BLANC Claude, Joseph

Par Antoine Olivesi

Né le 5 février 1883 à Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; ouvrier agricole, employé du PLM ; membre du Parti socialiste puis communiste ; syndicaliste CGT, membre de la Bourse du Travail de Marseille.

Ouvrier agricole à seize ans, puis cheminot à Marseille en 1909 à la gare d’Arenc Claude Blanc avait adhéré, en 1905, au Parti socialiste unifié. Au sein de la CGT il appartenait à la tendance syndicaliste-révolutionnaire et n’accepta pas la politique d’Union sacrée des principaux dirigeants socialistes pendant la Grande Guerre, si l’on se réfère à des biographies ultérieures. En fait, son attitude au cours du conflit apparaît plus complexe et assez ambiguë.
Secrétaire général adjoint du syndicat des cheminots du PLM (section de Marseille) depuis 1912, Claude Blanc en devint le secrétaire général en 1915 et il le demeura jusqu’en 1920. En novembre 1917, il était homme d’équipe à Marseille et surveillé comme propagandiste. Effectivement, au cours de l’année 1917, les cheminots amorcèrent des mouvements de revendications corporatives concernant les salaires, ceux des femmes en particulier, la suppression du travail à la tâche, et, en 1918, ils étendirent leurs demandes jusqu’au plan des nationalisations, de la liberté de se réunir sans autorisation et de l’approbation de la politique de Wilson.
Mais au cours du printemps 1918, des éléments plus révolutionnaires apparaissent qui contestent la modération du secrétaire national, Marcel Bidegaray. Or, à Marseille, l’immense majorité des syndiqués, derrière Claude Blanc et son adjoint, Auguste Gaillard se déclarent solidaires de Marcel Bidegaray au nom de la discipline syndicale.
Ainsi, lors d’une réunion à la Bourse du Travail, le 25 juin, un cheminot minoritaire, Nebout qui s’était rendu au congrès de Saint-Étienne en tant que délégué de l’UL de Marseille, malgré les résolutions adoptées par son syndicat fut qualifié par Claude Blanc « d’agent provocateur » et expulsé « pour manque de sens patriotique ». Un communiqué paru le lendemain dans Le Petit Provençal déplorait cette atteinte à l’unité syndicale, déniait tout pouvoir de décision à l’unité syndicale, déniait tout pouvoir de décision aux minoritaires diviseurs de Saint-Étienne et mandatait Claude Blanc au congrès national des cheminots à Paris pour y défendre fermement les revendications exprimées. Ce communiqué, suivi d’autres en juillet et en août réaffirmait la confiance des « cheminots et cheminotes » de Marseille à l’égard de ses dirigeants locaux (Blanc) et nationaux (Bidegaray) et dans la victoire du droit des peuples sur le militarisme, ainsi que « pour l’union franche et loyale des travailleurs internationaux ».
Claude Blanc vota donc pour la tendance Bidegaray et se prononça pour le programme Wilson malgré « le peu de sympathie qu’il éprouvait pour Monsieur Clemenceau ». Le 10 août 1918, il accepta avec réserves un ordre du jour favorable à Malvy et voulut résilier ses fonctions de secrétaire général pour se consacrer à la propagande. Mais il fut maintenu à son poste. Il était toujours partisan, alors de la priorité des grèves corporatives (salaire minimum à 2 400 francs, nouveau statut moins « militaire » des cheminots etc.), sur les grèves politiques.
Pourtant, à la fin de l’année 1918, Blanc adopta une attitude beaucoup plus avancée, et, à l’issue d’une réunion du 17 décembre, il protesta contre l’interdiction d’une manifestation « pacifique » prévue par les cheminots marseillais en l’honneur du voyage de Wilson en France. Il fit également adopter un ordre du jour en faveur des frères de Russie, d’Autriche et d’Allemagne, « l’Allemagne de Liebknecht et de Rosa Luxembourg ».
En mai 1919, Claude Blanc, condamna de nouveau l’intervention militaire française en Russie. Il était devenu alors secrétaire de la Bourse du Travail de Marseille. Il fut, selon le témoignage de César Matton*, l’un des organisateurs des grandes grèves de 1919 sur le plan local. Il fut arrêté le 12 septembre 1919 au cours d’une manifestation sur la Canebière puis relâché dans la soirée. Quelques semaines plus tard, aux élections législatives, il fut candidat sur une liste travailliste qualifiée d’extrémiste par les rapports de police et se réclamant de la Charte d’Amiens : « Le syndicalisme se suffit à lui-même. » Claude Blanc et ses colistiers firent l’apologie du bolchevisme de Lénine et de Trotsky, attaquant violemment Fernand Bouisson et les politiciens socialistes. Il obtint 1 085 voix dans la première circonscription sur 126 846 électeurs inscrits. Et en octobre 1920, Blanc était membre du comité régional des CSR avec les minoritaires de la CGT.
Après le congrès de Tours, Claude Blanc adhéra au Parti communiste. Il fut, par la suite, membre du Secours populaire de France, des Amis de l’instruction laïque et de la Libre Pensée. Le 13 août 1929, un nommé Blanc, cheminot, participa à un meeting organisé à Marseille pour protester contre la condamnation d’un cheminot communiste, Lucchesi, arrêté lors de la manifestation du 1er août précédent. Retraité du PLM en 1938, Claude Blanc fut désigné par le PC pour être candidat cette année-là, aux élections sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône. Il obtint seulement 28 suffrages.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article1024, notice BLANC Claude, Joseph par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 8 octobre 2020.

Par Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M2/14 et 15 ; II M 3/54 M 6/8321 (rapports du préfet et du commissaire spécial en septembre-octobre 1920) ; M 6/10 808, rapport du 14 août 1929 ; XIV M 24/60, rapport des 15 novembre et 30 décembre 1917, des 27 juin, 13 et 14 juillet, 12 août et 20 décembre 1918, 12 et 21 mai 1919. — Le Petit Provençal, 27 juin, 14 juillet, 16 août, 21 décembre 1918, 13 septembre 1919, 24 octobre 1938. — Rouge-Midi, 9 novembre 1935 et 18 octobre 1938. — D. Moulinard, Le Parti communiste à Marseille... op. cit. — J. Bonnabel, Le Mouvement ouvrier à Marseille... op. cit. — J. Galanis, Les élections de 1919 dans les Bouches-du-Rhône, op. cit.

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