BONDOUX Eugène

Par Bernard Stainmesse

Né le 3 juin 1868 à Nevers (Nièvre), mort le 4 octobre 1942 à Nevers (Nièvre) ; ouvrier cordonnier-galochier-bourrelier, militant socialiste et, surtout, syndicaliste.

Eugène Bondoux appartint à la pléiade de militants qui constitua, en 1894, le premier groupe socialiste du département, dans le chef-lieu de la Nièvre. Ce groupe adhéra bientôt au POSR et fut à l’origine de la première Fédération départementale née le 13 février 1897 ; en janvier 1901, lors de la constitution du bureau de la nouvelle Fédération, il était membre de la commission administrative. Il participa activement, en tant que militant socialiste, à la campagne électorale de 1910. En 1914, il fut de nouveau membre de la commission administrative fédérale. Toujours sur la brèche au lendemain de la Première Guerre mondiale, Bondoux figura au cinquième et dernier rang de la liste des candidats socialistes aux élections du 16 novembre 1919 : il recueillit 21 773 voix sur une moyenne de liste de 22 027, Jean Locquin, tête de liste étant seul élu. Bondoux fut conseiller municipal de Nevers.

Toutefois, le militantisme politique de Bondoux n’eut pas l’ampleur de son militantisme syndical. Il fut, en effet, une des principales figures du mouvement ouvrier de la Nièvre à partir du début du siècle et surtout à partir de sa désignation comme secrétaire général de la Fédération des syndicats ouvriers de la Nièvre en juin 1907. Bondoux avait un très grand ascendant personnel auprès des autorités et des ouvriers. Il militait dans le syndicat des cordonniers et, en 1903, il figurait parmi les administrateurs de la coopérative de cordonnerie « La Fraternelle » à Nevers ; le 1er mai 1904, il prit la parole au banquet organisé par les syndicats à Nevers ; en 1905, il appartenait au comité directeur de la Bourse du Travail.

Son action de secrétaire général contribua beaucoup en 1907-1908 à la rapide expansion de la Fédération syndicale départementale fondée en février 1903 ; son activité de propagandiste s’exerça en particulier auprès des syndicats de bûcherons dont il s’efforça d’obtenir l’adhésion à la Fédération et donc à la CGT. Bondoux agit souvent de concert avec les principaux chefs socialistes de la Nièvre : Jean-Baptiste Dariaux,->108172] le député Louis-Henri Roblin qui fut un peu l’élu des bûcherons. En 1909, le comité de la Bourse le désigna comme permanent et gérant du journal de la Fédération syndical Le Prolétaire de la Nièvre. Bondoux, qui fut délégué aux Xe, XIe et XIIe congrès de la CGT — Marseille, octobre 1908, Toulouse, octobre 1910 et Le Havre, septembre 1912 — poursuivit son action militante jusqu’en 1914 par des tournées de propagande mettant l’accent sur l’importance de l’adhésion au syndicat ; il participa à différents meetings organisés à Nevers ou ailleurs : en septembre 1911, à Guérigny, contre la cherté de la vie ; en février 1912, à Nevers, contre les « lois scélérates » ; en mars 1912, à Nevers, pour le recrutement syndical ; en juin pour les retraites ouvrières et contre la loi Millerand ; en novembre, il assista au meeting CGT et Parti socialiste à Nevers contre la guerre.

Bondoux mena aussi son action à l’occasion des grèves : à Prémery, en décembre 1913, lors d’une grève de l’usine Lambiotte, il tenta d’obtenir l’arbitrage du juge de paix, mais se heurta au refus patronal ; en 1913 encore, durant une nouvelle crise forestière et de nouveaux heurts bûcherons-marchands de bois, il fit paraître des articles dans Le Socialiste nivernais.

Son activité syndicale, à la tête de la Bourse, persista jusqu’en 1935, toujours en collaboration avec le Parti socialiste. Son crédit personnel solidement affirmé le conduisit fréquemment à jouer un rôle d’arbitre dans des conflits du travail, même à l’appel des autorités préfectorales. En 1939, à la fermeture de la Bourse, il se trouva démuni de ressources et de travail à quelque soixante-dix ans ; il fut aidé par des militants, puis employé comme auxiliaire aux archives départementales jusqu’à la suppression du poste par le préfet nommé par le gouvernement de Vichy, en 1940.

Bondoux avait été également un actif militant de la Libre Pensée.

Voici ce que dit Jean Locquin dans son carnet à la date du mardi 6 octobre 1942 : "J’apprends à La Charité-sur-Loire que les obsèques du père Eugène Bondoux ont eu lieu aujourd’hui. Je suis navré de ne pouvoir accompagner au cimetière le cercueil de ce brave et loyal militant syndicaliste et socialiste qui joua un rôle actif dans le mouvement ouvrier du premier tiers du 20e siècle. Il était à la fois passionné et raisonnable, attaché à son idéal et doué d’un sens profond des réalités, sincère et fidèle en amitiés, incarnation du dévouement et du courage civique". Un tel jugement est rarissime dans ses carnets ce qui montre tout le respect de Jean Locquin pour Eugène Bondoux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article100862, notice BONDOUX Eugène par Bernard Stainmesse, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 25 mai 2020.

Par Bernard Stainmesse

SOURCES : Arch. Nat. F7/13567 et F7/13609. — Arch. Dép. Nièvre, série M, 1er Mai et grèves. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 411 et 419. — L’Observateur du Centre, 1898-1911. — Le Socialiste nivernais, 1912-1914. — Le Prolétaire de la Nièvre, 1905-1914. — Souvenirs de J.-B. Dariaux dans le Progrès social du Centre, mai 1949, n° 140. — Arch. Dép. Nièvre : archives de l’enregistrement et 9 J, fonds Jean Locquin. Notes de Michaël Boudard.

ICONOGRAPHIE : La CGT, op. cit., p. 541.

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