ARRIGHI Odile, Suzanne, Jeanne

Par Claude Pennetier, Jean-Claude Magrinelli pour le passage sur Nancy.

Née le 30 juillet 1923 à Dieppe (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) ; ouvrière dans l’habillement ; responsable des JC du VIIe arr. de Paris ; déportée.

Odile Arrighi
Odile Arrighi

Fille d’un militant communiste (Odilon) interné à Voves en 1940, Odile Arrighi était elle-même une militante communsite.
Arrêtée en avril 1940 pour « propagande défaitiste », Odile Arrighi fut surprise d’être libérée, avec ses amis, par les Allemands quelques jours après leur arrivée à Paris, le 24 juin. Selon Angeli et Gillet, un officier lui déclara : « Vous êtes très jeune, vous allez comprendre que le national socialisme est très proche du communisme [...] Ainsi, vous avez servi le communisme et vous devrez être le serviteur du national-socialisme. Vous êtes libre. » Alain Guérin avait également recueilli son témoignage sur la libération par les Allemands des prisonniers communistes, et d’autres, à Fresnes, du 23 au 26 juin 1940.

Odile Arrighi joua un rôle actif dans le communisme clandestin de la capitale pendant l’Occupation et d’Est de la France. Elle fut chargée à l’été 1942 d’organiser dans des groupes de trois parmi les jeunes, notamment à Audincourt (contact avec Serge Lanna), à Bouligny (contact avec Jean Marietta) et Épinal (contact
avec Louis Gros).

Elle fut arrêtée à Nancy le 16 novembre 1942 par les policiers de la section anticommuniste de la 15e brigade régionale de police de sûreté, dans la souricière organisée au n° 34 rue de l’équitation à Nancy, au domicile d’Émile Pattiniez. Elle possédait une carte d’identité au nom de Solane Jacqueline, née le 19 octobre 1920 à Sedan, domiciliée à Brazzy-en-Plaine en Côte d’Or, délivrée par le commissaire de police Cordier le 4 avril 1942. Sur elle furent saisis un « tract qu’elle a déchiré et partiellement détruit », cinq « tracts manuscrits », des notes et bulletins de bagages « situant ses récents mouvements à Longuyon, Bouligny, Senones, Mézière-Charleville, Paris, Pontoise, Survillers », des tickets d’alimentation. Inculpée de «  menées communistes », d’« usage de
fausse carte d’identité » et d’ « infraction à la loi du 17 septembre 1940 pour usage frauduleuse (sic) de tickets d’alimentation », elle fut écrouée à la prison Charles III. Comme ses camarades du groupe Pattiniez, elle passa aux mains des Allemands. C’est Boeddicker en personne, de la section IV de la SIPO und SD, qui la transféra le 17 novembre 1942 du quartier français au quartier allemand de la prison. Le chef du SRPJ, le commissaire Charles Courrier, rapporte le 18 novembre, qu’ « elle a avoué se livrer présentement à une activité constante en faveur
du parti communiste mais elle a refusé de donner des précisions sur les missions par elle réalisées... Elle parait avoir aujourd’hui la charge d’agent de liaison. » Lors de son interrogatoire mené par l’inspecteur Gaston Quillateau le 18 décembre 1942 au quartier allemand de la prison de Saint-Quentin où elle avait été transférée, elle confirma ses visites effectuées en août 1942 à Joudreville et Épinal pour reconstituer des groupes de trois de jeunes et reconnut avoir été « responsable aux effectifs pour l’Aisne, les Ardennes, la Meurthe-et-Moselle
et les Vosges. » Le transfert à Saint-Quentin fut effectué pour qu’Odile puisse pour être entendue dans l’affaire du démantèlement des groupes de Mohon (affaire Grandville-Sensiquet-Champagne). Le commissaire René Chevalier de la 21e brigade de police judiciaire l’interrogea le 3 décembre 1942 au quartier allemand de
la prison de Saint-Quentin. Il conclut : « Alias Michèle, alias Louisette, alias Jacqueline, elle est responsable interrégionale pour les jeunesses communistes pour le secteur des Ardennes, de l’Aisne, des Vosges et de la Meurthe-et-Moselle. S’est rendue coupable de reconstitution de ligue dissoute en recrutant des membres pour les jeunesses communistes clandestines... A la disposition des autorités d’occupation ».

Internée à Romainville, elle fut déportée de Paris le 29 août 1943 à Ravensbruck. Elle fut libérée le ler mai 1945 à Neubrandenburg et rapatriée.

Elle se maria le 25 juin 1946 à Paris (XVIIIe arr.) avec Jean Louis David Elleinstein dont elle se sépara dix ans plus tard. Elle se remaria le 16 mai 1969, à Soustons (Landes) avec Jean Augustin Emile Roger.

Chevalier de la légion d’honneur, elle fut signataire d’un appel pour le Non au référendum sur la constitution européenne, en 2005.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10282, notice ARRIGHI Odile, Suzanne, Jeanne par Claude Pennetier, Jean-Claude Magrinelli pour le passage sur Nancy., version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 29 janvier 2020.

Par Claude Pennetier, Jean-Claude Magrinelli pour le passage sur Nancy.

Odile Arrighi
Odile Arrighi
Odile Arrighi (Arch. PPo.)
Odile Arrighi (Arch. PPo.)

SOURCES : Arch. PPo., activités communistes pendant l’Occupation, carton 3, 1666736. - Maroussia Naïtchenko, Une jeune fille en guerre. La lutte antifasciste d’une génération, Témoignage, Imago, 2003. — Angeli Claude, Gillet Paul, Debout partisan ! Les communistes dans la Résistance. De la débâcle aux FTP, Fayard, 1970, p. 59-60. — Voir aussi l’index de Berlière et Liaigre, Le Sang des communistes, op. cit. — Francis Crémieux et Jacques Estager, Sur le parti 1939-1940, Temps actuels, 1983, p. 261. — Alain Nice, La guerre des partisans. Histoire des Francs-Tireurs Partisans Français. Histoire de la Résistance ouvrière et populaire du département de l’Aisne, décembre 2011. — Note de Jean-Pierre Besse. — État civil.
Sources de Jean-Claude Magrinellie : AD 54 : 1739 W 5, dossier 86 ; 2101 W 9 et 1836 W 100.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 140 cliché du 14 avril 1940.

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