AMOUDRUZ Robert, Henri, Aimé

Par Jacques Girault

Né le 29 décembre 1927 à Ville-la-Grand (Haute-Savoie) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant communiste en Haute-Savoie, adjoint au maire d’Annemasse.

Fils d’un manœuvre aux chemins de fer, sympathisant communiste, syndiqué à la CGTU, résistant, et d’une femme de ménage, membre du Parti communiste après la guerre, Robert Amoudruz fut élevé dans une atmosphère antimilitariste et anticléricale. Pendant ses études à l’école primaire supérieure, devenue collège d’Annemasse, membre des Jeunesses communistes au printemps 1944, il fut intégré dans une compagnie de Francs Tireurs et partisans jusqu’à la Libération.
Robert Amoudruz entra à l’École normale d’instituteurs de Bonneville. Adhérent aux Jeunesses communistes à la Libération, actif sur les plans politique et syndical, il fut menacé d’exclusion pour participation aux grèves de 1947. Il effectua son service militaire (octobre 1950-octobre 1951) dans l’infanterie. Admis comme élève officier de réserve, il termina son temps comme aspirant mais fut rayé du cadre de réserve pour avoir animé la campagne de signatures de l’appel de Stockholm à Saint-Julien de Genevois.
Instituteur dans différents postes ruraux en Haute-Savoie, à partir de 1948, dont Le Biot et Abondance, Robert Amoudruz épousa en décembre 1951 à Annemasse une institutrice, membre du PCF, Simone Vaudaux, fille d’un menuisier, avec laquelle il eut quatre enfants. Il fut nommé à Annemasse en 1962. Sa candidature pour un poste en cours complémentaire ne fut jamais acceptée ; il fut intégré en collège en 1967 comme instituteur de classes pratiques. Après avoir obtenu le CAP spécialisé, il devint professeur d’enseignement général des collèges (section Éducation nouvelle et technique). Il termina sa carrière au collège d’enseignement secondaire Paul Langevin de Ville-la-Grand en 1982.
Responsable "régional" dans les cantons de Saint-Julien-en-Genevois (1949-1950), d’Abondance (1953-1956), de Reignier (1958-1960), d’Annemasse (sans doute en 1962-1963), Amoudruz siégea automatiquement au conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, section que les "cégétistes" puis "Unité et Action" dirigeaient. Il fit partie du bureau (1948-1950) comme secrétaire de la commission des jeunes, aux orientations plus révolutionnaires, antiaméricaines, hostiles à la pédagogie jugée réformiste du SNI et aux instructions gouvernementales transmises par les inspecteurs primaires. Il participa à des congrès nationaux du SNI et fut secrétaire d’une association de parents d’élèves dans les années 1960.

