ANDRÉANI Marcel

Par Michel Pigenet

Né le 6 septembre 1904 à Calvi (Corse), mort le 18 septembre 1975 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; docker ; militant syndicaliste (CGTU puis CGT) et communiste ; secrétaire général du syndicat des dockers de Marseille.

Fils de François Andreani et de Joséphine Pinelli, docker camionneur à Marseille, Marcel Andréani habitait 3 rue des Pistoles. Il militait au Parti communiste et à la CGTU depuis le début des années trente. Il fut l’un des artisans de la réalisation de l’unité syndicale parmi les dockers du port entre 1934 et 1936, ce qui permit aux communistes de prendre la direction du syndicat des ports et docks jusqu’alors disputée entre confédérés, unitaires et sabianistes. Il avait été condamné le 6 février 1936 par le tribunal correctionnel de Marseille à dix huit mois de prison pour entraves à la liberté du travail et voies fait envers un de ses camarades lors de la grève des dockers, peine qui fut réduite en appel à un an. En 1939, Andréani était toujours secrétaire adjoint du syndicat des dockers, fidèle second du secrétaire général, Pierre Gagnaire. Il fut élu, par ailleurs, le 5 mars 1939, secrétaire adjoint de l’UL de Marseille. Surveillé comme suspect à partir de septembre 1939 (correspondance saisie dès le 2 octobre), il fut mobilisé et se trouvait affecté à la direction du port de Toulon en mai 1940. Démobilisé le 6 juillet suivant, il avait renoué avec le parti clandestin et repris la propagande d’après la police. Son nom figure sur une liste des « communistes dont la présence en France est totalement indésirable » et une autre des « communistes considérés comme dangereux ». Mais il se trouve aussi sur la liste noire de la direction régionale du parti d’octobre 1940 pour les relations qu’il entretiendrait avec Suzanne Bonfils, sœur de Covo*, tous deux signalés sur cette même liste. Sans doute le doute sur la fidélité d’Andreani au parti fut-il levé, car, interné au camp de Chibron (commune de Signes, Var) par un arrêté du 20 septembre 1940, il s’en évada avec Pierre Gagnaire le 12 février 1941, ce qui ne put se faire, selon toute vraisemblance, sans l’accord et l’appui du parti clandestin. Sans que l’on puisse préciser où il fut affecté et quel fut son parcours, il milita dans les Francs-tireurs et partisans français (FTPF) et participa aux combats de la Résistance.
Veuf, père d’un enfant, Marcel Andreani s’était remarié avec Berthe Francipane dont il avait un autre enfant en 1940.

À la Libération, il reprit sa place de dirigeant du syndicat des dockers. Il fut élu au comité national de la Fédération des Ports et Docks au titre de la subdivision de la Méditerranée lors du congrès de 1946 qui vit les communistes confirmer une prééminence acquise depuis la Libération au détriment de l’ancienne direction mise en cause pour son attitude entre 1940 et 1944. À cette occasion, il présenta le rapport de la commission des résolutions. Dans le droit fil de l’orientation productiviste impulsée par le PCF, il soutint le principe du salaire au rendement, « système favorable aux dockers » parce qu’il élevait leurs revenus. « Le syndicat, ajouta-t-il, a le devoir d’exprimer sa méfiance en ce qui concerne les augmentations de salaires qui ne correspondraient pas à des augmentations réelles de travail ».

Quand ce discours cessa d’être d’actualité, il participa activement à la radicalisation des luttes ouvrières. En 1948, après que Victor Gagnaire* ait fait connaître sa volonté de ne plus appartenir au bureau fédéral des Ports et Docks, Andréani accepta d’y entrer « en tant que militant discipliné » appelé à renforcer son aile la plus « politique ». Il ne devait pas moins consacrer l’essentiel de son activité à Marseille, projeté aux premières lignes de la guerre froide franco-française. Membre du bureau de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, il siégeait avec Gagnaire et Firmin Cornago au Bureau central de la main-d’œuvre (BCMO) du port, organisme chargé entre autres du contrôle de l’embauche des dockers. En pointe dans les initiatives engagées contre les mouvements d’armes opérés pour le compte de l’OTAN ou en relation avec la guerre d’Indochine, les deux premiers en payèrent le prix. Sanctionné par le directeur du port qui lui retira sa carte professionnelle le 28 novembre 1949 pour entrave à l’embarquement de marchandises à destination du Vietnam, il fut révoqué du BCMO. Le 8 décembre, il contribua à ce que la réunion des dockers du Midi décide qu’à partir de cette date « plus une arme pour la sale guerre du Viet-Nam ne partir (doit) des ports de la Méditerranée ». La longue grève qui allait s’ensuivre, en mars et avril, entraîna un affaiblissement durable de la CGT. Pour longtemps, nombre de militants figurèrent sur les listes noires des acconiers marseillais. Arrêté le 21 mars 1950, Marcel Andréani fut libéré le 5 avril, mais condamné à 40 000 francs d’amende. Tenus pour responsables du grave échec subi, les syndicalistes marseillais durent justifier une tactique coûteuse adoptée à l’instigation de dirigeants nationaux du PCF en quête d’actions exemplaires. Lors d’une intervention attendue devant les délégués au congrès national des dockers de juin 1950, Andréani répliqua à ses détracteurs, notamment le secrétaire fédéral Désiré Brest. « Nous ne sommes pas d’accord quand on parle de défaite », expliqua-t-il. S’il admit le recul consécutif au licenciement de 70 agents de maîtrise et aux quelque 500 retraits de carte infligés, il contesta que ces sanctions furent la conséquence d’une grève mal engagée. « Il ne peut jamais être trop tôt pour engager un conflit. Nous avons choisi notre moment (...) On ne peut pas parler de revendications si l’on ne lutte pas en même temps contre la guerre », affirma-t-il en précisant que la forme « illimitée » du mouvement avait été démocratiquement retenue. Prenant les devants d’une probable rétrogradation, il souhaita ne pas être reconduit au bureau fédéral, « non pas que j’aie démérité, mais parce que j’ai un grand nombre de charges - prud’hommes, UD, et autres... ». Resté à la commission exécutive de l’organisation nationale, il réintégra le bureau fédéral en 1952.

