BRUNET René, Jean, Alfred, ou RENÉ-BRUNET

Par Roger Pierre, Justinien Raymond

Né le 13 novembre 1882 à Latresne (Gironde), mort le 10 mars 1951 à Alexandrie (Égypte) ; professeur agrégé de droit international ; franc-maçon, socialiste ; conseiller général et député (1928-1940) de la Drôme ; sous-secrétaire d’État.

René Brunet
René Brunet

René Brunet était le fils d’un viticulteur du Bordelais. Il entra, à sept ans, au collège de Saint-André-de-Cubzac d’où il sortit bachelier en 1900. Il fréquenta dès lors les Facultés de droit et de lettres de Bordeaux et conquit les licences d’histoire (1902), de droit (1903), de sciences politiques et économiques (1911). Il sera docteur ès sciences juridiques en 1917 et, en 1919, agrégé de droit public après la guerre qu’il fit dans l’infanterie et qui le vit lieutenant en février 1916, capitaine en juillet.

Brunet avait débuté dans la carrière universitaire, en 1912, comme chargé de cours de droit international et de droit constitutionnel à la Faculté d’Aix-Marseille, fonction qu’il reprit en 1919 pour peu de temps. En 1920, il fut nommé conseiller juridique à l’ambassade de France à Berlin. En 1921, il reçut la chaire de droit international et de législation financière à la Faculté de Caen. Il était aussi inscrit au barreau de Paris où il fut avocat spécialisé dans les affaires internationales, activité qu’il n’abandonna pas quand il eut embrassé la carrière politique.

Candidat aux élections législatives de 1928 dans la circonscription de Montélimar-Nyons (Drôme) « région faiblement militante de maraîchers prospères », assortie à la pâleur de ses convictions socialistes, René Brunet se plaça en tête au premier tour, mais n’obtint que 5 461 voix sur 18 306 votants, le reste des suffrages se dispersant sur les noms de cinq autres candidats, dont trois se réclamaient du Parti radical. Il semblait avoir peu de chances d’être élu ; cependant le report sur son nom, au second tour, de la plupart des 1 124 voix communistes, et de celles d’électeurs radicaux lassés par les éternelles querelles de personnes, assurèrent son élection, dans un scrutin triangulaire, par 8 324 voix sur 17 931, contre 4 837 à Thorent, négociant de Montélimar, et 4 210 à un député sortant, Escoffier, radicaux.

Délégué au congrès national de Bordeaux par le congrès fédéral de Valence (Drôme), le 1er juin 1930, René-Brunet consolida ses bases électorales en se faisant élire le 18 octobre 1931 au conseil général dans le petit canton rural de Rémuzat (Drôme), où il se fit accompagner dans sa campagne par un notable radical ; il obtint 425 voix sur 686 suffrages exprimés. Aux élections législatives de 1932, il fut réélu dès le premier tour par 9 682 voix sur 17 261 exprimées, bien que les radicaux, instruits par l’expérience, ne lui aient opposé cette fois qu’un candidat unique, une personnalité : Paul Faure, avocat à la Cour de Paris. Ce dernier recueillit 6 570 voix, et le cheminot Thibon, communiste, 1 009.

Mais, de 1932 à 1936, malgré ses interventions nombreuses et brillantes à la Chambre et au conseil général, Brunet perdit une bonne partie de l’autorité qu’il avait acquise dans la Fédération socialiste, et de la popularité que lui avaient donnée ses titres et ses talents parmi les électeurs de sa circonscription. Se classant à l’aile droite du groupe parlementaire socialiste et partageant dans une large mesure les conceptions des « néos », il ne les suivit pas dans la scission, mais s’efforça de les faire absoudre, et accorda à deux reprises sa confiance au gouvernement Sarraut, déclarant qu’il faisait « en raison des relations personnelles qui l’unissent à l’un des membres de ce cabinet » (La Volonté Socialiste, 9 décembre 1933).

D’autre part, dans la circonscription rurale qu’il représentait, les effets de la crise se faisaient durement sentir ; le mécontentement des paysans et les progrès rapides de l’influence communiste se traduisirent aux élections législatives de 1936 d’une façon inattendue. Malgré des tractations équivoques qui permirent à René-Brunet de n’avoir point au premier tour de concurrent radical, malgré le soutien de l’influent sénateur Lisbonne, le député sortant perdit près de 2 000 voix et fut mis en ballottage ; seul le désistement communiste (Voir Blachon Julien*) lui permit de retrouver son siège en battant par 10 253 voix contre 6 691 un nouveau candidat, Thorent, radical-socialiste se posant en adversaire du Front populaire. L’année suivante, Brunet ne fut réélu au conseil général dans le canton de Rémuzat que par 363 voix sur 616 suffrages exprimés, bien qu’il fût sous-secrétaire d’État aux Finances du 22 juin 1937 au 14 janvier 1938, et qu’il se targuât, dans sa circulaire électorale d’avoir fait aboutir à l’assemblée départementale tous les projets dont il avait été saisi : chemins, écoles, adductions d’eau, cabines téléphoniques, électrification...

Les indisciplines de René-Brunet, son opportunisme et ses liaisons équivoques (il était très lié au Dr Funk, avocat international lui aussi, dignitaire nazi qui, en février 1938, succéda au Dr Schacht, à la direction de l’Économie) provoquèrent de 1936 à 1938 de plus en plus d’irritation à l’intérieur de la Fédération socialiste ; il y était déjà sérieusement déconsidéré lorsqu’il fut mis gravement en cause devant le congrès national de Nantes, pour avoir été chargé de mission par Georges Bonnet en Tchécoslovaquie, en septembre 1938, et pour avoir assisté dans la loge diplomatique au discours d’Hitler à l’Opéra Kroll ; Georges Boris, Perceau et Gombault l’attaquèrent encore plus violemment dans La Lumière, en le qualifiant « d’agent notoire de M. Georges Bonnet dans les milieux socialistes ». Comme ce dernier, il fut ardent « munichois ».

René-Brunet vota à Vichy le 10 juillet 1940 les pouvoirs constituants au Maréchal Pétain : ce fut la fin de sa carrière politique. Le congrès de rénovation du Parti socialiste (novembre 1944) l’exclut de la SFIO.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article102879, notice BRUNET René, Jean, Alfred, ou RENÉ-BRUNET par Roger Pierre, Justinien Raymond, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 7 novembre 2021.

Par Roger Pierre, Justinien Raymond

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ŒUVRE : Voir Jolly, op. cit.

SOURCES : Arch. Dép. Drôme, M 88-89-90. 3 M. — La Volonté Socialiste, 1930-1940. — La Lumière, 1939. — J. Jolly Dictionnaire des parlementaires, t. II, p. 797-798. — R. Abellio, Les militants, op. cit., p. 199. — Les Cahiers Léon Blum, n° 2 et 3, décembre 1977-mars 1978.

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