CALMEL Louis, Joseph

Par Daniel Grason

Né le 14 novembre 1907 à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis), fusillé comme otage le 2 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; peintre en bâtiment ; dirigeant du club sportif et militant communiste de Gennevilliers ; résistant FTPF.

Louis Calmel.
Louis Calmel.

Louis Calmel était issu d’un milieu très modeste. Son enfance se déroula à Saint-Ouen, 29 rue Lécuyer, près de la Porte-Montmartre jouxtant le marché aux Puces. Ses parents étaient chiffonniers. Pupille de la Nation, il se maria en 1926 à Renée Couté ; ils eurent quatre enfants, deux filles et deux garçons. Ils habitèrent 74 rue de l’Arbre-Sec (Paul-Vaillant-Couturier) à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Il adhéra au PCF en 1939 et fut secrétaire de la cellule des Grésillons. C’était un passionné de sport qui excellait dans plusieurs disciplines, notamment l’athlétisme, le cross-country et la boxe anglaise. Il participait à la vie sociale de la commune comme moniteur dans les colonies de vacances et au patronage municipal. Moniteur de sport, il était la cheville ouvrière du « Club Sportif Ouvrier de la Banlieue Ouest » dont il était le secrétaire. Fondé en mai 1928, le siège social de ce club était au café Fahet, 93 rue de l’Arbre-Sec. L’arrêté du 22 octobre 1939 ordonna sa dissolution en application du décret du 26 septembre 1939.
Louis Calmel et Charles Blésy anticipèrent la dissolution et déclarèrent le 2 septembre 1939 en préfecture de police le « Club Sportif Olympique Gennevillois », dont le siège était à la même adresse que l’ancien club sportif. Les deux militants communistes décidaient ainsi de jouer la carte de la légalité, comme tentèrent de le faire d’autres militants, dans d’autres lieux. Le 21 décembre 1940, un nouvel arrêté préfectoral interdit le « Club Sportif Olympique Gennevillois ».
Une délégation spéciale remplaçant le conseil municipal élu en 1935, elle décida la liquidation de ses régies et licencia ou révoqua, en octobre et novembre 1939 trente-sept ouvriers et employés dont Louis Calmel, de son emploi de peintre le 4 novembre 1939.
Louis Calmel et Charles Blésy avaient-ils tenu imprudemment des propos au café Fahet ? Toujours est-il que deux gardiens de la paix du commissariat d’Asnières signalèrent dans un rapport au commissaire d’Asnières une clientèle suspecte. Le 4 décembre 1940, le domicile de Louis Calmel fut perquisitionné par quatre policiers de la Brigade politique du commissariat d’Asnières. Ils saisirent des tracts du PCF et une pétition demandant la libération des communistes emprisonnés. Louis Calmel reconnut qu’il n’avait pas varié dans ses opinions de militant communiste. Au domicile de Charles Blésy, les policiers trouvèrent trois tracts du Parti communiste. Ils furent condamnés par un tribunal correctionnel pour propagande communiste, infraction au décret du 26 septembre 1939, tentative de reconstitution du Parti communiste dissous. Charles Blésy, condamné à six mois de prison, fut libéré le 21 avril 1941 de la Santé.
Louis Calmel écopa de huit mois de prison qu’il effectua à la Santé et à Fresnes. Il fut libéré le 6 juin 1941, signant ce jour-là, un engagement sur l’honneur de ne plus se livrer à la propagande communiste et désavouant celle-ci sous toutes ses formes. Un geste que d’autres militants communistes firent pour donner le change aux autorités policières.
Trois semaines après sa sortie, apprenant l’arrestation de nombreux militants, une soixantaine environ, en prison et interné, Louis Calmel décida de vivre dans l’illégalité et prit contact avec des responsables de l’appareil clandestin. Il reçut de fausses pièces d’identité au nom d’André, Louis Guiot, né le 15 avril 1905 à Saint-Ouen, et était rétribué mille deux cents francs par mois. Il travailla plus particulièrement sur le XIIe arrondissement de Paris à l’organisation de la diffusion de la propagande.
Le 14 décembre, 1942, douze policiers de la police municipale du XIIe arrondissement contrôlaient les voyageurs à la station de métro Quai-de-la-Rapée. À 9 h 10, Louis Calmel descendit sur le quai, portant un paquet sous son bras. De ce fait il fut repéré ; un policier l’interpella, lui arracha le colis. Louis Calmel tenta de s’enfuir. Lors de la fouille au corps, les policiers trouvèrent : un pistolet automatique 6,35 chargé de sept balles dont une dans le canon, ainsi que dix-sept cartouches. Le paquet contenait trois carnets sur lesquels étaient inscrites les livraisons de matériel et de tracts du Parti communiste, un exemplaire de La Vie du Parti de novembre 1942 ; son portefeuille contenait mille quatre cent quatre-vingt-onze francs et dix centimes.
Louis Calmel fut emmené au commissariat des Quinze-Vingt puis remis dans la matinée entre les mains de quatre inspecteurs de la Brigade spéciale no 1 dont un homme de confiance du redouté Fernand David, commissaire divisionnaire responsable de la BS1. Louis Calmel était appointé par le Parti communiste depuis son passage dans l’illégalité et il avait la responsabilité d’un dépôt de matériel, situé au 269 rue de Bercy dans le XIIe arrondissement. Dans ce lieu, 500 000 tracts furent saisis, ainsi que des voitures à bras, une poussette et une bicyclette destinées au transport du matériel. Il habitait depuis huit mois au 33 rue Berzélius dans le XVIIe arrondissement où la perquisition fut infructueuse. Mais les policiers interpellèrent Hélène Fiquet, née le 3 novembre 1903, une marchande de quatre-saisons qui l’hébergeait et qui n’ignorait pas son activité. Celle-ci fut incarcérée, livrée aux autorités allemandes et déportée le 28 avril 1943 par le premier convoi de deux cent vingt femmes françaises qui partit de Compiègne à destination de Ravensbrück ; elle fut rapatriée le 3 juillet 1945.
En 1945, témoignant devant la commission d’épuration de la police, l’une des filles de Louis Calmel, Geneviève, déclara que « son père a certainement été frappé à la Brigade spéciale, car l’ayant vu quatre jours après son arrestation, il avait les lèvres enflées et violettes. Son linge sale reçu de la Préfecture était déchiré et taché de sang ».
Louis Calmel fut envoyé au dépôt de la préfecture de police, incarcéré dans une cellule du premier étage, côté infirmerie spéciale. Le 3 janvier 1943, il descella un barreau de sa cellule. Un gardien de ronde d’une coursive en surplomb remarqua la scène, et donna l’alerte. Immédiatement Louis Calmel reconnut les faits, disculpant ses quatre codétenus : Joseph Miret-Must, ancien député communiste catalan, arrêté en décembre 1942, par la suite déporté et exécuté par les nazis à Mauthausen en 1944 ; Adrien Bermand, Marcel Feutrel et René Caze, emprisonnés pour menées terroristes. Louis Calmel avait commencé après la promenade de 11 heures les préparatifs en vue d’une évasion. À l’aide d’un pied de lit brisé et de deux morceaux de lattes de sommier prises sur son lit, trois barreaux étaient déjà descellés.
Louis Calmel fut réclamé par les autorités allemandes et incarcéré au fort de Romainville pendant neuf mois. Il fut passé par les armes au Mont-Valérien à Suresnes, le 2 octobre 1943. Il faisait partie des cinquante et un otages fusillés, dont trente-sept communistes et quatorze membres du réseau Alliance, en représailles à l’attentat commis le 28 septembre, rue Pétrarque, contre le responsable allemand du Service de la main-d’œuvre en France, Julius Ritter. Les auteurs de cet attentat, les communistes FTP-MOI Marcel Rajman et Celestino Alfonso, furent ultérieurement arrêtés et fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien. Louis Calmel fut incinéré au cimetière du Père-Lachaise, puis inhumé au cimetière de Bagneux.
Le 14 janvier 1945, une cérémonie fut organisée par la municipalité de Gennevilliers pour l’inhumation dans le cimetière de la ville des huit fusillés de Gennevilliers : Jean Grandel, Henri Aguado, Louis Calmel, Henri Le Gall, Joseph Le Clainche, Georges Thoretton, Jules Larose, et Pavel Simo. Le matin, Charles Tillon, ministre de l’Air, vint s’incliner devant les dépouilles des défunts. L’après-midi, six mille personnes suivirent le cortège de la salle des fêtes des Grésillons jusqu’au cimetière, en présence notamment d’Arthur Airaud, inspecteur général des services, représentant le préfet de police. Des hommages furent rendus par Waldeck L’Huillier, maire de la ville, Henri Gourdeaux, secrétaire de la Fédération postale CGT et Eugène Hénaff pour le Parti communiste.
Une rue de Gennevilliers porte le nom de Louis Calmel depuis septembre 1947.
Louis Calmel a été déclaré « Mort pour la France » par le Ministère des Anciens combattants, homologué au titre des FFI et Interné résistant.
Texte du graffiti de la chapelle au Mont-Valérien :

