ARBELTIER René, Albert

Par Gilles Morin

Né le 23 janvier 1897 à Laon (Aisne), mort le 10 septembre 1979 à Coulommiers (Seine-et-Marne) ; docteur en médecine ; militant socialiste SFIO, PSA puis PSU de Seine-et-Marne, secrétaire de la fédération socialiste SFIO (1952-1956) puis PSU de la Seine et Marne ; maire de Neufmoutiers-en-Brie (1935-1943), puis de Coulommiers (1944-1947), député de la Seine-et-Marne (1936-1942, juin-novembre 1946, 1951-1958).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Fils d’un vétérinaire aux armées, René Arbeltier fit des études secondaires au lycée de Laon, aux collèges de Fougères et de Châlons-sur-Marne, et au lycée de Reims puis ses études médicales à Paris. Ayant obtenu son doctorat en 1922, il s’installa à Coulommiers (Seine-et-Marne). Deux ans plus tard, il était médecin adjoint à l’hôpital de cette ville, et vingt ans plus tard le médecin-chef.

En 1924, René Arbeltier adhéra au Parti socialiste SFIO qui, quatre ans plus tard, le présenta aux élections législatives dans l’arrondissement de Coulommiers. Toujours sur les rangs en 1932, René Arbeltier se désista pour le maire de Coulommiers, Mortier, radical-socialiste qui battit Dessaint, député sortant. Après deux échecs, une série de succès : René Arbeltier fut élu conseiller d’arrondissement en 1933, même s’il échoua au conseil général en 1934 dans le canton de Coulommiers ; puis il se fit élire maire de Neufmoutiers-en-Brie et, en 1936, dans l’élan du Front populaire, il devint député de Coulommiers. Sur 13 660 inscrits il se classa en tête des gauches avec 3 056 voix contre 2 890 au député sortant radical et 1 412 au communiste Albert Grandbastien*. René Arbeltier l’emporta au second tour avec 6 456 voix. Au parlement, comme sur le terrain, comme en faveur des républicains espagnols au combat, ce médecin se passionna pour l’aviation : s’il était membre de la commission de la Santé publique, il l’était aussi de celle de l’Aéronautique. En 1933, il avait créé l’Aéro-club de Coulommiers, en 1936, une école d’aviation populaire et une école d’aviation de chasse pour l’Espagne républicaine. En 1939, il rapporta le projet de loi portant organisation de l’aviation populaire.

S’il émit un vote en faveur de l’octroi des pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 à Vichy, René Arbeltier refusa de collaborer par la suite avec Vichy et d’assumer les fonctions officielles qui lui étaient proposées, pour ne pas prêter serment au maréchal Pétain. Ayant repris ses activités professionnelles à Coulommiers, il refusa formellement de soigner des soldats et des officiers allemands et, désigné pour procéder à l’examen d’ouvriers susceptible de partir au STO (Service du travail obligatoire), il les élimina systématiquement des listes pour raisons médicales en dépit des pressions des autorités. Puis il organisa des sabotages d’avions stationnés au camp de Voisin (près de Coulommiers). Recherché par la Gestapo, il entra dans la clandestinité en 1943, se réfugia dans le Loir-et-Cher où il travailla dans le réseau de Robert Maugé*, puis en Bretagne-Sud, où il travailla avec des émetteurs radios clandestins. Son fils, Jean Arbeltier, sous-lieutenant de l’Armée secrète, fut déporté à Buchenwald. Le Jury d’honneur présidé par René Cassin, après avis favorable du Comité départemental de Libération (CDL) et du préfet, le releva de l’inéligibilité – qui touchait les députés ayant voté pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 – le 6 juin 1945 « Considérant qu’il est établi que l’intéressé a participé à cette lutte (contre l’ennemi et l’usurpateur) et, notamment, qu’il a organisé des actes de sabotage sur un terrain d’aviation utilisé par l’ennemi, que, traqué par la Gestapo, et contraint de mener une vie clandestine, il n’a cessé de collaborer activement avec plusieurs mouvements de résistance ».

