ARTHUYS Jean

Par Gilles Morin

Né le 19 mars 1926 à Paris (VIIe arr.), mort le 9 janvier 1996 à Bordeaux (Gironde) ; employé puis administrateur d’associations d’éducation populaire ; animateur de la Nouvelle Gauche, secrétaire à l’organisation de l’UGS, membre du bureau national du PSU, animateur des Foyers internationaux d’étudiants.

Jean Arthuys en 1955.
Jean Arthuys en 1955.
[Coll. privée famille Arthuys]

Jean Arthuys était issu d’une famille bourgeoise maurrassienne. Son père, Jacques Arthuys, capitaine, secrétaire national des Faisceaux français de Georges Valois en 1925-1928, a été un fondateur, dès le début de l’année 1940, d’un des principaux mouvements de Résistance, l’Organisation civile militaire (OCM) dont il fut le premier président du comité directeur. À quatorze ans, Jean Arthuys a été informé des activités de ce père qui fut arrêté le 22 décembre 1941 par la police allemande, déporté en octobre 1942, et mourut en déportation en juillet 1943. Il se souvenait que, arrivé en retard le lendemain de l’arrestation au collège Sainte-Croix-de-Neuilly où il était élève, il évoqua cette arrestation et vit l’abbé qui était son maître de division lui répondre : « Allez en classe, cela ne nous intéresse pas ». Dans les cours de récréation, représentant d’une famille « qui bafoue les codes de la bourgeoisie », il devait se bagarrer avec certains de ses camarades parce qu’il refusait de porter l’insigne pétainiste. Aussi, comme ses frères, dès quatorze ans, Jean Arthuys s’engagea comme « courrier » actif de l’OCM, poursuivant l’œuvre de son père après son arrestation. Il fit alors un profond rejet de la bourgeoisie, par-delà celui de Pétain et de Vichy. Le jeune homme se retrouva sur les barricades de la Libération de Paris, puis fit une campagne militaire comme caporal-chef au 1er régiment de tirailleurs marocains, campagne qui le mena jusqu’en Autriche. Il déserta une première fois lorsqu’on voulu lui faire garder des prisonniers allemands, puis une seconde pour retrouver plus rapidement la vie civile.

Devant désormais subvenir à sa famille, J. Arthuys fut employé aux écritures dans une compagnie d’assurance nationalisée, tout en reprenant ses études de 1945 à 1949. Il passa son second bac, s’inscrivit à la Faculté de Droit et à l’Institut des Sciences politiques, où il prit conscience d’être un déclassé social. L’isolement social et politique lui devenant insupportable, il décida en 1949 de s’expatrier, acceptant un poste dans une entreprise de façonnage de papier à Saïgon. De ce séjour de six mois dans l’Indochine en guerre, il revint anticolonialiste.

Jean Arthuys, chercha alors, selon ses mots, « naturellement » l’engagement collectif et militant, ému par les drames et la misère qu’il avait rencontré. Refusant d’adhérer au PC — qui l’avait attiré un temps à Sciences-Po —, où à la SFIO, il estima qu’il « n’y avait donc qu’à faire du neuf ». Il s’engagea au début des années cinquante dans la constitution des gauches non conformistes, avec un petit groupe d’amis, dont Jean Calmejane* et Roger Cérat*. Tout en étant employé dans une usine de Saint-Denis, comme chef à l’organisation, il fut « responsable à l’organisation » du CAGI (Centre d’Action des Gauches Indépendantes). Chargé de la région parisienne, il installa le siège chez lui, avenue Victor Hugo à Paris (XVIe arr.) en novembre 1953, avant d’aller rue de Chaligny (XIIe arr.) où le CAGI s’était légalement installé dans les locaux d’une bibliothèque associative, Bibliothèque populaire des Amis de l’instruction. À l’échelon national se forma le Comité de liaison pour une Nouvelle gauche (CLING). Le comité directeur se réunissait également souvent chez lui. Il fut membre de la direction et du comité de rédaction du journal de la Nouvelle gauche, le Libérateur, et en assura le secrétariat. Avant d’en devenir un dirigeant, Jean Arthuys participa aux premiers pas de la Nouvelle Gauche, fin 1954, à travers le comité national de la Nouvelle Gauche (CNNG) et de la Fédération des Groupements unis de la Nouvelle Gauche (FGUNG), puis du Mouvement uni de la Nouvelle Gauche (MGUNG). Il fut membre de la commission exécutive, puis secrétaire national à l’organisation de ces mouvements de novembre 1955, jusqu’à la fin 1957, assurant toute l’administration lui-même. Ces différents rassemblements regroupèrent autour de l’Observateur, puis de France-Observateur dirigé par Claude Bourdet* et Gilles Martinet*, d’anciens trotskistes (Pierre Naville*, Yvan Craipeau*), des socialistes dissidents (Colette Audry*, Yves Dechézelles* et Pierre Stibbe*), des chrétiens progressistes (Jacques Nantet*) et d’anciens résistants, comme lui et Philippe Viannay*. Ils rassemblèrent, outre le CAGI, diverses organisations comme la Jeune République, avec Jacques Nantet, l’Union démocratique du travail ou l’Union progressiste. Parallèlement, des rencontres et discussions se déroulèrent avec le Mouvement de Libération du Peuple (MLP) discussions qui devaient aboutir à la création de l’Union de la Gauche socialiste (UGS). Il fut secrétaire à l’organisation de l’UGS à partir de décembre 1957, puis membre du bureau national en 1959-1960.