CALMEL Louis 2-10-43
Mort pour la Bonne Cause
Mes fils vengez votre père. Vive le Parti Communiste,
VIVE LA FRANCE ! Vive l’UNION SOVIETIQUE !
J’embrasse tous : ma Renée chérie, mes enfants Geneviève,
Gilberte, Louis, Gilbert, Hélène, ma Mère, Gustave, André.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89712, notice CALMEL Louis, Joseph par Daniel Grason, version mise en ligne le 13 octobre 2010, dernière modification le 13 mai 2020.

Par Daniel Grason

Louis Calmel.
Louis Calmel.
Lors de sa première arrestation le 6 décembre 1940
Lors de sa première arrestation le 6 décembre 1940
Graffiti de la Chapelle des Fusillés au Mont-Valérien
C. Bourdon

SOURCES : Arch. PPo, BA 1928, BA 2116, BA 2117, BA 2373, GA G 9, KB 9, KB 28, KB 64, KB 67, KB 72, KB 89, KB 100, KB 104, GB 144 (photo). – DAVCC, Caen, B VIII dossier 6 (Notes Thomas Pouty). – SHD, Caen AC 21 P 37122. – Bureau Résistance GR 16 P 101841. – Arch. mun. Gennevilliers. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – FMD, Livre-Mémorial, op. cit.Boris Holban, Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle, Calmann-Lévy, 1989. – Le Travailleur de la Banlieue Ouest, 4 mars 1938. – Site Internet Mémoire des Hommes.— Site du Mont-Valérien.

PHOTOGRAPHIE : AM Gennevilliers, APP GB 144

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