ANGELETTI Yves

Par Claude Pennetier

Né le 6 juin 1906 à Zéralda (Algérie), mort le 19 janvier 1966 à Six-Fours-les-Plages (Var) ; professeur agrégé de mathématiques ; militant communiste de la Vienne puis de la Marne ; député de la Marne (1946-1948).

Yves Angeletti dans les années 1940
Yves Angeletti dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fils d’un instituteur qui enseigna en Algérie puis au Maroc et d’une mère sans profession (tous deux républicains avancés, « Front populaire à fortes tendances anticléricales »), Yves Angeletti avait deux frères : l’un, Marcel Angeletti, avocat, membre du Parti socialiste au Maroc et du Secours populaire, délégué au collège marocain, l’autre, professeur, membre du Parti communiste à Alger.

Boursier, élève du lycée de garçons d’Alger, titulaire du baccalauréat en 1924, Yves Angeletti commença ses études supérieures à la Faculté des Sciences d’Alger en 1927, puis vint à Lyon. Titulaire d’un diplôme d’études supérieures de mathématiques obtenu à Lyon en 1930, boursier, il échoua à l’agrégation en 1930 avant de réussir l’année suivante. Il effectua son service militaire dans un régiment de zouaves en 1932.

Yves Angeletti débuta sa carrière enseignante au lycée de Poitiers (Vienne) en 1932. Il obtint sa mutation pour le lycée de Reims (Marne) en 1937 puis fut nommé au lycée Périer Saint-Charles à Marseille en 1939, mais il n’occupa pas ce poste.

Étudiant aux facultés d’Alger et de Lyon comme boursier, professeur à Poitiers d’octobre 1932 à octobre 1937, puis nommé à Reims, Yves Angeletti avait été sensibilisé au communisme depuis le congrès de Tours, dans le sillage de Barbusse. Adhérent en 1927 à Lyon (cellule de Montplaisir), il cessa d’être membre du parti pendant son service militaire. Il reprit sa carte dans la Vienne et milita d’abord au sein du syndicat unitaire de l’Enseignement, créant dans la Vienne « le mouvement d’unité du corps enseignant » puis participant activement à la formation du syndicat unique. Il devint après l’unité membre de la commission administrative de la Vienne de la Fédération générale de l’Enseignement.

Yves Angeletti devint un des secrétaires de la région communiste de la Vienne au moment de sa fondation, en janvier 1935, et donna de nombreux articles au journal Le Front populaire de la Vienne, ainsi en janvier 1937 ceux où il célébrait la nouvelle constitution soviétique.

Yves Angeletti représenta le département au VIIIe congrès du Parti à Villeurbanne, 22 au 25 janvier 1936. Candidat à l’élection législative d’avril 1936 dans la circonscription de Poitiers, il obtint 8,17 % des voix des électeurs inscrits. L’année suivante, en avril, il fut élu conseiller municipal à l’occasion d’une élection partielle provoquée par la mort du maire, le docteur Pierre Fumeau. Les trois candidats conservateurs avaient été battus par les trois candidats du Front populaire (Angeletti 4 217 voix, Henri Pétonnet* [SFIO] 4 440 voix, le professeur Joseph Guillon, radical socialiste, 4 543 voix). Dans une lettre du 27 avril 1937 à la direction du Parti communiste, il indiquait que l’alliance à gauche survenait après la victoire en 1935 de la « liste de droite « fasciste » et il demandait l’aide de la Fédération des municipalités communistes. Mais à la conférence régionale du 5 décembre 1937, on se plaignit de son départ alors qu’il venait d’être élu conseiller municipal. Or, il avait demandé sa mutation en 1936 après le refus du proviseur de créer pour lui une première chaire. Sa mutation lui arriva dans l’été 1937. Il demanda l’annulation de cette dernière en raison de son nouveau mandat, indiquant dans un de ses lettres, « ma nomination à Reims prend le caractère d’un déplacement d’office, donc d’une sanction ». Le ministère refusa en dépit des interventions de Georges Cogniot et de Joanny Berlioz.

À partir de l’automne 1937, à Reims, Yves Angeletti continua à militer et publia quelques articles dans la Champagne ouvrière et paysanne, hebdomadaire marnais du Parti. Il y critiquait le Parti socialiste SFIO qui abandonnait le Front populaire et affirmait que l’unité d’action à la base était indispensable. A Reims, il rédigea le 24 mars 1938 son autobiographie pour la commission des cadres ; celle-ci releva qu’il disait avoir lutté contre le cheminot trotskiste Joseph Saufrignon* et ses amis, mais qu’il ne donnait pas son appréciation sur le trotskisme. Un rapport du 28 juillet 1938 sur le trotskisme préparé pour le bureau politique le citait parmi ceux qui avaient donné « des réponses insuffisantes sur leurs rapports avec le trotskisme ».

En 1938, il était secrétaire de la région communiste de la Marne. La même année, il était secrétaire du syndicat des lycées de Reims et membre des organisations AUS, ANSE (Association pour le soutien de l’enfance) sans y occuper de responsabilités. Enfin, il fit partie du Cercle culturel rémois et adhéra aux Maisons de la culture. Il fit grève le 30 novembre 1938 et fut sanctionné d’une retenue de salaire de huit jours. Le ministère ordonna son déplacement d’office à Marseille, ce qui ne fut pas suivi d’effet.

