BRIOUDE Antoine

Par Yves Lequin, Jean Lorcin

Né et mort à Firminy (Loire) : 7 mars 1865-5 novembre 1947 ; mineur puis négociant à Firminy ; délégué mineur ; secrétaire du syndicat confédéré des mineurs de Firminy ; maire socialiste SFIO de Firminy.

Antoine Brioude
Antoine Brioude

Vieux militant syndicaliste, Brioude avait contribué en 1890, à reconstituer le syndicat des mineurs de Firminy, dont il était trésorier en 1894.

Il joua, aux côtés de Gilbert Cotte et de Beauregard, un rôle important dans la résurrection de la Fédération départementale des mineurs de la Loire en 1897. Au congrès national de la Ricamarie, en 1898, il fut de ceux qui s’opposèrent le plus violemment à Michel Rondet. Brioude représenta les mineurs de la Loire au congrès de Lens, où il se rangea parmi les modérés, comme G. Cotte, en 1901, et au congrès de Commentry où fut votée la grève générale des mineurs en 1902. Après la scission des éléments révolutionnaires de la Loire sous la direction de Beauregard, Brioude semble s’être replié sur le syndicat de Firminy qu’il présidait. Il n’en fut pas moins l’un des principaux leaders de la grève générale de 1906, après la catastrophe de Courrières. Après le retour à l’unité syndicale des mineurs en 1910, il redevint l’un des responsables les plus écoutés de la Fédération des mineurs de la Loire qu’il représenta encore au congrès de Commentry en 1911.

Pendant la guerre, en tant que secrétaire du syndicat des mineurs de Firminy, il participa à toutes les réunions corporatives et à toutes les négociations salariales. Il se tint à l’écart des mouvements pacifistes. Cependant, le 2 décembre 1917, Brioude menaçait les pouvoirs publics d’étendre la grève aux mineurs de Firminy si Andrieu* n’était pas réintégré avant le 4.

Membre avancé du Parti socialiste unifié SFIO avant 1914, ce fut cependant sous l’étiquette de « républicain-socialiste » et contre la liste officielle du Parti socialiste SFIO que Brioude se présenta aux élections municipales de Firminy le 30 novembre 1919 : l’hebdomadaire communiste Le Cri du Peuple rappelait le 18 février 1928, que Brioude « ne voulait pas rentrer au Parti socialiste du temps de Lafont, parce que disait-il, « je ne suis pas un imbécile ». Élu avec l’appoint de voix réactionnaires (Le Cri du Peuple, 25 février 1928) avec 2 014 suffrages, il succéda à Ernest Lafont*, maire socialiste de Firminy. Brioude fut également élu délégué sénatorial en 1919.

Ce « réformiste » adhéra à la CGT confédérée dès 1921. Il fut en butte aux vives attaques des unitaires, notamment à l’issue de la grève du 16 novembre 1923 dont Brioude fut accusé d’avoir compromis le succès en acceptant les conditions des Compagnies à la veille de son déclenchement. Son expérience, acquise au cours d’un long passé d’administrateur, lui attira néanmoins les suffrages de la majorité des mineurs, bien que dans l’ensemble ils fussent restés fidèles au syndicat unitaire lors des élections au conseil d’administration de la Caisse autonome de retraite des mineurs, en 1922. Pourtant, le syndicat unitaire avait fait campagne contre le « réformiste » Brioude et chassé de son sein des « syndicalistes » comme Dumont*, et Duranton*, coupables d’avoir appelé les mineurs à voter pour Brioude. Ce dernier, lors de nouvelles élections à la caisse de retraite, en 1928, s’en prit avec violence au « bourrage de crânes » pratiqué par les unitaires, qu’il accusait de gonfler le montant des recettes capitalisées depuis 1914 pour pouvoir réclamer démagogiquement des prestations plus élevées, tout en accusant les administrateurs ouvriers comme Brioude de toucher des appointements excessifs.

Candidat du Parti socialiste SFIO aux élections sénatoriales de 1924, Brioude n’en était pas pour autant membre déclaré : catalogué « socialiste indépendant » par certains rapports de police, il continuait à se prévaloir de l’étiquette de « républicain-socialiste » et on le voyait, à la même époque « remettre sur pied l’ancien comité socialiste autonome » de Firminy en vue des élections législatives de 1924 ; mais ce comité était « affilié au Parti SFIO » (Arch. Dép. Loire, 3 M 68, pièces 131-132) ! Singulière formule qui est loin d’éclaircir la situation de Brioude par rapport à ce parti.

Brioude eut 22 voix au premier tour de scrutin des sénatoriales. Il se retira dès le second tour devant le candidat officiel du Cartel des gauches. Le choix de ce dernier par le congrès républicain du 10 décembre 1923 s’était en effet opéré, non sans débat, au détriment de Brioude.

Les délégués du Parti socialiste SFIO et ceux du Parti socialiste français avaient « vigoureusement » défendu une candidature socialiste « de principe » (La Loire républicaine, 26 décembre 1923). Le PSF s’étant désisté en faveur du Parti socialiste SFIO, ce dernier avait présenté la candidature du maire de Firminy dont le premier adjoint, Sève, soulignait, au nom des délégués sénatoriaux de la vallée de l’Ondaine, la représentativité : sa vie n’avait-elle pas été « toute de dévouement au syndicalisme et au socialisme » ? On avait en lui un authentique représentant de la classe ouvrière. Contre cette candidature socialiste, le maire briandiste d’Izieux, Joannon, avait présenté, au nom des délégués de la vallée du Gier, celle du maire de Saint-Chamond, François Delay (La Loire, 11 décembre 1923). Cette dernière avait le soutien des sénateurs sortants du Bloc des gauches, qui recherchaient un cinquième candidat qui fût assez « modéré » pour atténuer le caractère que donnait à leur liste l’adhésion des « communistes » comme Lafont. De fait, Delay, ingénieur des Aciéries de la Marine que l’Humanité du 11 janvier 1924 présentait comme le défenseur attiré des « magnats » du Comité des Forges, était « d’origine très modérée » (Arch. Dép. Loire, 3 M 68) : il ne serait « venu à la République » que très tard, sous l’influence personnelle d’Aristide Briand dont il était l’ami, et les réactionnaires affectaient encore, à la veille des élections, de le considérer comme un des leurs ; n’avait-il pas en 1919, pour conserver la mairie de Saint-Chamond, fait alliance avec la Concentration républicaine (Le Mémorial de la Loire, 31 décembre 1923) ? Sa politique n’était-elle pas celle d’Aristide Briand, que le député radical Durafour avait chassé de la Loire en 1919 ?

La candidature de Brioude avait souffert également de la confusion régnant au sein de la SFIO depuis 1920 : un délégué avait objecté au principe d’une candidature socialiste que l’on ignorait les « forces numériques » exactes de la « fraction » représentée au congrès (La Loire, 26 décembre 1923).

Brioude, tout en protestant contre la « cabale » dont il était victime, avait promis de se plier à la discipline républicaine s’il était battu (La Loire, 15 décembre 1923) et Delay l’emporta devant le congrès par 165 voix contre 63 (La Loire, 26 décembre 1923). Pour faire face aux « velléités de rébellion » (l’Humanité, 11 janvier 1924) qui se faisaient jour au sein de la Fédération socialiste de la Loire, le sénateur radical sortant Fernand Merlin fit miroiter aux yeux des socialistes « la perspective d’une bonne part sur la liste législative » du Cartel des gauches, ce qui allait procurer à Brioude le « plaisir » mitigé « de voisiner aux côtés des vieux amis Lafont et Ferdinand Faure » à qui l’on avait également promis de figurer sur la liste législative (Le Mémorial de la Loire, 10 décembre 1923) s’ils avalaient la pilule Delay : « Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné », commentait La Flamme, organe du PSF de la Loire. Delay, qui passa au troisième tour avec 484 voix, devenait ainsi, aux yeux du Mémorial (7 janvier 1924), le « prisonnier des Révolutionnaires » ; pour l’Humanité (11 janvier 1924), par contre, ce sont les socialistes qui, désormais, « ne pourront rien sans lui ».

Réélu aux élections municipales de Firminy en 1925, avec 3 152 suffrages, Brioude fut élu conseiller général la même année.

Brioude fut présenté par les partis de gauche aux élections législatives de 1928, non sans avoir, au préalable, évincé son vieil adversaire Ernest Lafont au prix de manœuvres que les partisans de Lafont qui avait, comme Brioude, réintégré la SFIO, qualifièrent de « tripotages » (La Tribune républicaine, 9 octobre 1931). À cette date, l’adhésion de Brioude au Parti socialiste était, semble-t-il, chose faite. Toutefois, un écho du Cri du Peuple montrant Brioude « en posture de devenir républicain et socialiste (sous le signe du triangle et des trois points) » (3 mars 1928) laisse planer un doute. Brioude n’était-il pas, d’ailleurs, à cette date, le protégé du maire républicain-socialiste de Saint-Étienne ? Tout cela est loin d’être clair, comme le soulignait d’ailleurs le Cri du Peuple du 25 février 1928.

Son élection dans la 4e circonscription de Saint-Étienne, où il affrontait le « réactionnaire » Taurines, semblait assurée : Le Cri du Peuple le montrait même en train de « faire un petit tour au Palais-Bourbon, pour y repérer la place où il serait le plus à l’aise pour dormir » (18 février 1928). Le départ de son vieil adversaire Ernest Lafont la rendit paradoxalement aléatoire : Brioude aurait en effet bénéficié jusqu’alors, contre ce dernier, du soutien discret de la droite et des Compagnies de mines ; resté seule en lice contre le candidat conservateur, il perdait ces appuis. Il se heurta en outre à l’hostilité du Parti radical-socialiste dont les leaders dans la Loire ne pardonnaient pas à la SFIO d’avoir présenté le maire de Rive-de-Cier, Drivon, contre leur candidat Simon Reynaud : Durafour et son allié Soulié soutinrent donc contre Brioude la candidature de son premier adjoint, Sève.