Jean Arthuys négocia, difficilement, comme trésorier de l’UGS, les conditions matérielles de la fusion de l’UGS avec le Parti socialiste autonome (représenté par Maurice Klein) et, Tribune du Communisme, pour fonder le Parti socialiste unifié (PSU), dont il fut membre du bureau national durant plus de dix ans. Responsable du service d’ordre du PSU, avec Alain Savary* et Jean-Pierre Carrier, et des Groupes d’action révolutionnaires (GAR) au temps de la Guerre d’Algérie, il organisa les manifestations de ce mouvement contre la guerre d’Algérie, parfois en liaison avec l’UNEF, comme celle du 27 octobre 1960, et surtout la manifestation de protestation contre le massacre des militants du FLN à Paris, le 1er novembre 1961. Après la fin de la guerre, il participa à la formation de la coalition majoritaire (motion B) pour le congrès d’Alfortville en janvier 1963 et fut désigné responsable de la commission de propagande, le 3 février 1963. Maurice Klein, devenu minoritaire, quittant la trésorerie, Arthuys devint trésorier national du PSU en 1963-1966. Son rôle fut fondamental pour garantir la parution de la presse du PSU. Durant les événements de mai 1968, il fut l’un des organisateurs de la manifestation du stade Charlety, avec Marc Heurgon* et Alain Krivine*, en vue d’éviter de nouveaux affrontements de rue. Après les événements de 1968, il s’éloigna du PSU et se consacra à l’action acharné, qu’il menait depuis dix ans en faveur des échanges internationaux de jeunes.

Philippe Viannay, ancien chef de Défense de la France, avait « admiré son courage et son sang froid », sa capacité de s’opposer et, en dépit du caractère qu’il jugeait « ombrageux » d’Arthuys, était devenu son ami depuis les années de la Nouvelle Gauche. Il le considérait un peu comme un « petit frère » et l’avait fait entrer en 1958 dans l’organisme fédérateur d’une cinquantaine d’associations, le Comité de coordination des Associations d’Échanges internationaux, pour mettre sur pied un Service international des études. Il s’occupa de la revue du Comité (Éducation et échanges) et, avec Paul Delouvrier et Stéphane Hessel, fut à l’origine de la fondation de l’Association des Foyers internationaux (AFI) pour les étudiants étrangers stagiaires de longue durée - association dont il fut secrétaire général - et du Foyer International d’Accueil de Paris (aujourd’hui FIAP Jean Monnet, rue Cabanis), dont il fut l’administrateur de 1972 à 1992. Il fonda divers centres, boulevard Montparnasse, à Paris, et à Cachan (Val-de-Marne) notamment. Il s’investit jusqu’en 1992 dans ce qu’il considérait comme une « noble cause (...) la compréhension internationale par l’accueil et les échanges de jeunes ».

Jean Arthuys adhéra tardivement au Parti socialiste, dans la ville de Savigny-sur-Orge dont il fut conseiller municipal, puis se retira dans le pays basque où il milita dans une organisation favorable à l’autonomie du Pays basque. Il animait un comité de soutien aux prisonniers politiques, dont les membres avaient rompu avec la Ligue des droits de l’homme. Il écrivait à ce sujet à Marc Heurgon en 1995 : « En fait, je dois conserver suffisamment de goût pour l’utopie, comme au début de ma vie de militant. En guérit-on ? » Marié et père de cinq enfants, il décéda à Bordeaux, le 9 janvier 1996.

Éternel révolté, timide, passionné, coléreux, fidèle en amitié, « Jean Arthuys n’était pas qu’un rebelle. Il savait aussi construire » disait son ami l’ambassadeur Jacques Morizet, lors d’un hommage qui lui fut rendu le 28 février suivant son décès au FIAP et il laissa derrière lui de nombreuses œuvres.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10290, notice ARTHUYS Jean par Gilles Morin, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 18 octobre 2016.

Par Gilles Morin

Jean Arthuys en 1955.
Jean Arthuys en 1955.
[Coll. privée famille Arthuys]

SOURCES : Philippe Viannay, Du bon usage de la France, Paris, Ramsay, 1988. — Marc Heurgon, Histoire du PSU, Paris, La Découverte, 1994, 444 p. — Le Libérateur, 1954-1956. — Nouvelle Gauche, 1956. — Tribune du Peuple, n° 1. — Directives, n° 2, 20 janvier 1958. — Tribune socialiste, n° 41, 2 février 1963, 29 juin 1967. — Fichier adhérents de l’UGS. — Jakilea, le témoin, n° 39, mars 1996. — Lettre de Jean Arthuys du 14 janvier 1995. — Renseignements fournis par Christiane Arthuys et Jean Risacher. — Papiers de Jean Risacher, dossier CAGI.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément