ARMAND Félix [Victor, Joseph, Félix]

Par Jacques Girault

Né le 28 décembre 1901 à Malancourt (Meuse), mort le 1er mars 1963 à Vitry-le-François (Marne) ; professeur ; militant communiste, adjoint au maire de Vitry-le-François ; militant coopérateur.

Fils d’un instituteur, décédé en 1912, et d’une institutrice, qui devint directrice d’école, Félix Armand reçut les premiers sacrements catholiques et rompit peu après avec toute croyance. Après des études au lycée de Bar-le-Duc (Meuse), évacué à Rouen (Seine Inférieure/Maritime) pendant la guerre, titulaire du baccalauréat (latin-sciences-philosophie en 1920), il fut élève interne au lycée Louis le Grand (classe de Première supérieure). Inscrit à la Sorbonne, il obtint la licence (1922) et un diplôme d’études supérieures de philosophie (1924). Désirant préparer l’agrégation, il ne passa pas les épreuves. Il exerça comme répétiteur stagiaire (1923-1924) au collège de Meaux (Seine-et-Marne), comme maître d’internat au lycée Lakanal à Sceaux (1924-1925), comme répétiteur aux lycées Rollin (1925) et Montaigne (1926). Il effectua son service militaire en région parisienne comme soldat de deuxième classe et reprit un poste de répétiteur au lycée Charlemagne en avril 1928. Il se maria en avril 1926 à Arcueil (Seine) avec une employée au ministère du commerce (statistique générale de la France) qui cessa de travailler à partir de 1929 en raison de son éloignement de Paris. Le couple eut deux enfants.
Armand fut délégué comme professeur de lettres-philosophie au collège de Vitry-le-François en octobre 1929. Membre d’un syndicat enseignant depuis 1924, il écrivit, en 1930, un article " Proudhon et le fouriérisme" dans la Revue d’histoire économique et sociale en 1929 où il examinait les rapports entre les deux conceptions. Il devait par la suite publier avec René Maublanc (qu’il avait eu comme professeur de philosophie au lycée de Bar-le-Duc), des ouvrages sur Charles Fourier et son rapport avec les idées de Karl Marx. Pour le centenaire de Fourier en 1937, dans la collection « Les Précurseurs du socialisme », un ouvrage précéda les deux tomes, dont un de textes, dans la collection « Socialisme et culture » aux Éditions sociales internationales. Pour lui, la pensée de Fourier préparait le socialisme, mais les caractères utopiques (notamment le phalanstère) devaient être rejetés. Par la suite, il considéra que ces aspirations se réalisaient en URSS.
Sa connaissance du théoricien s’accompagnait d’un engagement personnel dans la coopération de consommation. Membre du conseil d’administration de la Fédération coopérative régionale depuis 1933, il animait la coopérative ouvrière de la ville où il enseignait. Pour participer au congrès régional d’Amiens (Somme) et national de Dijon (Côte d’Or) de la Fédération des coopératives en mai 1935, il fit une demande d’autorisation d’absence qui lui fut refusée. Aussi fut-il soupçonné d’avoir écrit en juin 1935 un article anonyme de protestation dans Le Travail, organe de la fédération socialiste SFIO. Il fit intervenir un sénateur de l’Yonne auprès du Ministère qui autorisa l’absence, alors que ses supérieurs hiérarchiques immédiats l’avaient refusée.
Membre des jeunesses communistes au début des années 1920, Armand adhéra au Parti communiste en 1936 et devint membre du comité de la région communiste de la Marne. Candidat aux élections législatives de 1936 et cantonales d’octobre 1937 dans le canton de Vitry, il obtint 301 voix. Il fut reconduit comme membre du comité régional lors de la conférence fédérale de 1939. Octave Rabaté, rendant compte d’une tournée dans la Marne en novembre 1937, notait qu’il "n’est pas apparu comme posant bien les problèmes". Faisant l’éloge de Paul Vaillant-Couturier, il avait insisté sur son "esprit de discipline" et affirmé qu’il avait été "retiré de ses postes sûrs sans se plaindre attendant que le Parti communiste reconnaisse ses erreurs". L’envoyé de la direction du Parti commentait ainsi : "ce qui ne me paraît pas devoir fournir aux auditeurs une idée très exacte ni du Parti, ni de Vaillant".