Son courage dans la Résistance à l’occupant en fit, à la Libération, avec l’accord du CDL, le maire de Coulommiers et le vice-président du comité de Libération local et le président du comité cantonal. Malgré son vote de Vichy le congrès extraordinaire de la SFIO à Paris, en novembre 1944, l’avait maintenu dans ses rangs pour « services rendus au Parti et à la Résistance », mais avec suspension de tout mandat pendant la durée d’une législature. Élu, malgré cette décision, maire de Coulommiers en avril 1945, au premier tour, René Arbeltier était déféré devant la commission nationale des conflits par le congrès d’août 1945. Celle-ci leva la sanction le 5 septembre 1945. Quelques jours plus tard, il était élu conseiller général de Coulommiers et était désigné vice-président du conseil général en octobre 1945 et en septembre 1946. Il devait perdre se siège en 1951, dans une élection triangulaire où il fut battu par le candidat RPF, le PCF ayant maintenu son candidat. Il fut battu de nouveau en 1958.

Ayant échoué aux élections générales d’octobre 1945, car il n’était pas placé en position éligible, René Arbeltier fut élu le 2 juin 1946 à la deuxième Assemblée constituante. Il profitait du différent qui avait opposé les deux élus socialistes sortants, Arthur Chaussy et Roger Veillard*, puis du décès de ce dernier. Dans la course à l’investiture interne du parti, Veillard bénéficia de l’appui de quarante sections, Madame Barthes de quinze et René Arbeltier de huit seulement. Mais l’exclusion de Roger Veillard lui laissa le champ libre et, tête de liste fédérale, il emporta le siège. Mais il ne retrouva pas son siège le 10 novembre suivant lors des élections à l’Assemblée nationale. Il échoua encore aux élections au Conseil de la République en novembre 1946. En octobre 1947, il perdit la mairie de Coulommiers. Aux législatives du 17 juin 1951, la liste qu’il conduisait obtint 21 712 voix sur 248 740 inscrits et 200 464 exprimés, et il fut réélu député avec 10,8 % des suffrages, Mais il échoua au conseil général en octobre suivant. Aux législatives de janvier 1956, toujours au scrutin proportionnel, il ne fut pas réélu, la liste SFIO qu’il conduisait ayant obtenu 26 235 suffrages sur 279 128 inscrits et 225 658 exprimés, tout en gagnant des voix sur le scrutin précédent. Mais son vainqueur poujadiste, élu grâce à l’apparentement illégal de deux listes de ce mouvement (rassemblant respectivement 22 882 et 8 172 suffrages) fut invalidé. René Arbeltier retrouva donc son siège à l’Assemblée nationale de février 1956 à novembre 1958. Dans cette fédération socialiste faible et peu homogène qu’était la Seine-et-Marne, Arbeltier fut obligé d’assurer le secrétariat fédéral en 1952-1956. À cette date, il laissa cette fonction à Robert Jospin*. Médecin et chercheur, il n’avait pu être suffisamment présent dans la fédération les années précédentes. Il s’engagea résolument dans la campagne contre les vaccinations obligatoires en 1956. Il était par ailleurs responsable de la commission santé de la commission nationale d’études de la SFIO en 1958.

Sur le plan politique, René Arbeltier était de ceux qui condamnaient la politique algérienne de Guy Mollet. En 1957, il versa une cotisation régulière au Comité socialiste d’études et d’action pour la paix en Algérie, qui regroupa les minoritaires socialistes à partir de janvier 1957.

Deux ans plus tard, René Arbeltier quitta la SFIO pour participer à la fondation du Parti socialiste autonome (PSA), future composante du PSU (Parti socialiste unifié) et il ne se représenta pas aux élections de novembre 1958. Mais, en 1959, c’est comme candidat du PSA qu’il fut réélu conseiller municipal de Coulommiers.

Il appartint à la commission administrative provisoire du PSA de décembre 1958 à avril 1960, puis milita au PSU. Il fut secrétaire de la fédération de Seine-et-Marne du PSU à sa fondation en 1960-1961.

En mai 1963, il prit sa retraite de médecin chef de l’hôpital de Coulommiers. Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1947 ; il était en outre titulaire de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10177, notice ARBELTIER René, Albert par Gilles Morin, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 21 février 2010.

Par Gilles Morin

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]
[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]

SOURCES : Arch. Nat., CARAN, F/1cII/132/A ; F/1cII/298 ; F/1cII/323. — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. OURS, correspondance Seine-et-Marne et dossier Arbeltier. — Arch. André Seurat. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1960. — Congrès national extraordinaire du PS, novembre 1944, à Paris (p. 16). — Le Monde, 25 septembre 1979. — Journaux de Seine-et-Marne de 1928 à 1963. — Tribune socialiste, 14 mai 1960. — Bulletin Intérieur de la SFIO. — Notice DBMOF par P. Cavailler et J. Raymond.

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