Robert Amoudruz, secrétaire de la section de la FEN-CGT jusqu’en 1954, avait suivi les cours de l’école de la FEN-CGT par correspondance en 1949. En accord « mitigé » avec la décision du bureau politique qu’il exécuta « par discipline », il milita dès lors uniquement dans le SNI. Membre de la Fédération des œuvres laïques, il participa à diverses actions (sou des écoles, éducation physique et sportive). Il participa à la première école centrale réservée aux instituteurs communistes en septembre 1952 et en revint « exalté ». Il était dans son département le correspondant puis le responsable de la diffusion de L’École et la Nation après avoir été cité comme le meilleur abonneur de France. Il demeura le responsable fédéral du travail parmi les enseignants et participa régulièrement aux réunions nationales sur les questions des enseignants.
Amoudruz adhéra aux Jeunesses communistes en 1944 et au Parti communiste français en 1948 à Cran-Gevrier et anima la vie du parti dans le Chablais (bureaux des sections de Cruseilles puis d’Abondance). Depuis 1957 secrétaire de la section du Parti de Reignier, il fut ensuite le secrétaire de la section d’Annemasse. Membre du comité fédéral du début des années 1950 à 1974, il entra au bureau de la fédération en 1957. Le secrétariat du Parti donna son accord pour qu’il suive les cours de l’école centrale d’un mois en 1961, ce qui ne se fit pas selon son témoignage. Il se trouva à plusieurs reprises en conflit avec le représentant du comité central qui suivait la fédération. Notamment, il jugeait « contradictoire » la ligne politique suivie en direction des socialistes, « manque de fermeté » lors des élections et « sectarisme stérile » en d’autres occasions. Aussi ne fut-il pas renouvelé au bureau fédéral en 1963. A nouveau la question de son élection au bureau fédéral se posa en 1966. On lui reprocha de porter atteinte au centralisme démocratique et de ne pas respecter la discipline du Parti. Les membres du comité fédéral décidèrent de ne pas l’élire à une courte majorité relative. Il resta membre du comité fédéral, membre de la commission de l’enseignement et responsable à partir de 1977, de 1964 à 1979, date à laquelle il demanda à ne pas être réélu. Il se consacra alors à la section communiste d’Annemasse, affichant sa méfiance vis-à-vis de la stratégie du Programme commun. Pendant ce temps, il assurait des cours lors des sessions de l’école fédérale. Il occupa aussi diverses responsabilités dans les instances départementales du Mouvement de la paix et de France-URSS.
Robert Amoudruz, élu conseiller municipal d’Annemasse sur une liste d’union de la gauche à direction socialiste en 1983, occupa les fonctions de dixième adjoint au maire de juillet 1984 à 1989. Durant le mandat suivant, il fut conseiller délégué au syndical intercommunal de l’agglomération. Puis de 1995 à 2001, il occupa la délégation de la ville dans le SIDEGAGE (syndicat de gestion des déchets pour la région française Ain-Haute-Savoie entourant Genève). Il présida aussi la commission technique pour la construction d’une usine d’incinération à Bellegarde sur Valserine et la mise en place du transport des déchets par chemin de fer. Pendant ces mandats, il entra en conflit avec la fédération du Parti communiste qui le suspectait de « collaboration avec la social-démocratie » alors que la majorité socialiste du conseil continuait à le considérer comme le chef de file des élus communistes.
Amoudruz fut candidat du PCF aux élections législatives de 1951 sur la liste départementale, puis dans la troisième circonscription (Annemasse, Bonneville) le 18 novembre 1962, il obtint 7 507 voix sur 63 075 inscrits. Son désistement, sur décision du comité central, assurait la réélection du député MRP sortant, Philippe. Le 5 mars 1967, il réunissait 8 184 voix sur 70 360 inscrits. Son désistement pour le candidat de gauche n’empêchait pas l’élection du candidat UNR Maurice Herzog, scénario qui se renouvela le 23 juin 1968, où il reculait avec 7 024 voix sur 70 655 inscrits. Lors de ces deux dernières élections, il avait chaque fois participé activement aux campagnes des deuxièmes tours. Il fut aussi candidat à des élections au conseil général dans le canton de Ville-la-Grand (1961, 1967), d’Annemasse (1964). En 1970, non-candidat, il présenta le candidat De Bouard dans toutes les réunions.
En 1978, Amoudruz remit en cause la ligne politique du PCF qui privilégiait, selon lui, les alliances au sommet et entretenait des illusions avec le Programme commun. Aussi, dans plusieurs rapports, les représentants de la direction du Parti souhaitaient-ils que l’on surveille de près l’évolution des débats dans la section d’Annemasse. Il se sentit progressivement écarté de ses diverses responsabilités dans le Parti, notamment après la dissolution de la section d’Annemasse à la fin des années 1980, jugée par la direction du Parti, trop proche des analyses développées par Pierre Juquin. N’étant plus membre du PCF depuis 2000, il vota pour le candidat communiste aux élections présidentielles d’avril 2002 « par lassitude ». Il avait alors entrepris des recherches historiques sur certains épisodes peu connus de la Seconde Guerre mondiale (internement des Juifs et des Espagnols au camp de Savigny, assassinat du maire de Petit-Bornand pendant la Résistance, aspects de la Résistance dans la région frontalière).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10029, notice AMOUDRUZ Robert, Henri, Aimé par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 16 décembre 2017.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : La mémoire interdite de François Merlin. Maire de Petit-Bornand-Les Glières, Yens-sur-Morges, Cabédita, Archives vivantes, 2002, 270 p. — « Espagnols et Juifs du camp de Savigny 1940-1942 », Les Échos Saléviens, n° 11, 2002, 100 p. — La BRI du commandant Amiot. Histoire de la Brigade rouge internationale de Savoie 1944, Lyon, 2007, 320 p.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse corporative nationale. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Note de Pierre Roche

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