A partir de 1932, Armand demanda un poste de principal dans un établissement à son compte qu’il gérerait avec son épouse en disponibilité. Il renouvela cette demande jusqu’en 1935, année où l’inspecteur d’Académie expliqua son refus, « chef du clan qui refusa son concours au principal sans surveillant ni répétiteur ». Constatant qu’il ne renouvelait pas son vœu, l’inspecteur en 1937, commentait "paraît avoir renoncé au principalat il vaut mieux". Il avait retrouvé dans son service, en 1937-1938, l’enseignement de la philosophie dont il avait été privé depuis l’année 1934-1935. Rappelant sa participation à la grève « perlée », le 30 novembre 1938, l’inspecteur, l’année suivante, indiquait qu’il avait " fait peau neuve" tout restant "prisonnier de son entourage et surtout de son passé".
Mobilisé à Metz (Moselle) en septembre 1939 dans l’intendance, Félix Armand, fait prisonnier le 22 juin 1940 dans les Vosges, envoyé en Allemagne (Krefeld, stalag VI J), s’évada mais fut repris. Évadé deux nouvelles fois, repris, après sept mois de camp spécial (Grandenz, Thorn), affecté dans un autre stalag en Pologne (XXB), travaillant comme grutier dans le port de Gdynia, il fut évacué en raison de l’avancée des troupes soviétiques en janvier 1945. Avec les autres déportés, il traversa à pied la Poméranie et le Mecklembourg jusqu’à la frontière danoise. Libéré par les troupes britanniques, il revint en France, le 30 mai 1945.
Félix Armand reprit son poste de professeur à Vitry-le-François et milita dans les rangs du Syndicat national de l’enseignement secondaire. Sa maison ayant été sinistrée lors des bombardements de mai 1940, dès 1945 il renouvela sa demande d’un poste de principal. Inscrit sur la liste d’aptitude, il refusa d’être nommé au collège de Forbach (Moselle) en 1946 puis y renonça en raison de ses fonctions électives (conseiller municipal et adjoint au maire de Vitry-le-François). Selon le principal du collège, il pensait devenir maire en 1947, mais des « circonstances générales et circonstances locales » l’avaient « amené à raidir sa position et cela l’a conduit à un échec de toute sa liste » aux élections municipales. Par la suite, ses supérieurs hiérarchiques ne tarissaient pas d’éloges sur son comportement, constatant que son "attitude de doctrinaire" dans la vie publique ne se répercutait pas dans la qualité de son enseignement. Il assura même l’intérim du principal à la rentrée de 1949. Toujours conseiller municipal en 1956, il était membre du conseil intérieur. On lui refusa pourtant de devenir principal du collège en application d’un "principe général" qui empêchait cette promotion sur place. Il partit à la retraite en 1963.
Armand représenta le Parti communiste français lors des élections pour le conseil général dans le canton de Sompuis en 1961. Dans la biographie qu’il rédigea alors à la demande du PCF en 1958, Armand ne fit aucune allusion à son activité éditoriale aussi bien pour ses livres que pour ses articles dans la presse communiste, notamment dans Clarté. Il composa un ouvrage sur les Fouriéristes dans la collection du Centenaire de la Révolution de 1848. Sur le plan de la coopération, il participait aux débats nationaux et présidait à nouveau la coopérative ouvrière de Vitry-le-François à partir de 1955.
Lors de son décès, une foule nombreuse assista à la levée du corps et à l’inhumation à Changy. Un long article parut dans le quotidien marnais, L’Union de Reims.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10216, notice ARMAND Félix [Victor, Joseph, Félix] par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 25 mai 2019.

Par Jacques Girault

œuvre : « Fourier et le fouriérisme », Revue d’histoire économique et sociale, 1929, Fourier, Paris, Éditions sociales internationales, 1937, Fourier et les analogies avec le marxisme-léninisme (avec René Maublanc), Paris, ESI, « Socialisme et Culture », 1937, Les Fouriéristes et les luttes révolutionnaires de 1848 à 1851, Paris, PUF, 1948, Fourier, textes choisis, Paris, Editions sociales, Les Classiques du Peuple, 1953.

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/ 5838, F17 28073. — RGASPI, 517, 1, 1865, 1908. — Arch. comité national du PCF. — Renseignements fournis par la fille de l’intéressé. — Notice écrite par Jean Gaumont dans le tome 17 du DBMOF et notice de Bernard Desmars dans le Dictionnaire biographique du Fouriérisme (Site Internet). — .

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