ANFRÉ Jean-Pierre, Antoine, Lucien

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

Né le 13 décembre 1936 à Tunis (Tunisie) ; professeur ; militant syndicaliste du SNES, secrétaire du S2 du Morbihan (1971-1992] ; militant communiste, maire de Lanester (1996-2001).

ANFRÉ Jean-Pierre
ANFRÉ Jean-Pierre
conseil national SNES 1980

Sa mère, très catholique, issue d’une famille de grands propriétaires et négociants italiens fixés en Tunisie depuis 1823 et partiellement ruinés par la crise des années 1930, décéda en 1947. Son père, fils d’un négociant niçois républicain et franc-maçon, officier de marine sorti de Navale en 1913, entra en 1921 dans l’administration des ports en Tunisie et devint commandant civil du port de Tunis-Le Goulette de 1936 jusqu’à sa retraite en 1951. D’opinions politiques républicaines conservatrices, engagé dans un réseau militaire de Résistance pendant l’occupation de la Tunisie par les troupes allemandes, il sympathisa avec les communistes après la guerre et s’opposa aux ultras de la colonisation. Ils avaient quatre enfants dont un seul garçon.

Jean-Pierre Anfré, qui reçut une éducation catholique, fréquenta l’école des sœurs puis l’école publique Claude Bernard. Scout de France jusqu’en 1950, il se détacha de toute pratique religieuse à l’adolescence. Il effectua ses études secondaires au lycée Carnot à Tunis jusqu’au baccalauréat "mathématiques-élémentaires" obtenu en 1953. Après une année d’hypokhâgne (1953-1954) à Tunis, il entra en classe de khâgne aux lycées Janson de Sailly puis Louis-le-Grand à Paris. Admissible à l’Ecole normale supérieure en 1957, titulaire d’une licence de lettres, élève-professeur de l’Institut préparatoire aux enseignements de second degré, il prépara la licence d’Histoire à la Sorbonne et un diplôme d’études supérieures d’Histoire (1959). Reçu au CAPES d’Histoire-Géographie (1961), il démissionna pour préparer l’agrégation d’Histoire. Admissible en 1962, il réintégra le Centre pédagogique régional (1962-1963) et devint professeur certifié.

Après seize mois de service militaire (1963-1964) en tant que deuxième classe dans l’infanterie de marine (3e RIMA de Vannes puis 141e RIMA de Quimper), Jean-Pierre Anfré fut affecté comme professeur certifié au collège d’enseignement secondaire Kervado de Vannes (Morbihan) de 1964 à 1967, puis au CES Henri Wallon de Lanester, où il enseigna jusqu’à sa retraite en décembre 1996.

Particulièrement motivé par la lutte anticoloniale et antifasciste pendant la guerre d’Algérie, il milita très activement au cours de cette période estudiantine. Interne au lycée Louis-le-Grand, il adhéra au Parti communiste français en novembre 1956, puis participa à la création de l’Union des étudiants communistes, et fut membre des Cercles d’Histoire de la Sorbonne durant quatre années. Mais pendant cette période, il militait surtout dans le PCF, secrétaire de la cellule de la Cité universitaire d’Antony en 1958, élu au comité et au bureau de la section de la ville (1958-1963). Il participa notamment à l’organisation de la manifestation de Charonne en février 1962.
Il épousa, le 17 juin 1960 à Antony, Yvane Guillaumet, alors étudiante en médecine et militante communiste, fille de René Guillaumet, résistant et responsable communiste du Finistère, future médecin scolaire et médecin du travail..

Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire depuis 1957, Jean-Pierre Anfré devint le trésorier (1967-1969) puis le secrétaire (1969-1996) de la section syndicale (S1) du nouveau SNES au CES de Lanester où il anima la grève en mai-juin 1968. Sur les instances de Gérard Alaphilippe, il participa à l’organisation de la tendance "Unité et Action" dans le département avec Denis le Bellac, en lien avec les dirigeants de la section académique (S3), Jean-Yves Jaouen et Monique Vuaillat.

