ARGIOLAS Paul, Joseph

Par Claude Pennetier, Renaud Poulain-Argiolas

Né le 7 juin 1922 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 28 octobre 2016 ; docker puis journaliste ; militant communiste de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), de Marseille, puis de Toulon (Var) ; secrétaire de la fédération communiste du Var ; résistant.

Paul Argiolas en 1944
Paul Argiolas en 1944

Le père de Paul Argiolas, Angelo Argiolas, docker et manœuvre communiste, était originaire d’Oniferi (province de Nuoro) en Sardaigne (Italie) et arrivé en France en 1920 ou 1921. Sa mère, Battistina Cesaraccio, cantinière, femme de ménage, puis sans profession, était née à Busachi (province d’Oristano) en Sardaigne (Italie) et sympathisante communiste. Frère aîné de Jean-Marie Argiolas (docker et cheminot communiste), de Pascaline Argiolas (employée de bureau et militante communiste), et d’Élisabeth Argiolas (sans profession, militante du PCF), Paul Argiolas fit des études jusqu’au niveau du brevet élémentaire. Le 8 mars 1937, la famille Argiolas était naturalisée française avec effet collectif.

Il travailla comme chanfreineur, riveur, métallurgiste, grutier, employé et docker aux Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc.
Paul Argiolas adhéra à la CGT en avril 1937. Son domicile fut perquisitionné en 1940, et il fut accusé de propos défaitistes, ce qui ne l’empêcha pas de rejoindre les Jeunesses communistes et le Parti communiste en novembre 1943. Il milita sous le pseudonyme de « Jacques ». Nommé « polo » (politique) de cellule, membre d’un triangle de section, il distribua des tracts, diffusa la presse clandestine et fit des inscriptions murales. Pour échapper aux recherches, il se cacha brièvement chez le cheminot communiste Marius Tassy. En 1944, on lui demanda de participer au tirage du matériel de propagande à son domicile. Responsable syndical au triangle de direction de Port-de-Bouc, il participa à l’organisation d’une grève des métallurgistes le 25 mai 1944. Il eut des responsabilités aux FUJP (Forces unies de la jeunesse patriotique) comme chef de trentaine.
Pour son action de résistant, il obtint un diplôme décerné par le comité militaire national des Francs tireurs et partisans français, signé par Charles Tillon, ayant droit ainsi « à la reconnaissance de la patrie libérée ». Engagé volontaire le 1er septembre 1944, il obtint le grade de sergent avant d’être démobilisé le 22 décembre 1945. Les récits de deux résistants port-de-boucains, Joseph Brando et Antoine Santoru*, évoquent le parcours qu’il fit en s’engageant dans l’armée de libération avec son frère Jean-Marie et Santoru par le biais du 3e régiment Rhône et Durance, composé de FFI et de FTP et cantonné à Arles.

En 1947, un responsable politique notait à son sujet : « Bon travail dans la clandestinité. Éducation politique assez poussée. Bon travail au sein du Parti, responsable de l’UJRF (Union des jeunesses républicaines françaises). Peut devenir un cadre de notre Parti. » Le Parti communiste français lui fit suivre une école centrale de quatre mois de novembre 1948 à mars 1949, expérience difficile en raison de son faible bagage théorique de départ et de sa faible expérience.
En juin 1949, un conflit social retentissant opposa les ouvriers des Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) et leur direction, désireuse de leur imposer des baisses de salaire de 20% et de briser l’influence du Syndicat des Métaux CGT. Le mouvement social mobilisa non seulement dans toute la ville de Port-de-Bouc, mais bien au-delà. _ La mère de Paul, Battistina Argiolas, fut d’ailleurs très investie dans le comité des femmes soutenant les ouvriers. Au terme de quatre mois de bras de fer, la direction des CAP profita de l’occasion pour se débarrasser des salariés les plus engagés syndicalement ou politiquement. Paul Argiolas fut donc licencié.
Il s’était marié le 23 juillet 1949 à Port-de-Bouc. Le couple eut deux fils.

Paul Argiolas devint rédacteur en chef de La Marseillaise dans les années 1950 puis fut le directeur du Petit Varois de 1956 à 1966. Pendant cette période, Il fut en tant que journaliste interdit de séjour en Algérie, et dut faire face à Toulon aux menaces de l’OAS.
Il fit l’essentiel de sa carrière politique dans le Var, comme membre du bureau fédéral (1957-1982) et secrétaire fédéral à la propagande (1965-1976). Il siégea au bureau fédéral jusqu’en 1982 et fut membre de la commission fédérale de contrôle financier jusqu¹en 1990. Il dirigea et organisa des écoles fédérales du PCF dans les années 1970 et fut candidat du PCF aux élections cantonales de 1973 à Toulon.
Il fut notamment un des organisateurs, dans les années 1960, des fêtes de la fédération à la “Terre promise“ à Toulon puis à Fabrégas (commune de La Seyne-sur-Mer). Il fut un des coordinateurs des actions clandestines du réseau d’exfiltrations des militants communistes grecs au moment du gouvernement des colonels en Grèce (1967-1974) et participa à des missions de communistes français en Grèce à la même époque.

Paul Argiolas était par ailleurs membre du bureau du conseil d’administration d’une coopérative de construction d’HLM, « La Prolétarienne ».

Dans son carnet, l’Humanité des 10-13 novembre 2016 lui rendit hommage.

Le site « Mémoire des Hommes » indique qu’aux archives du Service historique de la Défense de Vincennes une cote (GR 16 P 16732) contient des informations le concernant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10205, notice ARGIOLAS Paul, Joseph par Claude Pennetier, Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 23 novembre 2020, dernière modification le 23 novembre 2020.

Par Claude Pennetier, Renaud Poulain-Argiolas

Paul Argiolas en 1944
Paul Argiolas en 1944
Jean-Marie Argiolas et son frère Paul venant d’être démobilisés, fin 1945.
Vente de masse de L'Avant-garde
Vente de masse de L’Avant-garde
Paul Argiolas (au milieu) avec des camarades à Port-de-Bouc, vers 1947.
En 1951
En 1951
En 1973
En 1973

SOURCES : Jean Domenichino, Une ville en chantier : La construction navale à Port-de-Bouc, Edisud, 1989. — Roland Joly, Antoine ou La passion d’une vie : Une histoire de Port-de-Bouc, ville mosaïque, auto-édition, 2005. — Arch. comité national PCF. — Renseignements fournis par l’intéressé transmis par un de ses fils et par Jacques Girault. — Déclaration en vue de réclamer la qualité de français, datée du 20 février 1936 et enregistrée le 8 mars 1937. — Joseph Brando, Notes d’histoire vécue à Port-de-Bouc durant l’occupation allemande de 1940 à 1945. — Mémoire des Hommes, SHD Vincennes, GR 16 P 16732 (nc).

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