationales de la SFIO en 1954-1955, après la victoire du Front républicain et après le 6 février 1956, il fut chargé de mission par Guy Mollet*, président du conseil du gouvernement de Front républicain auprès des nationalistes algériens et tunisiens. Il fut émissaire auprès de Nasser, précédant puis accompagnant Christian Pineau* au Caire le 14 mars 1956. Il participa aux premiers contacts secrets entre les représentants du FLN algérien et ceux du gouvernement Guy Mollet.

Après la crise de Suez, il fut chef de la délégation des usagers du Canal de Suez à Londres. Ambassadeur à Tunis le 30 janvier 1957, il succéda à Pierre de Leusse, jusqu’en janvier 1959. Sa fonction fut interrompue six mois, du fait de l’affaire de Sakhiet Sidi Youssef, mais le général de Gaulle revenu au pouvoir le reconduisit à ce poste le 23 juin 1958.

Gorse avait totalement approuvé le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958 et devint pleinement gaulliste à partir de cette date. Le gouvernement le nomma ensuite représentant permanent de la France auprès des Communautés européennes le 28 octobre 1959. Il aurait été associé à des contacts discrets avec le FLN en vue d’obtenir « la paix des braves », et fut nommé secrétaire d’État aux Affaires étrangères, le 18 mai 1961 (cabinets Debré et Pompidou), plus particulièrement chargé des relations politiques avec les États africains d’expression française et Madagascar. Le 16 mai 1962, après que cinq ministres MRP démissionnèrent du gouvernement pour protester contre ses conceptions européennes, Gorse remplaça Pflimlin comme ministre de la Coopération (cabinet Pompidou), jusqu’au changement de gouvernement en novembre 1962.

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, son ralliement au gaullisme était total. Il déclarait ainsi, lors du référendum de 1962, que la France ne devait pas se prononcer pour « un Petit-Clamart légal ». Son nom fut avancé pour être aut-Cocmmissaire en Algérie, pour la période de transition en mars 1962, puis pour le ministère de l’Éducation nationale en novembre suivant. Pour finir, il fut nommé ambassadeur de France à Alger en janvier 1963 et ne quitta cette fonction en 1967 que pour se présenter sous l’égide de la « Ve République » à Boulogne-Billancourt (10e circonscription des Hauts-de-Seine).Georges Pompidou et son conseiller Olivier Philip recherchaient un homme ayant un passé de gauche pour pouvoir emporter le siège tenu jusqu’alors par un socialiste décédé, Le Gallo*. Georges Gorse*, ancien résistant et député SFIO, l’emporta d’autant plus largement que le socialiste Georges Germain, avec 7 844 suffrages, fut devancé en 1967 dès le premier tour par le candidat communiste, Émile Clet (11 826 suffrages), et se retira. Élu conseiller général UDR dans le canton Nord de Boulogne-Billancourt en octobre 1967, il fut réélu jusqu’en 1988.

Gorse fut ensuite nommé ministre de l’Information, du 7 avril 1967 au 31 mai 1968 dans le nouveau gouvernement Pompidou. Il eut à gérer l’apparition de la publicité à la télévision, la couverture de la révolte étudiante et de la grève ouvrière et la crise de l’ORTF. N’étant pas repris dans le nouveau gouvernement en juin 1968, il fut envoyé en mission par le général de Gaulle en Égypte lorsque celle-ci imposa l’embargo à Israël, puis en 1969 au Liban, où les intérêts français étaient alors menacés.

Après l’élection de Georges Pompidou à la présidence de la République, Gorse poursuivit ses activités diplomatiques et fut chargé par Jacques Chaban-Delmas d’un rapport sur la coopération, dont la publication fut interdite, car, favorable à la coopération, il critiquait la pratique de Foccard. De nombreuses fuites lui donnèrent pourtant un grand écho dans la presse. Il présidait le Mouvement pour l’indépendance de l’Europe en 1971, favorable à la construction d’une Europe des Nations ,et présida aussi l’Association France-Algérie en 1972-1973.

Gorse, réélu député UDR en 1968, siégea à la commission des Affaires étrangères. Il remplaça Yves Chataigneau décédé à la présidence de l’Association culturelle franco-libanaise en avril 1970. En mars 1971, Gorse, poursuivant pour la majorité sa conquête locale, fut élu maire de Boulogne-Billancourt, contre le socialiste indépendant Agogue. Il conserva la mairie jusqu’en 1983.

Gorse fut ministre du Travail du 5 avril 1973 au 27 mai 1974 dans le cabinet Mesmer. En 1974, il appuya Jacques Chaban-Delmas pour le premier tour de l’élection présidentielle, puis Giscard d’Estaing pour le second tour. Ce dernier, une fois élu, lui confia diverses missions en Afrique et surtout au Moyen-Orient, notamment au Liban au début de la guerre civile en 1976.

En 1977, il était délégué national pour les affaires sociales du RPR.

Son épouse, Nadine Gorse, fille d’un ministre du roi Farouk, était l’auteur de plusieurs romans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88670, notice GORSE Georges, Achille, Léon, Joseph par Gilles Morin, version mise en ligne le 9 août 2010, dernière modification le 29 septembre 2010.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : Georges Gorse, Je n’irai pas à mon enterrement, Plon, 1992.

SOURCES : F/1cII/127/A. F/1a/3372. CAC, 19850085/15, n° 4871. — Arch. de l’OURS, dossiers Vendée. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-67. — Éric Duhamel,L’UDSR, 1945-1965, thèse d’histoire, Paris IV, 1993. — Noëlline Castagnez, Socialistes en République. Les parlementaires SFIO de la IVe République, Presses universitaires de Rennes, 2004.

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