Après avoir impulsé l’adoption de statuts départementaux qui mirent fin à la cooptation des membres du bureau de la section départementale (S2), alors dirigée par la tendance Ecole émancipée-Rénovation syndicale, et qui instituèrent son élection par l’ensemble des syndiqués, il devint secrétaire du S2 à l’issue des premières élections en février 1971. Il le resta jusqu’en 1992, tout en étant le secrétaire du S1 de son établissement. Membre de la commission administrative et du bureau du S3 de l’académie de Rennes (1970-1992), il siégea durant deux mandats à la commission administrative paritaire académique des certifiés, au Comité technique paritaire départemental et au Comité départemental de l’Education nationale.

Il s’investit en particulier dans les questions laïques et de politique scolaire. Dans le département où les sections départementales du SNI-PEGC et de la FEN étaient à majorité "Unité et Action" (avec la forte personnalité d’Yvon le Guyadec*), avec des différences d’approche des revendications syndicales entre instituteurs et professeurs, causes de tiraillements, le combat laïque rassemblait face à un enseignement privé catholique puissant. Membre du bureau de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale (jusqu’en 1990), militant de la Fédération des conseils de parents d’élèves (1968-1980), il fut membre du bureau de la Fédération des œuvres laïques (1972-1978) au titre de la FEN dans les années 1970. Il prit une part active dans le Comité départemental d’action laïque et participa à l’organisation de nombreuses manifestations laïques, tant en Bretagne qu’à Paris (notamment en 1983-1984).

Jean-Pierre Anfré, membre des comités des sections communistes de Vannes (1965-1967) et de Lanester (à partir de 1968), devint premier secrétaire de cette section (1986-1993). Membre du comité de la fédération communiste depuis 1968, il fut membre du bureau fédéral (1986-1996) puis y siégea comme invité en tant que maire de Lanester.

Conseiller municipal de Lanester depuis 1989 sur une liste d’union de la gauche, premier adjoint au maire (1991), réélu aux élections de juin 1995, il devint maire en 1996. Il fut candidat aux élections cantonales de 1998. Pendant son mandat de maire, furent notamment mis en route le lycée polyvalent Jean Macé et furent réalisées la médiathèque Elsa Triolet et la halle de sports Jean Zay. D’autre part, il favorisa l’installation dans la commune de gros équipements commerciaux et du premier multiplexe cinématographique du département, ce qui amena un conflit avec le député-maire socialiste de Lorient, Jean-Yves Le Drian. La liste d’union de la gauche qu’il conduisait en 2001 fut battue par une liste "divers gauche" conduite par le conseiller général, ancien membre du PCF, Jean-Claude Perron, qui capta une partie de l’électorat de gauche et l’électorat de droite.

Retraité, Jean-Pierre Anfré, militait toujours au SNES et à la FGR, Conseiller municipal, membre notamment de la commission des finances et maire honoraire, il fit partie du comité départemental de la fédération communiste du Morbihan jusqu’en 2008, tout en restant membre du bureau départemental de l’Amicale des vétérans communistes. Le 19 février 2011, dans une lettre publiée dans l’Humanité, il souhaitait que les communistes ne fassent pas preuve d’ « incohérence » et d’ « irréalisme » pour la désignation d’un candidat à l’élection présidentielle porteur d’un « programme partagé », qu’il soit membre du PCF ou soutenu par le PCF.

Son épouse, militante communiste, fut adjointe au maire de Lanester (1971-1995), déléguée aux affaires sociales puis à l’enseignement.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10086, notice ANFRÉ Jean-Pierre, Antoine, Lucien par Alain Dalançon, Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 25 juin 2018.

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

ANFRÉ Jean-Pierre
ANFRÉ Jean-Pierre
conseil national SNES 1980

SOURCES : Archives comité national du PCF. — Archives IRHSES (Congrès, Conseil nationaux, S3 de Rennes). — Renseignements fournis par l’intéressé. — Sources orales.

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