« Monsieur le Maire de Saint-Étienne a la rancune tenace », ironisait à ce propos Le Cri du Peuple (18 février 1928). Brioude pouvait, il est vrai, tabler au deuxième tour sur l’appoint des voix communistes, le soutien des mineurs confédérés et les divisions du Parti radical-socialiste : en effet, les maires radicaux de la 4e circonscription, mécontents d’élus qui les avaient par trop délaissés, s’étaient insurgés contre la décision des « petits comités secrets de Saint-Étienne » qu’influençait Antoine Durafour ; leur opposition, au reste, avait suffi à faire écarter la candidature de Sève. Il n’en reste pas moins que, n’ayant obtenu au premier tour que 5 801 voix sur 23 119 votants, contre 6 664 au candidat communiste Pétrus Faure et 10 335 à Taurines, Brioude dut se désister ou plutôt, à l’en croire, « fut désisté » en faveur du candidat communiste, par le maire républicain socialiste de Saint-Étienne, Louis Soulié. Brioude n’aurait même pas été consulté. Cette concession d’un des leaders du Bloc irrita d’autant plus nombre de républicains et de socialistes qu’elle ne fut pas payée de retour, les communistes maintenant leurs candidats dans la 2e et la 3e circonscription, au risque de compromettre l’élection de Simon Reynaud (Arch. Dép. Loire, 3 M 70, pièces 127-130).

Brioude fut exclu du Parti socialiste SFIO avant les élections municipales de 1929 par un vote unanime tant de la commission exécutive que du congrès départemental (La Tribune, 9 octobre 1931). Aux élections municipales du 12 mai 1929, Brioude n’obtenait plus que 1 500 voix au premier tour, 2 151 voix au second — « et quelles voix ! » (La Tribune, 9 octobre 1931) : le maire de Firminy ne dut en effet sa réélection qu’à l’appoint des voix du Mémorial. Il n’en apporta pas moins son soutien, en 1930, à la liste du Bloc des gauches présentée par Antoine Durafour au deuxième tour des élections municipales de Saint-Étienne : « discipline républicaine » oblige !

Brioude avait si bien perdu l’appui du Parti socialiste qu’aux élections cantonales de 1931, pour le renouvellement du conseil général, la section de Firminy — une « bande », disaient les partisans de Brioude — soutint cette fois contre lui la candidature de son adversaire républicain socialiste Sève. Brioude renonça à se présenter de nouveau.

Sa carrière politique s’achèvera le 12 mai 1935 lors des élections municipales. Au second tour la liste communiste (Buard) appelait à voter pour la liste socialiste d’Albert Allaud qui l’emportait devançant celle du maire sortant Antoine Brioude.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article102533, notice BRIOUDE Antoine par Yves Lequin, Jean Lorcin, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 25 septembre 2020.

Par Yves Lequin, Jean Lorcin

Antoine Brioude
Antoine Brioude

SOURCES : Arch. Nat. F7/12 780., F7/14607. — Arch. Dép. Loire, 3 M 66, 3 M 68, 3 M 70, 3 M 74, 4 M 125, 6 M 53, 6 M 56, 6 M 59, 10 M 94, 92 M 74. 92 M 102, 92 M 138, 93 M 25, 93 M 27, 93 M 48 et 49. — État civil de Firminy. — La Tribune républicaine, 25 juin 1922, 10 décembre, 14 décembre, 31 décembre 1923, 7 janvier 1924, 5 avril, 17 juin 1928, 26 juillet 1930, 9 et 11 octobre 1931. — La Loire républicaine, 10, 11, 14 et 15 et 26 décembre 1923 (« Impressions de congrès », par Fernand Merlin). — Le Mémorial de la Loire, 10, 12, 15, 16 et 31 décembre 1923, 1er et 7 janvier 1924. — Le Cri du Peuple, 11 février 1928 (« M. Brioude et M. Vincent »), 18 février 1928 (« La municipalité et les fêtes »), 25 février 1928 (« Coups d’encensoir »), 3 mars 1928 (« Comédie ! Comédie ! ») ; 31 mars 1928, 12 septembre 1931. — L’Humanité, 11 janvier 1924. — Pétrus Faure, Histoire du Mouvement ouvrier dans la Loire. — Henry Destour, Les Syndicalistes révolutionnaires et le mouvement syndical dans la Loire, Mémoire de Maîtrise, Saint-Étienne. — Note de Jean Vigouroux.

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