Le 27 août 1939, sans attendre le décret-loi du 26 septembre 1939 portant dissolution des organisations communiste, la préfecture de la Marne dirigée par son jeune secrétaire général René Bousquet, fit arrêter Yves Angeletti pour distribution de tracts communistes célébrant le pacte germano-soviétique sur la voie publique critiquant la politique gouvernementale. Écroué le 1er septembre, il fut condamné, le 21 septembre 1939 par le Tribunal correctionnel de Reims à dix mois de prison et 200 francs d’amende. Libéré de la prison du boulevard Robespierre à Reims le 15 avril 1940, il fut envoyé alors un temps dans un camp d’internement. Suspendu de ses fonctions au 1er octobre 1939, il fut révoqué de l’enseignement, par arrêté du 6 décembre 1939, sans traitement ni indemnité.

Mobilisé dans l’infanterie le 1er Mai, Yves Angeletti fit la campagne de France, participant à la retraite depuis Cambrai jusqu’à Saint-Malo où il fut fait prisonnier, le 28 mai. Il demeura en captivité en Allemagne aux stalags IV A et V B jusqu’au 29 avril 1945, malgré deux tentatives d’évasion. Il ne fut rapatrié qu’en septembre 1945. Pendant cette période, son épouse, sans ressources, vécut en Algérie dans sa famille. Il continua à bénéficier de la solidarité des communistes de la Vienne sous forme de colis envoyés par Lucienne Maillocheau (épouse de Fernand Maillocheau*) ; il écrivait à cette occasion le 3 novembre 1943 : « J’apprends en ce moment l’italien, que je parlais à peu près, mais dont j’ignorais les règles, et le russe dont j’ignorais la première lettre, et dont l’étude est passionnante, d’autant que j’ai l’occasion de pratiquer quotidiennement les deux langues. »

Sa réintégration fut obtenue avec difficulté car Yves Angeletti n’avait pas été victime des lois d’exception de Vichy. Finalement, le ministère décida qu’il percevrait des arriérés de salaires depuis octobre 1939. Il fut nommé en surnombre au lycée de Reims. Il se rendit en Algérie pour les vacances mais, au retour, l’avion dut, pour des raisons mécaniques, se poser aux Baléares en Espagne. Il connut quelques jours de détention dans les prisons franquistes et fut ramené en France par un avion militaire. Il reprit ses activités syndicales et en novembre 1945, il fut désigné par la Fédération générale de l’enseignement de la Marne pour la représenter au congrès du cartel des services publics à Paris.

Le 2 juin 1946 Angeletti était élu dans la Marne à la deuxième Assemblée constituante, deuxième derrière Alcide Benoît, maire d’Épernay, sur la liste présentée par le Parti communiste dans la Marne. Il intervint à plusieurs reprises dans la discussion de la Constitution, notamment contre l’amendement Paul Bastid qui supprimait l’investiture de l’Assemblée nationale pour le président du conseil désigné par le Président de la République. Il proposa un amendement à l’organisation du conseil supérieur de la magistrature et soutint celui de Pierre Cot* concernant la révision de la Constitution. Le 10 novembre 1946 il était élu à la première législature de l’Assemblée nationale. Il y appartint à la commission de la presse et à celle de la justice et de la législation. Il fut également nommé membre de la commission d’enquête sur les événements survenus en France de 1933 à 1945, et fut en outre désigné comme juge suppléant à la Haute cour de Justice. Il intervint plusieurs fois, en particulier au sujet des plantations en Champagne viticole, dans la discussion du projet de loi de février 1948 sur les loyers et sur la situation au Maroc. Pendant l’été 1946, il séjourna dans la Vienne et participa activement à la fête fédérale du PCF tenue dans les jardins de Blossac à Poitiers.

Le 1er juin 1948, Yves Angeletti donna sa démission de l’Assemblée nationale, pour des raisons familiales déclara-t-il. Il avait épousé le 5 octobre 1932 Simone Claire Maria (voir Simone Angeletti), fille d’un instituteur et d’une employée des PTT, militante communiste depuis 1933. Elle était commis principal au ministère de l’Air. Le couple habitait Issy-les-Moulineaux. Jean-Pierre Husson, historien de la Résistance dans la Marne, écrit que d’autres raisons, plus politiques que familiales, liées à ses rapports de plus en plus conflictuels avec la direction du Parti communiste dans la Marne avaient motivé cette démission. Il fut remplacé à l’Assemblée législative par Hélène Nautré, ancienne déportée à Ravensbrück.

Il fut nommé professeur au lycée Carnot. Le couple Angeletti habita dans le VIe arrondissement. En 1961, il obtint sa mutation pour le lycée Dumont d’Urville à Toulon (Var). Ils habitaient alors à Six-Fours où Yves Angeletti mourut après un congé de longue durée en 1965.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10094, notice ANGELETTI Yves par Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 3 août 2013.

Par Claude Pennetier

Yves Angeletti dans les années 1940
Yves Angeletti dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

SOURCES : Arch. RGASPI, Moscou, 495 270 3066, dossier personnel comportant une autobiographie rédigée le 24 mars 1938 à Reims ; 517 1 1819, 1866, 1867, 1884, 1894, 1 908. — Arch. Nat., F17 28601. — Arch. Dép. Var, 1447 W 14. — Arch. Assemblée nationale. — Le Front populaire de la Vienne, 1936-1937. — La Champagne ouvrière et paysanne (Reims), 18 mai et 2 novembre 1946. — M. Labrousse, La vie politique dans la Vienne de 1919 à 1939, Thèse 3e cycle, Paris-Nanterre, 1972, p. 72. — Le Monde, 29 janvier 1966. — Dictionnaire des Parlementaires français, 1940-1958, tome I, La Documentation française, 1988. — Notes de Jacques Girault. — Notes d’Alain Léger sur les activités d’Yves Angeletti dans la Vienne. — DBMOF, notice par G. Clause. — Notes de Jean-Pierre Husson pour la préparation de la notice Angeletti du cd-rom Résistance AERI Marne.

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