En mai 1951, il fut candidat sur la liste communiste d’Union républicaine résistante et antifasciste, sous la mention de secrétaire du syndicat des dockers et d’ex-déporté politique, aux élections législatives, dans la 1re circonscription des Bouches-du-Rhône. La même année, il effectua un voyage en URSS et en fit, dans une conférence, le compte rendu aux dockers de la Joliette. En 1955, alors que les relations des militants marseillais avec la direction de la Fédération ne s’étaient pas améliorées, il salua la « grande victoire » que constituait la fin de la guerre d’Indochine et rappela combien la lutte menée en ce sens continuait de peser sur la situation locale. Il développa une « critique constructive » de la façon dont la Fédération était intervenue dans le déroulement d’un récent conflit sur le port s’attirant une vive réplique du secrétaire général, Marcel Baudin, qui reprocha aux syndicalistes phocéens leur impuissance et leur silence face à la réapparition de travailleurs embauchés à la semaine - les « semainiers » — en dehors des procédures prévues par la loi statutaire de 1947. À partir de 1955, Marcel Andréani n’exerça plus aucune responsabilité fédérale. À ceux qui, à Paris, s’interrogeaient sur ce qu’il devenait, Albert Brachet* expliqua, en 1957, que son camarade demeurait fidèle à son passé. Andréani, ajouta-t-il, « a disparu du mouvement syndical sur des considérations particulières qui ne sont pas encore réglées, mais soyez persuadés qu’il n’est pas entre les mains des patrons ».

En 1966, il cessa ses activités syndicales locales mais demeura membre de la section CGT des retraités du port.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10064, notice ANDRÉANI Marcel par Michel Pigenet, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 7 septembre 2021.

Par Michel Pigenet

SOURCES : Arch. dép. Bouches-du-Rhône 5 W 161 (dossier d’internement) et 76 W 160. — Arch. dép. Var 4 M 291. — Arch. PPo. note 63591. — Congrès de la Fédération nationale des Ports et Docks : 19 au 19 mars 1946 (Paris), avril 1948 (Marseille), juin 1950 (Paris), octobre 1952 (Paris), mai 1955 (Paris), octobre 1957. — Archives de l’Institut CGT d’histoire sociale : fonds du secrétaire général, dossier de l’UD des Bouches-du-Rhône. — Archives privées : Mémoires de Désiré Brest. — Marcel-Pierre Bernard, Les communistes dans la Résistance, Marseille et sa région, Université de Provence (Aix-Marseille I), thèse 3e cycle Histoire, 1982, 2 vol., 315 et 158 p. — R. Mencherini, « Les dockers et les guerres coloniales ; les trois temps et la double articulation des luttes syndicales sur les quais de Marseille », in Dockers, des quais et des hommes dans l’histoire, Aix-en-Provence, 1999, p. 205-214. — A. Pacini, D. Pons, Dockers à Marseille, Payot, 1996. — M. Pigenet, « Les dockers français, gardes côtes de la paix » in Images et Mouvements du Siècle. Chroniques sociales, t. 2, Les raisins de la colère, Institut CGT d’histoire sociale-Éditions France-Progrès, 1999, pp. 409-416. — M. Pigenet, « Dimensions et perspectives internationales du syndicalisme docker en France dans la première moitié du XXe siècle » in Dockers, des quais et des hommes... op. cit., pp. 215-223. — Notice DBMOF par Antoine Olivesi.—notes Jean-Marie Guillon.

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